Bonaparte en révolutionnaire

Date de publication : Décembre 2009

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Contexte historique

Ce tableau fait référence à un événement survenu au début de la carrière de Bonaparte, alors qu’il n’était encore que jeune capitaine.

Il était chargé de convoyer de la poudre destinée aux soldats de l’armée d’Italie, au milieu de l’insurrection fédéraliste du Midi. Le 28 juillet 1793, il descendait à Beaucaire dans la maison de M. Renaudet, pharmacien, et le soir il dînait dans une auberge avec quatre marchands venus pour la foire. C’est à la suite de ce repas qu’il écrivit un texte dialogué intitulé Le Souper de Beaucaire, dans lequel il faisait profession de foi républicaine, tentant de convaincre ses interlocuteurs de la nécessité de la Révolution.

Analyse des images

Le tableau se présente comme une toile luministe mettant en valeur le jeune officier face à ses détracteurs interloqués. La lumière semble émaner de lui, il est déjà presque le dieu qu’il deviendra plus tard et semble réellement porter la vérité en lui.

Mais cette vision de l’artiste contraste avec le décor domestique de l’auberge : la cheminée, la table et les reliefs du repas. La composition s’inspire d’œuvres de Rembrandt comme Les Pèlerins d’Emmaüs, du Louvre.

Interprétation

Il est surtout intéressant de considérer les dates de la composition. Lecomte du Noüy commença son tableau à la fin du Second Empire, en 1869. Les événements de 1870 et la chute de Napoléon III le forcèrent à l’abandonner. Il ne fut achevé qu’en 1894. Pourquoi si tardivement ? En fait, les débuts de la IIIe République tournaient à l’avantage des royalistes, et, sans les maladresses du comte de Chambord, il est probable que la monarchie aurait été restaurée. Peindre une œuvre napoléonienne dans ces circonstances était donc très délicat, et ce ne fut que lorsque la République fut définitivement installée, et même après l’épisode du général Boulanger, que le peintre acheva son tableau.

L’esprit revanchard, entretenu par le souvenir des provinces perdues (Alsace et Lorraine), faisait monter alors une fièvre nationaliste qui ravivait le souvenir de l’Empire, et nombre d’artistes produisirent des sujets napoléoniens. Mais le sujet de Lecomte du Noüy n’était pas anodin : le peintre ne représentait pas un événement de la vie de Napoléon, du Premier consul ou du général victorieux en Italie et en Égypte. C’était bel et bien le jeune Bonaparte jacobin, proche d’Augustin Robespierre, le frère de l’Incorruptible, que Lecomte du Noüy mettait ici en scène. Le tableau ne pouvait donc paraître que dans le contexte strictement radical de la dernière décennie du XIXe siècle.

Bibliographie

N. HUBERT, Alain POUGETOUX, Châteaux de Malmaison et Bois-Préau. Catalogue sommaire illustré des peintures et dessins, Paris, RMN, 1989.

Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Bonaparte en révolutionnaire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bonaparte-revolutionnaire?i=133&d=1&c=repas
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