La Charge

Auteur : Ivan JABLONKA

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Contexte historique
L’agitation politique et sociale, au tournant du siècle, n’est pas seulement due au contexte de l’affaire Dreyfus et de la crise des Inventaires. Depuis la fin des années 1880, les ouvriers, les mineurs en particulier, s’affrontent de plus en plus violemment avec les forces de police ; grèves insurrectionnelles et échauffourées se multiplient. Le 1er mai 1891, à Fourmies, la troupe tire sur les manifestants désarmés. Dix ans plus tard, lors d’une grève insurrectionnelle à Montceau-les-Mines, vingt-deux gendarmes sont blessés par balle. Les années 1890 sont également marquées par la peur des anarchistes. Après l’exécution de Ravachol, l’attentat de Vaillant à la Chambre en décembre 1893 et l’assassinat du président Sadi Carnot en 1894 réveillent les craintes du gouvernement. Les lois de répression de mai et décembre 1893, les lois « scélérates » de juillet 1894, mais aussi l’augmentation du budget de la police et la mise en œuvre d’enquêtes étendues à l’encontre d’individus suspects sont conçues pour mettre un terme à la menace anarchiste.


Analyse de l’image
On ne sait si la Charge décrite par Devambez vise à réprimer une émeute anarchiste, mais elle prend sans doute son sens dans le contexte troublé des années 1890 et du début du siècle. Le tableau, exposé au Salon de 1902, représente la charge d’une brigade de police contre une manifestation (ou une émeute) à Paris, sur le boulevard Montmartre. On ne peut manquer d’être frappé par l’originalité de la composition : la vue plongeante d’un boulevard parisien depuis un immeuble est peut-être empruntée à certaines toiles de Monet ou de Caillebotte, mais ici elle est non seulement vertigineuse mais inquiétante : dans un violent contraste de lumière, on voit un cordon de police effroyable, lancé à toute allure, fondre sur la masse noire et indistincte des émeutiers. Le mouvement des policiers qui dispersent la foule suivant une puissante diagonale est compensé par le caractère statique des motifs géométriques — la verticalité des réverbères et le cercle vide au milieu du tableau. En rendant hommage aux cafés illuminés des boulevards de la Belle Epoque, aux publicités des colonnes Morris, à l’éclairage électrique des vitrines devant lesquelles s’attardent les badauds, Devambez associe à la modernité urbaine la violence d’une scène de guerre civile, livrée dans un univers de noirceur et de terreur.
Analyse des images
On ne sait si la Charge décrite par Devambez vise à réprimer une émeute anarchiste, mais elle prend sans doute son sens dans le contexte troublé des années 1890 et du début du siècle. Le tableau, exposé au Salon de 1902, représente la charge d’une brigade de police contre une manifestation (ou une émeute) à Paris, sur le boulevard Montmartre. On ne peut manquer d’être frappé par l’originalité de la composition : la vue plongeante d’un boulevard parisien depuis un immeuble est peut-être empruntée à certaines toiles de Monet ou de Caillebotte, mais ici elle est non seulement vertigineuse mais inquiétante : dans un violent contraste de lumière, on voit un cordon de police effroyable, lancé à toute allure, fondre sur la masse noire et indistincte des émeutiers. Le mouvement des policiers qui dispersent la foule suivant une puissante diagonale est compensé par le caractère statique des motifs géométriques — la verticalité des réverbères et le cercle vide au milieu du tableau. En rendant hommage aux cafés illuminés des boulevards de la Belle Epoque, aux publicités des colonnes Morris, à l’éclairage électrique des vitrines devant lesquelles s’attardent les badauds, Devambez associe à la modernité urbaine la violence d’une scène de guerre civile, livrée dans un univers de noirceur et de terreur.
Interprétation
La Charge est un document intéressant dans la mesure où elle révèle la manière dont l’affrontement social et la répression des troubles à l’ordre public sont représentés au tournant du siècle. On peut noter, à ce titre, que les policiers sont à pied : n’apparaissent dans ce tableau ni les chevaux de la redoutable police montée, ni les vélos que le préfet de police Lépine a introduits en créant en 1895 une brigade d’agents cyclistes. Il est vrai, au demeurant, que la violence de la répression tend à s’accentuer au fil des années. Par exemple, Clemenceau, qualifié d’« assassin » après les événements sanglants de Draveil et de Villeneuve-Saint-Georges en 1908, fera preuve d’une très grande fermeté en mobilisant 40 000 soldats dans Paris pour le 1er mai 1906. En 1912, la Préfecture de police annonce la mise au point d’une grenade lacrymogène pour neutraliser les bandits. Elle sera surtout utilisée pour disperser les manifestations des années 1960. Au-delà de ces évolutions, la Charge montre que la rue est devenue l’arène de la bataille sociale et politique, comme le confirmera avec éclat la crise du 6 février 1934. Mais, dans cette toile, Devambez ne prend pas parti. Il se distingue au contraire par son détachement de toute cause, décrivant des faits hautement politiques avec une neutralité et un esthétisme assez surprenants. Par son sens du mouvement et de la géométrie, il préfigure ainsi le futurisme et, de manière plus générale, l’art moderne. On pourrait ajouter que la force mécanique du cordon de police à l’assaut, le spectacle électrique de la violence et les mouvements de la masse confuse, dans laquelle l’individu a totalement disparu, annoncent en un sens les régimes totalitaires du XXe siècle.
Bibliographie
G.-A.
EULOGE Histoire de la police des origines à 1940 Plon, 1985.
Pierre MIQUEL les Gendarmes Olivier Orban, 1990.
Danièle TARTAKOWSKY le Pouvoir est dans la rue.
Crises politiques et manifestations en France
Aubier, 1998.
Pour citer cet article
Ivan JABLONKA, « La Charge », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 05 Décembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/charge?i=356&d=1&t=253
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