• Rampe d'El-Guisr.

    Louis CUVIER

  • Chantier d'El-Ferdane.

    Louis CUVIER

  • Pertuis en construction, ateliers et magasins de l'entreprise B.L. et Cie.

    Louis CUVIER

  • Plan incliné n° 11 à Chaloup.

    Louis CUVIER

La construction du canal de Suez

Date de publication : Septembre 2011

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Contexte historique
L’Album sur l’Isthme de Suez 

Le projet qui consiste à relier la mer Méditerranée à la mer Rouge en perçant l’isthme de Suez date de l’Antiquité, mais ce n’est qu’au XIXe siècle que le canal de Suez est enfin réalisé. Le 30 novembre 1854, Ferdinand de Lesseps obtient du vice-roi d’Égypte la concession de la zone du canal pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, et, le 19 mai 1855, il fonde la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, qui dirigera la construction de l’ouvrage de 1859 à 1869. 

Conçu d’après les plans de l’ingénieur français Louis Linant de Bellefonds (1799-1883), qui les a réalisés de 1822 à 1833, et d’après ceux de l’Autrichien Alois Negrelli, le percement de l’isthme de Suez comprend de nombreuses étapes et plusieurs chantiers. L’Album sur l’Isthme de Suez réalisé par Cuvier, photographe à El-Guisr en Égypte, comporte les quatre clichés présentés dans cette étude.
Analyse des images
Les chantiers de Suez 

Les clichés « Rampe d’El-Guisr », « Chantier d’El-Ferdane », « Pertuis en construction » et « Plan incliné n° 11 à Chaloup » ont été pris en 1866 et 1867. Comme pour la plupart des photographies de cet album, Cuvier choisit un plan large et une prise de vue généralement surélevée. 

« Rampe d’El-Guisr » est le cliché le plus incarné et le plus humain, qui montre les ouvriers aux prises avec la rampe, suggérant l’importance du travail à effectuer par le contraste entre la rampe, imposante, les barques et les hommes. 

Plus « lointaines », « Chantier d’El-Ferdane », « Pertuis en construction » et « Plan incliné n° 11 à Chaloup » doivent leur composition à l’utilisation de la perspective et des lignes droites que forment le cours d’eau (« Chantier d’El-Ferdane »), les canaux (« Pertuis en construction ») ou les rails (« Plan incliné n° 11 à Chaloup »). Sur ce dernier cliché, la route ainsi percée semble même infinie.
Interprétation
Le symbole Suez 

S’il a au départ une vocation informative, documentaire et même technique (il peut servir aux ingénieurs de la Compagnie), l’Album sur l’Isthme de Suez est aussi conçu comme un témoignage « pour l’histoire ». Une archive moderne (usage de la photographie) pour un projet d’innovation censé marquer le progrès du siècle et indirectement destiné à une plus large audience. En effet, les travaux proprement « pharaoniques » impressionnent et passionnent un public européen (et notamment français) curieux de nouvelles prouesses techniques et fier de cette marque triomphante du « progrès ». La construction du canal de Suez est la concrétisation des idées saint-simoniennes. 

Les clichés de Cuvier, même s’ils restent assez neutres et objectifs, ne sont pas dénués de prétentions artistiques ou symboliques. Ainsi, au-delà de la grande précision des photographies (tous les lieux et la nature des ouvrages en cours sont indiqués), le choix du large plan suggère l’immensité de la tâche, renvoyant de ce fait à une certaine mythologie (égyptienne aussi) d’un travail pharaonique moderne. Plus que le nombre d’ouvriers nécessaires (les hommes sont à peine visibles), Cuvier insiste sur la perspective (au sens propre et figuré) de la réalisation. « Plan incliné n° 11 à Chaloup », « Pertuis en construction » et « Chantier d’El-Ferdane » notamment, qui semblent vouloir souligner l’organisation planifiée, rationnelle et maîtrisée (lignes droites, utilisation des rails et du train) d’un espace vaste et nu. Si l’homme se rend « maître et possesseur de la nature », c’est de manière presque désincarnée. 

Dans cette approche, l’atmosphère « paisible » et presque statique des diverses scènes (effet obtenu par le choix d’une vision d’ensemble et surplombante) refuse l’idée d’un chantier désordonné et bourdonnant, que l’on pourrait associer à l’Égypte, pour promouvoir celle d’une réalisation mathématique, presque austère et inéluctable.

Pour en savoir plus sur la technique de l’épreuve sur papier albuminé, allez sur le site Arago, le portail de la photographie

Bibliographie
Ferdinand de LESSEPS, Question du Canal de Suez, Paris, Henri Plon, 1860.
Nathalie MONTEL, Le Chantier du canal de Suez (1859-1869).
Une histoire des pratiques techniques
, Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1998-1999.
Catherine SALLES, Le Second Empire, Paris, Larousse, 1985.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La construction du canal de Suez », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/construction-canal-suez?i=1178&d=1&c=canal%20de%20Suez
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