Bivouac après le combat du Bourget, 21 décembre 1870

Date de publication : Août 2005

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Contexte historique

La défaite de l’armée de Napoléon III à Sedan (Mac-Mahon) et à Metz (Bazaine) à l’automne 1870 provoqua l’effondrement du Second Empire et la proclamation, le 4 septembre 1870, de la IIIe République. Le gouvernement de la Défense nationale tenta alors de poursuivre la lutte contre la Prusse dont l’armée bloqua Paris. Plusieurs combats se déroulèrent pour débloquer la capitale, à Champigny, au Bourget, à Buzenval, tandis que des armées distinctes rapidement reformées tentaient de reprendre l’offensive sur la Loire, dans le Nord, dans l’Est, mais sans succès. La proclamation de l’empire allemand dans la galerie des Glaces à Versailles le 18 janvier 1871 et la signature de l’armistice le 28 janvier marquèrent le triomphe de l’armée prussienne.

Analyse des images

Spécialiste de la peinture militaire, Alphonse de Neuville avait participé à la guerre franco-prussienne. C’est donc en connaissance de cause qu’il peignit plusieurs scènes de combat comme les Dernières cartouches (1873, maison de la Dernière Cartouche, Bazeilles), la Défense de la porte de Longboyau (1879, musée de l’Armée) ou le Cimetière de Saint-Privat (1881, musée d’Orsay). Ces œuvres dramatiques montrent les efforts désespérés des Français pour tenter d’enrayer l’avancée de l’armée prussienne. Avec ce Bivouac après le combat du Bourget, de Neuville rompt avec ces scènes de combat pour relater la vie quotidienne des soldats durant la guerre. Sous un ciel plombé, par un froid intense, les soldats campent à côté d’une maison détruite par le feu lors des combats du Bourget (28-30 novembre). Ils se réchauffent comme ils le peuvent sous des couvertures devant des feux de bivouac. Certains improvisent un repas ; d’autres se sont laissé gagner par le sommeil. C’est toute la misère désespérée d’une guerre perdue d’avance qui est dépeinte ici. Les soldats ne croient plus à rien et espèrent seulement sauver l’honneur de la France. Scène de vie quotidienne plutôt que scène de guerre, ce tableau montre l’effondrement militaire aussi bien que moral. À droite, un spahi caracolant révèle que de Neuville fut un temps l’élève de Delacroix.

Interprétation

Ayant tout le sentiment d’une scène vécue, ce tableau annonce les thèmes des panoramas que de Neuville peindra quelques années plus tard, comme celui du Combat de Champigny (1882). Dans ces peintures, de Neuville fait œuvre d’historien, relatant les épisodes guerriers sans qu’aucun coup d’éclat apparaisse. Comparé à ses œuvres les plus célèbres, violentes scènes de combat destinées à raviver la flamme de la résistance nationale, actes héroïques, ce tableau évoque plutôt l’extrême abandon d’une armée parfaitement disciplinée, mais dont les ultimes efforts ne sont jamais couronnés de succès, suscitant une profonde amertume. Pour la première fois, ce n’est plus le héros, souverain, général, qui est peint, c’est le soldat, le soldat dont l’esprit de résistance a largement dépassé celui de ses chefs politiques ou militaires. Il a pris son destin en main, et c’est de lui que dépend une victoire inaccessible. C’est lui que peint de Neuville, et lui seul, dans sa détermination patriotique comme dans sa misère. Mais il ne se plaint pas, il reste debout dans l’adversité, suscitant l’admiration parmi les visiteurs du Salon de 1872. Pas de désespoir en effet dans cette peinture, mais une inébranlable ténacité de la part de ces soldats qui ont improvisé un bivouac.

Bibliographie

Stéphane AUDOUIN-ROUZEAU, 1870.
La France dans la guerre
, Paris, A.
Colin, 1989.

Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Bivouac après le combat du Bourget, 21 décembre 1870 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bivouac-apres-combat-bourget-21-decembre-1870?i=628
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