• Le citoyen Courbet.

    ANONYME

  • Peintures en tous genres.

    L.A STICK

La colonne Vendôme déboulonnée

Date de publication : Novembre 2007

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Contexte historique

La chute de la colonne Vendôme

Dès la déchéance de l’Empire et la proclamation de la République le 4 septembre 1870, des voix s’élèvent dans Paris pour réclamer la mise à bas de la colonne Vendôme, considérée comme l’odieux symbole des malheurs de la France. « Ainsi donc, au lendemain de Sedan, un violent orage grondait contre la colonne Vendôme », écrira Jules Castagnary en 1882, dans son opuscule intitulé Gustave Courbet et la Colonne Vendôme. Plaidoyer pour un ami mort.

Dans ce concert de revendications, Courbet s’exprime dans les colonnes du Bulletin officiel de la municipalité de Paris : « Attendu que la colonne Vendôme est un monument dénué de toute valeur artistique, tendant à perpétuer par son expression les idées de guerre et de conquête qui étaient dans la dynastie impériale, mais que réprouve le sentiment d’une nation républicaine, [le citoyen Courbet] émet le vœu que le gouvernement de la Défense nationale veuille bien l’autoriser à déboulonner cette colonne. » Cette proposition resta sans suite. Mais le projet fut repris par la Commune qui le vota le 12 avril 1871, tout en décidant la démolition du monument qui eut lieu le 8 mai suivant.

Analyse des images

La responsabilité de Courbet

Ces deux images paraissent s’opposer par de nombreux points : dans Le Citoyen Courbet, Courbet, l’élu de la Commune ceint de l’écharpe rouge, est un géant à la force herculéenne, capable de renverser une colonne Morris-pissotière, dans une scène dynamique construite sur l’oblique du frêle monument vacillant.

Dans la charge de L. A. Stick – prononcez d’un seul trait ! –, Courbet n’est plus qu’un minuscule peintre dérisoire armé de sa palette, juché sur le fût de la colonne brisée.

En dépit de cet acte de vandalisme, Courbet n’accède pas à la grandeur, tant les vestiges du monument terrassé sont encore imposants. Dans les deux images, les dessinateurs ont cependant joué avec la disproportion et les rapports d’échelles, pour mieux mettre en évidence le rôle de Courbet dans le renversement de la colonne Vendôme.

Parues à deux années d’intervalle – l’une en 1871, au moment des faits, l’autre en 1873, durant le feuilleton judiciaire de Courbet –, ces deux charges font de l’artiste engagé dans les rangs de la Commune, tant comme président de la Fédération des artistes d’inspiration communaliste que comme élu de la Commune pour le VIe arrondissement, le « déboulonneur », le « colonnard » et le vandale par excellence.

Interprétation

Le goût du scandale

Durant les années 1871 à 1873, particulièrement réactionnaires d’un point de vue politique, et toujours soucieuses de représailles contre les « fauteurs de troubles », ces charges ne sont guère indulgentes avec Courbet – même celle du Fils du père Duchêne publiée dans un journal satirique favorable à la Commune.

En renversant la colonne Vendôme, Courbet est soupçonné de vouloir renverser toutes les colonnes monumentales de Paris, jusqu’aux plus humbles pissotières. La dimension scatologique n’est évidemment pas absente de cette image qui sert les stratégies de scandale recherchées par le peintre réaliste. En 1873, L. A. Stick reste dans le même registre : celui du scandale et de la réclame personnelle dont Courbet aurait été friand afin d’asseoir sa notoriété d’une manière définitive.

De même, ces deux caricatures juxtaposées offrent un raccourci du corpus d’attaques graphiques dirigées contre Courbet et consacrées à son implication dans la Commune : le peintre réaliste qui avait sali la peinture par ses scènes triviales et irrespectueuses ne pouvait que s’engager dans les rangs des communards irrespectueux et vandales. Abondamment diffusées par une presse en plein essor, ces charges attestent aussi de la force de l’image satirique qui joua un rôle décisif dans la constitution et l’organisation de l’opinion publique.

Bibliographie

Jules CASTAGNARY, Gustave Courbet et la Colonne Vendôme. Plaidoyer pour un ami mort, [1882], Tusson, Du Lérot (Charente), 2000.

Bernard NOËL, Dictionnaire de la Commune, 2 vol., [1971], Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1978.

COLLECTIF, catalogue d’exposition Courbet et la Commune, Paris, RMN, musée d’Orsay, 2000.

Pour citer cet article
Bertrand TILLIER, « La colonne Vendôme déboulonnée », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/colonne-vendome-deboulonnee?i=60&d=11&c=Commune%20de%20Paris&id_sel=131
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