• Portrait d’Antoine Vivenel.

    Dominique PAPETY (1815 - 1849)

  • Caricature d’Antoine Vivenel.

    ANONYME

  • Buste d’Antoine Vivenel.

    Jean-Pierre DANTAN, dit Le JEUNE (1800 - 1869)

Un collectionneur, mécène et pédagogue : Antoine Vivenel (1799-1862)

Date de publication : Juin 2008
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
Né à Compiègne, dans l’Oise, le 27 ventôse An VII (17 mars 1799), Antoine Vivenel appartient à une longue lignée d’artisans compiégnois qui ont fait du bâtiment leur domaine d’élection. A 18 ans, il interrompt ses études et entre comme commis chez un entrepreneur du bâtiment à Paris, qui l’associe bientôt à ses affaires. A partir de 1825, devenu entrepreneur de travaux, Vivenel conduit pour son propre compte de grands chantiers dans la capitale, dont les plus importants à mettre à son actif sont, entre autres, la reconstruction de l’Hôtel de Ville de Paris en 1835, l’édification des fontaines Molière et Saint-Sulpice. Ces contrats prestigieux vont rapidement le mettre à la tête d’une fortune considérable qu’il emploie, pour l’essentiel, à réunir patiemment, de 1825 à 1848, une collection de plus de 4 000 objets d’art allant de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Dans l’esprit d’Antoine Vivenel, il s’agit moins de créer un cabinet d’amateur que de mettre en place un Musée des Etudes qui soulignerait le rôle pédagogique de l’œuvre d’art et, le 20 mars 1843, il abandonne à la ville de Compiègne « tous les objets d’art, d’antiquités et de curiosités composant son cabinet ». Le musée de Compiègne est en effet « un recueil encyclopédique de tous les arts et de toutes les époques », dont l’exceptionnelle collection de vases grecs constitue l’ornement essentiel. Pour Vivenel, l’établissement muséographique est indissociable de la pédagogie et doit avoir pour vocation première « l’enseignement artistique du peuple ». Cette volonté novatrice d’associer musée et enseignement s’exprime particulièrement dans le patronage bienveillant, dans l’aide matérielle qu’il apporte aux écoles gratuites de dessin et de géométrie pratique appliquée aux arts, créées par la municipalité de Compiègne en 1835. Sous son impulsion, ces deux institutions connaissent un développement spectaculaire. Dépensant sans compter, le généreux mécène achète le matériel nécessaire, fournit de nombreux moulages de sculptures célèbres et rétribue des modèles vivants. Il dote de prix somptueux les lauréats des concours annuels et veille personnellement à l’avenir des jeunes gens qui montrent les meilleures dispositions artistiques.
Cette générosité sans bornes fut sans nul doute préjudiciable à la fortune d’Antoine Vivenel. Par ailleurs, la Révolution de 1848 ne fut pas sans conséquences sur sa vie même. Etait-il l’homme d’un régime - la Monarchie de Juillet - au cours duquel sa prospérité et sa renommée s’étaient affermies et imposées ? A ce titre, la Deuxième République et le Second Empire ne mirent-ils pas en quarantaine cet adepte des théories de Charles Fourier (1772-1837) ? Rien ne permet de l’affirmer. En tout état de cause, c’est un homme ruiné qui meurt à Paris le 19 février 1862.
Analyse des images
Dans la capitale, Antoine Vivenel est un entrepreneur de travaux célèbre, ayant pignon sur rue. L’œuvre d’agrandissement et de rénovation de l’Hôtel de Ville de Paris à laquelle il s’est consacrée n’est pas étrangère à cette notoriété. Homme public, il a des relations dans la sphère gouvernementale et avec la noblesse. Il a de nombreux amis dans les milieux artistiques de l’époque. Cette renommée en fait un sujet de prédilection pour les peintres et les sculpteurs dans les dix dernières années de la Monarchie de Juillet.
Adepte comme Antoine Vivenel de la doctrine phalanstérienne de Charles Fourier (1772-1837), Dominique Papety (1815-1849) était un ami de l’entrepreneur et en réalisa plusieurs portraits dont celui-ci, exposé au Salon de 1846, qui le représente dans son cabinet renaissance de l’Hôtel de Ville de Compiègne, occupé à rédiger l’acte de donation de ses collections au profit de sa ville natale. A l’arrière-plan, sur le mur, une lithographie encadrée représente l’Hôtel de Ville de Paris, œuvre maîtresse de l’habile entrepreneur.
Autre signe d’une incontestable réussite sociale, Antoine Vivenel inspire les caricaturistes qui le croquent à l’envi. Sur un dessin anonyme, il chevauche un hibou, brandissant fièrement l’Hôtel de Ville de Paris planté à la pointe de sa truelle. De nombreux projets émergent de sa poche et tombent en cascade. Sur la terre ferme, des moulins à vent l’assimilent clairement à un Don Quichotte du bâtiment. La caricature sculptée de Jean-Pierre Dantan, dit le Jeune (1800-1869), est l’un des nombreux portraits-charges que l’artiste exposait dans une salle du passage des Panoramas, dite « Musée Dantan ». Ce buste d’Antoine Vivenel y côtoyait les célébrités de la politique (Talleyrand, Hamilton, Louis-Philippe…), des arts (Beethoven, Paganini, Liszt, Verdi…) et des lettres (Victor Hugo, Balzac…).
Interprétation
Autodidacte, amateur d'art et collectionneur-né au goût sûr et au discernement remarquable, Antoine Vivenel a rassemblé, entre 1825 et 1848, une magnifique collection de vases grecs et italiotes. Bien qu'il soit aujourd'hui à peu près certain qu'il ait fait en 1826 le traditionnel voyage d'Italie, il semble peu probable qu'il ait pu acheter des vases sur place, dans la péninsule ou en Grèce même. Vivenel courait plutôt les marchands d'antiquités et les ventes publiques. Ainsi assiste-t-il à la vente de la collection d'antiquités égyptiennes, grecques et romaines de Fiérard, qui se tient du 23 au 25 janvier 1837. Il acquiert une cinquantaine de vases lors de la vente de la collection du comte Beugnot, en mai 1840. De même, il achète dix vases - dont le splendide psykter du peintre de Kléophradès - à la vente Magnoncour, en 1841. Douze vases proviennent de la dispersion du cabinet du baron Roger en mars 1842. Cependant, nombre de ces pièces avaient antérieurement appartenu au Chevalier Durand ou à Lucien Bonaparte. Néanmoins, quelles que soient les conditions dans lesquelles ces céramiques antiques ont été acquises, aucune n'est de qualité médiocre, toutes présentent un intérêt artistique, archéologique, anthropologique, et la Ville de Compiègne peut aujourd'hui, à juste titre, s'enorgueillir de posséder une des plus belles collections de vases grecs de France.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « Un collectionneur, mécène et pédagogue : Antoine Vivenel (1799-1862) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/collectionneur-mecene-pedagogue-antoine-vivenel-1799-1862?i=879
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