• Femmes en costume

    François-Hippolyte LALAISSE (1812 - 1884)

  • Femmes de Plougastel.

    François-Hippolyte LALAISSE (1812 - 1884)

  • Paludière

    François-Hippolyte LALAISSE (1812 - 1884)

La construction du folklore français

Partager sur:

Contexte historique

Ces quatre dessins sont exemplaires du grand intérêt pour les costumes traditionnels locaux qui apparaît en Europe dans la première moitié du XIXe siècle.

L’éditeur nantais Charpentier lance à partir de 1829 des Suites de costumes, vendues en livraisons et par souscription. À sa demande, François-Hippolyte Lalaisse, professeur de dessin à l’École polytechnique et spécialiste des représentations d’uniformes, parcourt la Bretagne en 1843 et 1844 pour y faire un relevé des costumes traditionnels. Lalaisse publie une Galerie armoricaine (1845-1846), Nantes et la Loire-Inférieure (1850-1851) et La Bretagne contemporaine (1864).

Analyse des images

Les costumes représentés sont supposés être d’usage populaire traditionnel : des éléments annexes (paniers au bras des femmes, animaux) sont esquissés pour attester cette appartenance rurale. Néanmoins, les personnages ne sont pas situés dans un paysage ou un décor villageois. Les modèles des recueils de costumes sont les gravures de mode, destinées à inspirer couturières et tailleurs. Les personnages sont vus sous plusieurs angles, qui permettent de montrer les différentes pièces des costumes. Une grande attention est portée aux couvre-chefs : coiffes féminines, chapeaux masculins. Des indications manuscrites précisent tel ou tel élément. Ces dessins traités à l’aquarelle visent à établir une codification géographique des costumes bretons, selon les communes ou les cantons.

Ces costumes dessinés « d’après nature » correspondent-ils aux vêtements réellement portés par les paysans bretons au milieu du XIXe siècle ? La réponse est incertaine. Les observateurs, pendant longtemps, n’ont guère porté attention aux habits populaires, et les voyageurs du début du XIXe siècle notent que les traditions vestimentaires ont généralement cédé devant la mode parisienne. En fait, quelques décennies après leur disparition constatée et déplorée, les costumes traditionnels suscitent une nouvelle mode. Ceux qui apparaissent dans ces séries sont en tout cas beaux et richement colorés. Ils correspondent bien à la nouvelle image de la paysannerie qui se développe tout au long du XIXe siècle. Les paysans ne sont plus perçus comme des gueux, misérables et dangereux, mais comme des individus paisibles, travailleurs, pourvus d’une riche et authentique culture. Non seulement les costumes populaires, mais aussi les fêtes, les usages, les coutumes rurales, sont décrits et valorisés. La peinture de genre, d’ailleurs, à partir du milieu du siècle, multiplie les scènes pittoresques de fêtes (en Bretagne, particulièrement les pardons) et d’intérieurs paysans, où les costumes typiques sont à l’honneur. Inversement, la peinture réaliste, qui montre des paysans à la peine ou au travail, les représente avec des habits ternes et sans aucune originalité.

Les vêtements dessinés par Lalaisse sont-ils typiques d’une localité, comme le suggèrent les titres ? Et en ce cas, quelles sont les variantes possibles (on suppose bien que toutes les femmes ne s’habillent pas à l’identique) ? Là encore, la réponse est incertaine. Lalaisse, pas plus que ses homologues, n’a précisé comment il a choisi ses modèles.

Interprétation

Les recueils de costumes ne peuvent être utilisés comme illustrations véridiques du vêtement populaire effectivement porté au début du XIXe siècle. En revanche, ils ont été source d’inspiration pour de multiples représentations emblématiques de la Province. En ce sens, ils ont été à l’origine de pratiques spécifiques.

Alors que le développement des échanges, l’urbanisation, l’industrie textile, conduisaient à une homogénéisation des usages vestimentaires sur le territoire national, le paysan (surtout la paysanne) en costume est devenu l’icône la plus immédiatement lisible d’une région. La publicité touristique, celle des produits alimentaires ou même industriels, les a largement utilisés. Les costumes locaux, strictement codifiés, sont devenus de rigueur dans toutes les festivités (groupes folkloriques, cérémonies publiques). À l’occasion de fêtes locales ou privées, de photos de mariage, ces habits ont été arborés avec fierté. Un double système de référence a d’ailleurs été élaboré avec création d’un « costume régional » qui est une sorte de synthèse des différents costumes locaux. La haute coiffe blanche de dentelle est caractéristique du costume breton, comme la large coiffe noire de ruban symbolise l’Alsacienne.

Bibliographie

Jean CUISENIER, Denise DELOUCHE, Un carnet de croquis et son devenir : François-Hippolyte Lalaisse et la Bretagne, Brest, Paris, Éditions de la Cité, 1985.

Jocelyne GEORGE, Paris-Province, de la Révolution à la mondialisation, Paris, Fayard, 1998.

Frédéric MAGUET et Anne TRICAUD, Parler provinces, des images, des costumes, catalogue de l’exposition au musée national des Arts et Traditions populaires à Paris (26 janvier – 26 décembre 1994), Paris, coll. « Les Dossiers du musée national des Arts et Traditions populaires », 1994.

Ségolène LE MEN, Les Français peints par eux-mêmes. Panorama social du XIXe siècle, catalogue de l’exposition-dossier du musée d’Orsay, Paris, Réunion des musées nationaux, 1993.

Pour citer cet article
Anne-Marie THIESSE, « La construction du folklore français », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/construction-folklore-francais?i=34&d=1&c=folklore&id_sel=87
Commentaires