Les Chants de la nuit

Date de publication : Mars 2008
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
A la fin du XIXe siècle, nombre d’artistes entendent réagir contre le réalisme et les incertitudes d’un monde en pleine mutation, et contre un art naturaliste privé d’idéal. Ecrivains, poètes, peintres et sculpteurs ambitionnent de rétablir l’harmonie entre l’Homme et la Nature, de réconcilier leurs semblables avec le spirituel et de concourir à la construction d’une société moderne qui ne soit pas uniquement fondée sur les progrès scientifiques, techniques et économiques. Cette volonté de rupture avec le naturalisme et le matérialisme triomphant donne naissance au mouvement symboliste qui touche tous les pays et tous les domaines de la création artistique à partir de 1880.

Né à Paris en 1857, Alphonse Osbert est l’une des figures représentatives du courant symboliste. D’un style au départ académique, son style évolue à partir des années 1880. Il se rapproche du Salon des Indépendants fondé par Georges Seurat et y rencontre Maurice Denis et, surtout, Puvis de Chavanne dont l’influence l’incite à s’orienter vers une peinture de plus en plus décorative. L’esthétique d’Alphonse Osbert est alors très proche de celle prônée par le Sâr Joséphin Péladan. Il participe aux Salons de la Rose-Croix que ce dernier organise à partir de 1892. Il fréquente le poète symboliste Stéphane Mallarmé. Apprécié par la critique et soutenu par le journal La Plume, Osbert est désormais reconnu comme l’un des principaux peintres symbolistes. Soutenu par l’Etat, il reçoit d’importantes commandes publiques : il réalise, entre autres, la décoration du grand hall de l’établissement thermal de Vichy en 1904 - deux peintures murales intitulées « La Source » et « Le Bain » qui doivent beaucoup à l’influence de Puvis de Chavanne -, et, entre 1911 et 1913, le décor de la salle des séances de la mairie de Bourg-la-Reine.
Analyse des images
Avec Les Chants de la Nuit, qu’il peint en 1896, Alphonse Osbert réalise l’un de ces nombreux paysages monochromes dont il s’est fait une spécialité. Dans une nature nocturne, sobrement éclairée par la lueur diffuse de la lune et embrumée de bleu, évoluent des personnages aux contours imprécis et fantomatiques. Dans cette œuvre incontestablement symboliste, l’artiste manifeste déjà son désir d’indépendance et son refus de suivre le cours évolutif de l’art de ses contemporains, au profit d’une fidélité sans faille à sa vision métaphysique de l’expression artistique. Il y affirme une monochromie préfigurative de bien des peintres modernes : son bleu rejoint la célébrité du « bleu Klein » dont il n’est pas indigne. La planéité, la pratique de la géométrie et des lignes essentielles - horizontales et verticales -, le traitement simplifié de la figure humaine, participent d’une vision idéale et spiritualisée de la nature. Alphonse Osbert s’affirme ici comme une personnalité artistique forte et originale dans une époque dominée par le matérialisme.
Interprétation
Dans la peinture française de la seconde moitié du XIXe siècle, la volonté de rompre avec le réalisme d’un Gustave Courbet ou d’un Gustave Caillebotte donne naissance à divers courants artistiques, notamment les Nabis et les peintres de Pont-Aven, des créateurs attachés au symbolisme des couleurs, soucieux d’expérimenter la forme et son aspect décoratif. Le symbolisme idéaliste, dont se réclame Alphonse Osbert, est un autre courant qui regroupe des artistes souhaitant associer la recherche plastique à un message spirituel. Individualistes avant tout, ces peintres participent néanmoins à des cercles de pensée et d’action, notamment les Salons de la Rose-Croix, organisés de 1892 à 1897 par l’écrivain et occultiste Joséphin Péladan, et l’exposition des « Peintres de l’Ame » initiée par la revue L’Art et la Vie en 1896.

Le symbolisme idéaliste s’adresse à l’esprit, à l’imagination, et non au regard. Au-delà des apparences, l’artiste évoque un monde idéal et privilégie l’expression des états d’âme ou des rêves. Il décrit le monde réel en utilisant des expressions métaphoriques et en puisant son inspiration dans les mythologies antiques ou germaniques, dans l’art médiéval ou dans celui de la Renaissance, symboles d’une époque d’art sacré. De façon souvent inconsciente, les symbolistes ont pesé sur l’art du XXe siècle : ils ont annoncé l’Art nouveau et porté les germes de la modernité.
Bibliographie
Véronique DUMASLe peintre symboliste Alphonse Osbert (1857-1939)C.N.R.S.
Editions, Paris, 2005.
Philippe JULLIANLes SymbolistesNeuchâtel et Paris, Ides et Calendes, la Bibliothèque des arts, 1973.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « Les Chants de la nuit », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/chants-nuit?i=868&d=1&c=campagne
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