Colbert présente à Louis XIV les membres de l’Académie royale des sciences

Professeur à l'Université Paris VIII

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Contexte historique

Le règne de Louis XIV est marqué par une centralisation de toutes les formes de création artistique et intellectuelle au service du prince. Cette création étatisée se déploie, sur le modèle italien, dans le cadre d’académies : l’Académie de danse (1661), l’Académie de musique (1669), l’Académie d’architecture (1671) s’ajoutent à l’Académie française (1635) et à l’Académie de peinture de sculpture, créée en 1648, réformée par Colbert en 1663.

La création de l’Académie des sciences en 1666 s’intègre dans ce grand projet de la monarchie absolue visant à placer l’ensemble de la vie culturelle sous sa tutelle. D’autant que Colbert a compris que les progrès scientifiques pouvaient se traduire en progrès techniques capables d’accroître la puissance de la France et d’exalter la gloire du roi.

Réunissant une douzaine de savants, la première séance de l’Académie des sciences eut lieu le 22 décembre 1666 dans la bibliothèque du roi, rue Vivienne à Paris. Les réunions furent ensuite bihebdomadaires.

Elève de Simon Vouet, Henri Testelin (1616-1695) fut un des fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648. Il en devint le secrétaire à partir de 1650. Il est surtout connu pour ses portraits de Louis XIV et ses grandes compositions relatant des événements officiels. Converti au protestantisme, il fut exclu de l’Académie en 1681 et dut fuir aux Provinces-Unies.

Cette grande toile dont Versailles conserve l’esquisse est à l’origine un carton de tapisserie de la tenture de L’Histoire du Roy. Il s’agissait de célébrer les grands événements du règne (le sacre, le mariage, les victoires militaires) ainsi que les grandes réalisations, ce qui est le cas ici. Pour des raisons inexpliquées, ce carton ne fut pas tissé.

Analyse des images

Le grand tableau d’Henri Testelin est en fait un carton de tapisserie pour une pièce jamais tissée de la tenture de l’Histoire du Roi. Il s’agit d’une scène imaginée : la présentation au roi des membres de la nouvelle Académie des sciences qui vient d’être fondée. Cet espace fictif s’ouvre sur l’Observatoire, qui commence alors à être édifié par Claude Perrault.

Le peintre a particulièrement soigné le portrait de chaque participant, ainsi facilement reconnaissable : à droite de Louis XIV, assis sur un fauteuil, Monsieur, son frère, est habillé de rouge ; à gauche, Jean-Baptiste Colbert, qui arbore fièrement la marque de l’ordre du Saint-Esprit, avec derrière lui son secrétaire, Charles Perrault (l’auteur des Contes), présente au souverain les membres de l’Académie, à commencer par l’abbé Jean-Baptiste du Hamel, le premier secrétaire, qui s’incline respectueusement vers le souverain. Derrière lui sont figurés Pierre de Carcavi, Jean Picard, Christiaan Huygens, Jean-Dominique Cassini, Philippe de La Hire, l’abbé Edme Mariotte et Jacques Borelly.

De nombreux objets illustrent la diversité des activités scientifiques : squelettes d’animaux, sphère armillaire, horloge, globe terrestre (à gauche), plan du canal des Deux Mers, destiné à relier l’Atlantique à la Méditerranée, qui commence alors à être réalisé par Pierre-Paul Riquet, traités scientifiques, plans de fortifications, globe céleste (à droite).

Interprétation

Il ne s’agissait pas seulement pour Louis XIV d’exercer un mécénat intéressé en subventionnant des hommes de sciences, il s’agissait aussi d’attirer en France savants et artisans spécialisés pour développer les connaissances utiles pour l’économie du royaume, et de capter les savoir-faire des techniciens de toutes sortes et des artistes qui jusqu’alors assuraient (ou avaient assuré) la prééminence des dynasties et des puissances concurrentes : en 1666, le roi accorda ainsi au Hollandais Christiaan Huygens, spécialiste notamment d’instruments d’optique, outre un logement, une gratification de 6 000 livres par an ; trois ans plus tard, il offrit 9 000 livres à l’Italien Jean Dominique Cassini et lui confia la direction de l’Observatoire.

Les travaux de l’Académie des sciences concernaient aussi bien les problèmes d’approvisionnement de l’eau à Versailles (l’immense jardin réclamait un gros débit d’eaux courantes pour alimenter les fontaines) que la création des nouvelles cartes géographiques (Cassini fut sollicité par Colbert pour créer une carte détaillée de la généralité de Paris dans une intention fiscale), ou encore les progrès de la balistique et de l’armement pour assurer la puissance du roi de guerre. En 1667, Claude Perrault proposa d’entreprendre un inventaire des êtres vivants, qui vit le jour bien des années plus tard sous le titre d’Histoire des animaux et d’Histoire naturelle des plantes.

L’Académie acquit bientôt une réputation internationale. En 1699, Louis XIV lui octroya un nouveau statut, qui devait durer jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Désormais, l’Académie était l’instrument d’une science officielle concourant plus que jamais au prestige et à la gloire du roi.

Bibliographie

BAJOU Thierry, La peinture à Versailles au XVIIe siècle, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1998.
SAULE Béatrix, ARMINJON Catherine (dir.), Sciences et curiosités à la cour de Versailles, Editions de la Réunion des musées nationaux, 2010.

Pour citer cet article
Joël CORNETTE, « Colbert présente à Louis XIV les membres de l’Académie royale des sciences », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/colbert-presente-louis-xiv-membres-academie-royale-sciences?i=1302&d=1&c=Monarchie%20des%20Bourbons
Commentaires
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Philippe Helloco le 26/05/2015 à 10:05:45
En encourageant les sciences, l'Etat royal s'inscrivait dans le courant rationaliste analysé par Paul Hasard dans "La crise de la conscience européenne" (1935) et qui a très largement préparé le mouvement des Lumières.

Mais comment interpréter les conséquences de cette politique ? D'un côté, les travaux des académiciens, par leur apport à l'économie, ont pu contribuer à consolider le pouvoir royal mais de l'autre, n'ont-ils pas contribué à saper l'autorité de l'Etat, qui reposait sur le droit divin ?
Par Philippe Helloco, Professeur Documentaliste
Kergeo le 11/12/2014 à 06:12:34
D'après quelles références, svp, des noms sont-ils attribués aux personnages ? N'y a-t-il pas inversion entre Picard et Mariotte ? Merci A.G.
Louis le 16/07/2013 à 10:07:57
Louis le Grand eut un certain génie,en particulier celui de savoir s'entourer d'autres génies, à peu prés dans tous les domaines...

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