Un cinéma d'artistes

Date de publication : Février 2008

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Contexte historique

Un décor cubiste

Le peintre Fernand Léger, lié à la mouvance cubiste, noue, après la guerre de 1914-1918, des liens étroits avec le cinéma. Fasciné par Charlot, attiré par les thèses de Ricciotto Canudo, qui considère le film comme une peinture en mouvement, et qui cherche à démontrer la capacité du cinéma à faire la synthèse de tous les arts, Léger est persuadé que le 7e art (terme inventé par Canudo) peut devenir un art social moderne. Il va donc s’y intéresser à différents niveaux. D’abord en composant les affiches des films La Roue (1922) d’Abel Gance, et de L’Inhumaine (1924) de Marcel L’Herbier, puis en créant des décors spécifiques pour ce dernier film, avant de coréaliser avec l’Américain Dudley Murphy (et avec la collaboration technique de Man Ray) un court métrage expérimental, Ballet mécanique (1924), qui vise à célébrer le rythme rapide de la vie moderne à l’aide de procédés et d’angles de prises de vues inédits.

Analyse des images

Esquisse en noir et blanc

Ce dessin en noir et blanc, de 1923, est une esquisse de Fernand Léger pour l’une des affiches du film L’Inhumaine. Le titre apparaît en surimpression, en forme d’escalier, sur une composition aux formes très géométriques. Pour rendre compte de l’intensité de la vie moderne et de sa mécanisation, un des thèmes principaux du film, Léger, comme dans la plupart des tableaux qu’il réalise à cette époque, intègre des éléments du monde urbain et industriel. On trouve en effet dans ce projet d’affiche des objets, des signes, des formes plastiques, des motifs géométriques choisis, assemblés et ordonnés pour constituer une esthétique proche de l’abstraction. Un ensemble composé de lignes droites, obliques, courbes, qui traduit visuellement la mécanisation, le modernisme technologique et les machines dont l’ingénieur/inventeur Norsen se sert pour ses expériences scientifiques.

Interprétation

Une affiche sous forme de collage

Le film L’Inhumaine, entrepris par Marcel L’Herbier en 1923 sur une proposition de la cantatrice Georgette Leblanc, est en quelque sorte la bande annonce de l’exposition des arts décoratifs qui se tiendra à Paris en 1925. Il vise en effet à mettre en valeur les nouvelles tendances artistiques françaises. C’est aussi une mise en pratique, rétrospectivement, des théories de Canudo sur le cinéma comme synthèse des arts. Plusieurs artistes connus (Robert Mallet-Stevens, Darius Milhaud, Claude Autant-Lara, Alberto Cavalcanti, Paul Poiret) y participent comme créateurs de décors, costumes ou mobiliers. C’est ainsi que le peintre Fernand Léger conçoit et fabrique l’intérieur du laboratoire du jeune savant Einer Norsen joué par Jaque Catelain. Parallèlement, il dessine une des affiches du film, dont nous voyons ici la maquette, qui traduit, à sa façon, les visions fragmentaires et rythmées des images tournées par L’Herbier.

Bibliographie

Marcel L’HERBIERLa Tête qui tourneParis, Belfond, 1979.
Noël BURCHMarcel L’HerbierParis, Seghers, 1973.
Emmanuelle TOULET (dir.)Le cinéma au rendez-vous des arts.
France années 20 et 30
Paris, Bibliothèque nationale de France, 1995.
Laurent VÉRAY (dir.)Marcel L’Herbier.
L’art du cinéma
Paris, éditions de l’AFRHC, 2007.

Pour citer cet article
Laurent VÉRAY, « Un cinéma d'artistes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/cinema-artistes?c=cinema&d=1&i=849&oe_zoom=1544&id_sel=1544
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