La campagne de France, 1814

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Contexte historique

Après la désastreuse campagne de Russie, l’armée française, exsangue, connut encore de beaux succès lors de la campagne de Saxe du printemps 1813 (victoires de Lützen et Bautzen), mais les troupes coalisées, supérieures en nombre, infligèrent à Napoléon une grave défaite à Leipzig en octobre, et il dut se replier sur le Rhin. En décembre 1813, les alliés passaient le Rhin, et plusieurs colonnes marchant sur Paris, l’Empereur dut mener une campagne d’hiver qui, pour être très glorieuse et jalonnée de victoires (Brienne, Montereau, Château-Thierry, Champaubert, Montmirail), n’empêcha pas l’avance alliée, la prise de Paris et la chute de l’Empire.

Analyse des images

Premier d’un cycle napoléonien qui ne fut pas achevé, ce tableau fut exposé au Salon de 1864. L’artiste avait commencé par l’avant-dernier sujet, et l’idée de ce cycle ne semble lui être apparue que très lentement. Seules trois peintures furent réalisées : celle-ci, 1807. Friedland (New York, Metropolitan Museum) et Le Matin de Castiglione (musée de Moulins, inachevé en raison de la mort du peintre). Meissonier aurait ainsi exclu d’autres œuvres comme 1805. Les cuirassiers avant la charge (Chantilly, musée Condé) et 1806. Iéna (non localisé), ce qui s’explique davantage par l’imprécision de son programme que par des raisons objectives. Son ambition aurait été de montrer comment Napoléon s’était peu à peu coupé de son armée et de son peuple, ce qui aurait précipité sa chute.
Napoléon marche à la tête de ses troupes, suivi des maréchaux Ney et Berthier, et des généraux Drouot, Gourgaud et Flahaut. Une deuxième colonne est formée de grognards. La composition respire l’inquiétude, l’angoisse même. Tous avancent en silence dans une neige boueuse, tendus vers le combat qui s’annonce. Ce n’est plus la victoire que représente cette peinture, c’est la fatigue de la guerre, et Napoléon lui-même se détache à peine de ses soldats. La silhouette est celle que rendit célèbre la légende napoléonienne : l’Empereur est vêtu de sa redingote grise et coiffé du célèbre « petit chapeau ».

Le style très minutieux, presque hyper-réaliste de Meissonier, permet de faire passer la vérité du sujet. Les attitudes sont réelles, individualisées, mais tous les hommes sont soumis au même destin. On ressent vraiment le silence obsédant de ces colonnes en marche vers une victoire devenue hypothétique.

Interprétation

Considérée comme le chef-d’œuvre de Meissonier, cette œuvre célèbre apparaît un peu comme le symbole de toute la légende napoléonienne telle que l’ont développée les bonapartistes au XIXe siècle, en particulier les graveurs Raffet et Charlet. Elle est partout reproduite, en raison de sa vraisemblance. A la détermination de Napoléon fait écho le fatalisme mêlé de confiance des militaires qui le suivent. Ils marchent comme dans son ombre, s’en remettant entièrement à lui, semblant ne pas douter un instant de la victoire. C’est l’aura de l’Empereur, ce qu’il appelait son « étoile », qui est peinte ici. Napoléon se présente ainsi comme un véritable dieu de la guerre, homme d’exception qui peut tout. Nous sommes ici dans la plus pure illustration de cette idée née avec la notion de progrès, selon laquelle l’homme influe sur les événements. Ce n’est plus la religion napoléonienne qui est peinte, mais seulement l’homme supérieur maîtrisant le destin.

Bibliographie

Jérémie BENOIT « Le cycle napoléonien de Meissonier. Un tableau du musée de Moulins »in La Revue du Louvre , 1987, n° 1, p. 43-52.
CollectifCatal. expo. Ernest Meissonier , Lyon, musée des Beaux-ArtsParis, RMN, 1993.
Jean TULARD (dir.) Dictionnaire Napoléon Paris, Fayard, 1999.

Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « La campagne de France, 1814 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/campagne-france-1814?i=307&d=1&musee=Mus%C3%A9e%20d%27Orsay
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