La célébration de la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette

Date de publication : Octobre 2009
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
Lorsqu’il rentre solennellement à Paris le 3 mai 1814, après de longues années d’exil, Louis XVIII est un souverain fort ignorant de cette France née de la Révolution et de l’Empire sur laquelle il est appelé à régner. Il comprend néanmoins que l’ordre ancien ne peut être intégralement restauré et qu’il lui faut conserver l’essentiel des acquis de la période révolutionnaire. C’est dans un souci réaliste d’apaisement et de réconciliation des deux Frances – celle de l’Ancien Régime et celle qui est issue de 1789 – qu’il octroie une charte qui admet l’égalité des Français devant la loi et l’impôt, et concède à un parlement bicaméral le vote des lois et le contrôle du budget. Il est cependant très imbu de sa dignité royale et estime que sa légitimité est héréditaire et de droit divin. Il nie l’intermède révolutionnaire en datant de la dix-neuvième année de son règne une charte dont le vocabulaire fleure bon l’Ancien Régime. Renouant avec l’idéologie d’un Joseph de Maistre (1753-1821), il voit dans la Révolution le Mal absolu, ainsi qu’il l’exprime implicitement dans le préambule de la Charte :

« En cherchant ainsi à renouer la chaîne des temps, que de funestes écarts avaient interrompue, nous avons effacé de notre souvenir, comme nous voudrions qu’on pût les effacer de l’Histoire, tous les maux qui ont affligé la Patrie durant notre absence. »

Néanmoins, il n’a rien oublié et invite les Français à un repentir doloriste à l’occasion de cérémonies religieuses réparatrices dédiées à la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ces célébrations expiatoires étant destinées à ranimer, même chez les acquéreurs de biens nationaux, la double ferveur envers le trône et l’autel.
Analyse des images
Dessinateur fort apprécié des cours européennes, Jean Démosthène Dugourc a couvert par ses dessins à la plume tous les événements marquants du règne de Louis XVIII. Celui-ci représente le service anniversaire célébré le 21 janvier 1816 en la basilique de Saint-Denis à la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Pour l’occasion, les murs et les colonnes de l’église ont été couverts de lourdes tentures de deuil ornées des armoiries royales et parsemées de fleurs de lis. À gauche, tournant le dos à l’autel, un prélat revêtu des ornements épiscopaux officie sur une estrade avec deux assistants. En contrebas, de nombreux ecclésiastiques entourent l’estrade un cierge allumé à la main. Face au chœur, un dais monumental domine la tribune où siège la famille royale. Assis dans les transepts, hauts dignitaires, nobles et personnalités invitées assistent à cette première cérémonie commémorative de la mort du roi Louis XVI, guillotiné le 21 janvier 1793.
Interprétation
Les 18 et 19 janvier 1815, à la demande de la duchesse d’Angoulême, seule survivante des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Louis XVIII fit exhumer les dépouilles des souverains guillotinés pour les transférer à la basilique de Saint-Denis. Comme d’autres victimes de la Terreur – Charlotte Corday, Madame Roland ou la comtesse du Barry –, ils avaient été enterrés dans le cimetière de la Madeleine, rue d’Anjou. Le 21 janvier fut alors décrété jour de deuil national, et la première cérémonie réparatrice fut célébrée à Saint-Denis le 21 janvier 1816.

À l’emplacement du cimetière de la Madeleine, Louis XVIII fit édifier une chapelle expiatoire de style néoclassique dont la construction fut confiée à l’architecte royal Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853). L’édifice fut inauguré en 1826 par Charles X qui, dans le même esprit, posa le 3 mai 1826 sur la place de la Concorde la première pierre d’un monument à la mémoire de Louis XVI. Mais la statue ne fut jamais érigée, et son socle servit de base à l’obélisque de Louksor, dressé sur la place en 1836. En 1828, Charles X inaugura également une statue équestre de Louis XIV, œuvre de François Joseph Bosio (1768-1845), sur la place des Victoires. Dix ans plus tôt, Louis XVIII avait fait installer sur le Pont Neuf une statue du roi Henri IV, symbole de la réconciliation nationale et de la monarchie légitime.

Tous ces monuments ponctuant le paysage parisien de souvenirs de l’ordre ancien, toutes ces cérémonies commémoratives et expiatoires à la mémoire du souverain supplicié, devaient rappeler à l’opinion la légitimité de la monarchie restaurée et la continuité séculaire de la dynastie des Bourbons, un moment interrompue par les « funestes écarts » de la Révolution.
Bibliographie
Guillaume BERTIER DE SAUVIGNY, La Restauration, Paris, Flammarion, 1955.
Georges BORDONOVE, Louis XVIII : le Désiré, Paris, Pygmalion, 1989.
Francis DEMIER, La France du XIXe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 2000.
Évelyne LEVER, Louis XVIII, Paris, Fayard, 1988.
Pierre ROSANVALLON, La Monarchie impossible : les chartes de 1814 et 1830, Paris, Fayard, 1994.
Jean VIDALENC, La Restauration 1814-1830, Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1983.
Emmanuel de WARESQUIEL et Benoît YVERT, Histoire de la Restauration.
Naissance de la France moderne
, Paris, Perrin, 1996.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « La célébration de la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/celebration-memoire-louis-xvi-marie-antoinette?i=1017&d=1&c=Marie-Antoinette
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