Les Bretons dans la guerre de 1914-1918

Auteur : Patrick DAUM

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Contexte historique
Les Bretons dans la guerre

Le nombre des Bretons tués au cours de la Grande Guerre est estimé à 130 000, ce qui représente un pourcentage de combattants morts supérieur à celui de l’ensemble de la France. Les Bretons, dont la ténacité était bien connue du haut commandement, ont souvent été utilisés pour « tenir » des positions là où d’autres régiments lâchaient prise. Cette population, fortement rurale, d’un naturel assez discipliné, peu revendicative, constituait une « chair à canons » idéale, renouvelée par une forte natalité.
L’année 1917 est traversée par une profonde crise et une usure qui gagnent les combattants, après

l’effroyable boucherie de la bataille de Verdun et le désastre de l’offensive du Chemin des Dames. Le désespoir des « poilus » se traduit par des mutineries dont la répression est confiée au général Pétain. Une série de procès et de condamnations à mort « pour l’exemple » s’ensuivent. Toutefois, les mutineries n’atteignirent jamais les unités situées en première ligne.
Analyse des images
Godet, le reporter dessinateur

Dégagé des obligations militaires au moment de la mobilisation générale en août 1914, Camille Godet prend néanmoins part au conflit comme engagé volontaire.
Il est affecté à l’état-major du 10e corps d’armée, au service topographique. Son rôle consiste à effectuer des levées et corrections de cartes. Il rapporte de sa guerre, qui durera pendant les quatre années du conflit, un ensemble impressionnant de dessins. Observateur précis des régions qu’il traverse, il s’attache à la description de la vie des hommes, des champs de ruines ravagés par les bombardements qu’il rencontre au fil de ses missions. Troupe militaire progressant à travers les décombres nous plonge dans l’instantané des opérations militaires, dans un décor dévasté promis à la mort, sans toutefois nous conduire au cœur des combats. La mise en page audacieuse n’est pas sans évoquer l’univers de la bande dessinée.
Interprétation
L’engagement des artistes dans le conflit

Les artistes bretons ont été nombreux à participer au conflit et certains y ont laissé leur vie. D’autres ont été grièvement blessés, comme Jean-Julien Lemordant. Mais leur contribution à l’histoire de la Grande Guerre est aussi artistique. Godet et Lemordant ont couché sur le papier leurs années de guerre. Lemordant se fait visionnaire et tire de la guerre des images universelles. Godet appartient à cette nouvelle génération d’artistes qui, plutôt que d’exalter l’héroïsme des « poilus » prêts au suprême sacrifice pour la défense de la patrie, cherche à rendre les dures réalités d’une guerre en laquelle la population ne croit pas. Paradoxalement, les artistes choisissent le plus souvent l’évitement de la violence de la guerre et préfèrent la figurer à distance.
Bibliographie
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
Annette BECKER et Stéphane AUDOIN-ROUZEAU La Grande guerre : 1914-1918 Paris, Gallimard coll.“Découvertes”, 1998.
Collectif Camille Godet, œuvres de guerre 1914-1918 , catalogue de l’exposition au Musée du Souvenir des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, 1er - 27 juin 1999.
Pierre MIQUEL La Grande guerre Paris, Fayard, 1983.
Pour citer cet article
Patrick DAUM, « Les Bretons dans la guerre de 1914-1918 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/bretons-guerre-1914-1918?i=312
Commentaires
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Histoire-image le 07/07/2014 à 11:07:35
Enrichissement du texte apporté par Erwan LE GALL, Directeur du cabinet d'ingénierie mémorielle et culturelle En Envor
http://enenvor.fr


Si l'histoire a gardé l'image des bretons comme "chair à canon", aucun document d’archive n’atteste d’une volonté du commandement de placer les Bretons dans les secteurs les plus dangereux du front. Il est d'ailleurs bien difficile de définir ce qu'est un "régiment breton". De plus, si le recrutement est local en 1914, tel n’est plus le cas au cours du conflit.

Dans le douloureux contexte de l’après-guerre, le nombre de morts est volontiers considéré comme le maître-étalon de la bravoure et des sacrifices consentis par une région. D’où le chiffre régulièrement avancé de 240 000 tués, et non de 130 000 communément admis par l’historiographie.

Bibliographie :

- Bourlet, Michaël, Lagadec, Yann et Le Gall, Erwan, Petites patries dans la GrandeGuerre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.

- Guyvarc’h, Didier et Lagadec, Yann, Les Bretons et la Grande Guerre, images et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
ADAM le 11/05/2013 à 07:05:50
Présentation critique de "Mémoires d’un poilu breton" d’Ambroise Harel

http://ceuxde14.wordpress.com/2013/04/24/un-retour-peu-fete-pour-une-guerre-consentie/
Pauli le 04/12/2011 à 05:12:51
que veux dire initialement le mot " bro " en 1918 ??
Quel mot venant d'une autre languge en devient le synonyme du mot "Bro" apres 1918 ?