Commémorations de la guerre 1914-1918

Auteur : Patrick DAUM

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Contexte historique

Le panthéon rennais

Le panthéon rennais reflète l’ampleur du traumatisme de la Première Guerre mondiale et le mouvement de prise de conscience nationale qui, au lendemain de la guerre, voit fleurir partout en France les monuments aux morts.

En 1918, le conseil municipal de Rennes décide de créer un panthéon local où figurerait le « tableau d’honneur » des Rennais morts pour la patrie durant la Grande Guerre. L’hommage que la Ville veut rendre à ses morts prend une forme particulière : elle confie à l’architecte Emmanuel Le Ray et au peintre Camille Godet le soin de réaliser une salle commémorative dans l’Hôtel de Ville, lieu républicain. Le Ray est chargé d’en concevoir l’aménagement ; la décoration peinte en frise est l’œuvre de Camille Godet. La liste des combattants rennais tombés au front comprend 936 noms.

Le panthéon rennais est inauguré le 2 juillet 1922. Ce lieu de mémoire est le fruit d’une collaboration étroite entre l’État, la municipalité et les citoyens, qui ont été consultés afin que chaque famille de victimes soit représentée. L’architecte Le Ray fait œuvre de pédagogie civique en aménageant la salle d’attente en face de la salle des mariages en une « salle du souvenir » vouée à la célébration de la victoire et à la commémoration des morts.

Analyse des images

Godet, peintre du souvenir

Comme Lemordant, Camille Godet est un survivant de la Grande Guerre. Mobilisé de 1914 à 1918, il a partagé la vie quotidienne des soldats et il est, à Rennes, l’artiste le plus à même de retracer leur épopée glorieuse.

L’immense frise peinte par Godet sur le pourtour de la salle est un vibrant hommage à tous les soldats alliés. Très documenté, le travail du peintre rend avec précision les uniformes. Les figures des poilus sont très étudiées, certaines sont de véritables portraits. Ce Poilu est un dessin préparatoire pour une figure du panthéon. Godet s’est acquitté de sa tâche avec une conscience scrupuleuse, ne négligeant aucun détail du costume ou du paquetage du soldat.

La frise est achevée en moins de deux ans.

Interprétation

L’art commémoratif funéraire de la Grande Guerre

La contribution à l’histoire de la Grande Guerre est aussi artistique. Nombreux furent les artistes sollicités pour donner une forme à la commémoration en Bretagne. Beaucoup ont participé personnellement au conflit et ont donné la mesure de leur talent dans cet art commémoratif funéraire qui s’adresse aussi aux générations futures.

En Bretagne comme dans les autres régions françaises, l’iconographie de ces monuments commémoratifs est consacrée à la figure du poilu, qui parfois se régionalise par son association à une Bretonne portant la coiffe ou par l’utilisation d’un matériau austère, propre à ce terroir, la kersantite. Cette passion commémorative contribua grandement au repliement de la France sur elle-même et à ses malheurs durant l’entre-deux-guerres.

Bibliographie

Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.

Annette BECKER, Les Monuments aux morts : patrimoine et mémoire de la Grande Guerre, Paris, Errance, 1988.

Philippe CONTAMINE, « Mourir pour la patrie », in Pierre NORA (dir.), Les Lieux de mémoire, t. 2, La Nation, Paris, Gallimard, 1988, rééd. coll. « Quarto », 1996.

Luc LEGEARD, « Le panthéon rennais. 11 novembre 1918 – 2 juillet 1922 », Arts de l’Ouest, 1983, p. 57-65.

COLLECTIF, Camille Godet, œuvres de guerre 1914-1918, catalogue de l’exposition au musée du Souvenir des écoles de Saint-Cyr, Coëtquidan, 1er-27 juin 1999.

Pour citer cet article
Patrick DAUM, « Commémorations de la guerre 1914-1918 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Octobre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/commemorations-guerre-1914-1918?i=66&hspgm=1
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