La construction d'un grand chemin

Date de publication : Juin 2013

Université d'Evry-Val d'Essonne

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Contexte historique

Le siècle de la route

Même si les voies d’eau ne sont pas négligées au XVIIIe siècle, ce sont surtout les routes qui retiennent l’attention du pouvoir royal. Avec la diffusion des théories mercantilistes et libérales qui insistent sur le rôle des voies de communication dans l’économie du royaume, les infrastructures routières tiennent une place centrale.

Pour mettre en œuvre des travaux routiers de grande envergure, le contrôleur général des finances Philibert Orry généralise la corvée royale en 1737-1738. Cet impôt en nature est exigé des particuliers assujettis à la taille. Ils sont également réquisitionnés plusieurs jours par an pour participer aux travaux d’entretien et à la construction des routes.

Surtout connu pour sa série des ports de France, Joseph Vernet délaisse son terrain de prédilection pour une scène qui prend place au cœur du royaume. Ce tableau fait suite à une commande de l’abbé Terray, au moment où celui-ci devient contrôleur général des Finances en 1769. Pour la somme de 5 000 livres, l’artiste rend hommage aux Ponts et Chaussées, une administration placée sous la direction du nouveau ministre. Achevé en 1774, le tableau est présenté au Salon l’année suivante. Diderot se montre virulent à l’égard de Vernet et lui reproche « une composition de cabinet ». Plusieurs indices suggèrent toutefois que le peintre s’inspire d’observations effectuées à l’occasion de séjours dans les Alpes.

Analyse des images

La construction d’une route royale

En vrai maître des représentations paysagères, Vernet a organisé sa composition selon une succession de plans rythmés par les sinuosités que le relief impose à ce « grand chemin » en construction. Les travaux en cours dans ce vaste paysage font l’objet d’une description très précise. Sur la gauche, l’élégant parapet en bois suggère l’achèvement d’une portion de cette route qui, tel un fil conducteur, se déroule à travers le tableau.

Au premier plan à gauche, la borne frappée d’une fleur de lis indique la distance en lieues d’avec Paris. Elle confirme ainsi le statut royal de cette voie dont l’entretien incombe à l’État. Au centre, le chef d’atelier tient la toise qui lui permet de vérifier la conformité des mesures. Chapeau à la main, ce personnage est en grande discussion avec un groupe d’hommes à cheval. Autour d’eux, une dizaine d’individus s’affairent aux opérations de pavage : façonnage, taille et pose des pavés, damage et aplanissement. Au deuxième plan, d’autres hommes taillent directement dans la roche des blocs qui, une fois concassés, sont chargés sur des chariots. Au troisième plan, un pont aux arches en anse de panier est en voie d’achèvement. Les engins de levage suggèrent la mise en œuvre de techniques de construction performantes.

Interprétation

Désenclaver le territoire

Le tableau de Joseph Vernet illustre bien la politique pluridécennale de l’État qui, grâce à la corvée, permettra la rénovation ou la construction de plusieurs milliers de kilomètres de routes royales. Le peintre met en avant les acteurs de ce projet d’envergure, depuis les concepteurs jusqu’aux exécutants. Cette peinture sert également de métaphore, car elle montre que les hommes savent déjouer les difficultés de la topographie et dompter la nature.

Deux des hommes à cheval portent un uniforme qui indique leur appartenance au corps des Ponts et Chaussées. Fondé en 1716, ce corps d’ingénieurs civils doit satisfaire les besoins de l’État en matière d’infrastructures de transport. Le personnage qui tient un plan entre les mains est probablement Jean-Rodolphe Perronet, Premier ingénieur des Ponts et Chaussées. Chaque année, il effectue une tournée à travers le royaume, afin de vérifier que le programme de construction ordonné par le pouvoir central est scrupuleusement respecté par les ingénieurs de généralité.

Bibliographie

· Florence INGERSOLL-SMOUSE, Joseph Vernet, Peintre de marine, Étude critique et catalogue raisonné…, Paris, É. Bignon, 1926.

· Léon LAGRANGE, Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècle, Paris, Didier, 1864.

· Antoine PICON, L’Invention de l’ingénieur moderne : l’École des Ponts et Chaussées (1747-1851), Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1992.

· Georges REVERDY, L’Histoire des routes de France, Paris, Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1997. 

Pour citer cet article
Stéphane BLOND, « La construction d'un grand chemin », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 22 Octobre 2017. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/construction-grand-chemin?i=1298&d=11&c=monarchie%20des%20Bourbons
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