Le convoi funèbre de Napoléon

Date de publication : Novembre 2004

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Contexte historique
Captif sur l’île de Sainte-Hélène, Napoléon Ier décède le 5 mai 1821. Après moulage de son visage, autopsie et exposition de sa dépouille, le défunt est mis en bière le 8. Les obsèques sont célébrées le lendemain matin en présence des autorités de l’île et de civils. Il est inhumé à Longwood sous des roulements de tambour et des salves d’artillerie. La dépouille de Napoléon restera là jusqu’au 15 octobre 1840, date à laquelle elle sera transférée en France, aux Invalides.
Analyse des images
Dans le deuxième codicille de son testament, Napoléon commence par : « Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé »( Extrait de la relation du Docteur Antomarchi. Dayot A., p. 443). Son souhait ne sera exaucé qu’au moment du retour des cendres en 1840, car le gouverneur anglais sir Hudson avait reçu l’ordre de garder la dépouille de Napoléon sur l’île. Ainsi, ne pouvant rapatrier le corps, les Français le firent enterrer dans une vallée où l’empereur aimait se promener, près d’une source dont les eaux le soulageaient. Elle portera dès lors le nom de « vallée du Tombeau ».

Cette image la représente comme un lieu aride, escarpé, presque menaçant. Les ombres portées provenant des pauvres rayons d’un soleil mourant ajoutent à la dramaturgie de la scène. L’image est volontairement dépouillée, l’auteur ayant renoncé à représenter l’ensemble du cortège, plus imposant en réalité (Antomarchi parle de foule. Op cit, p. 447), pour mettre l’accent sur la fin pathétique d’un homme qui fut et reste, au moment de l’exécution de cette planche, l’un des chefs d’Etat les plus adulés.
Tous les regards se tournent vers le caveau. Cette fosse béante est en réalité le personnage principal de la scène et non le cercueil qui arrive, porté par les grenadiers. Il symbolise à lui seul la destinée humaine, l’abandon, la chute. L’œil du spectateur est amené à s’y porter, à s’y attarder pour méditer sur l’œuvre de la mort. Véritable punctum de cette image, il n’est pas sans rappeler L’Enterrement à Ornans. Dans ce tableau qu’il peindra une dizaine d’années après la création de cette image, Courbet n’hésitera pas à placer le spectateur au niveau de la fosse mortuaire, avec l’ensemble des figures face à lui. Dans la toile se retrouvent le dépouillement de la scène, la simplicité de la composition et les tonalités sourdes de l’image d’Epinal, mais avec les dimensions propres à la grande peinture d’Histoire.
Interprétation
Cette gravure, atypique dans la production spinalienne, révèle une grande maîtrise de la composition au service du message qu’elle énonce. Attestant de l’ampleur du choc qu’occasionna la mort de l’Empereur, elle témoigne aussi du renouveau que connut le culte de Napoléon dans les années 1830.
Issue d’une série de planches illustrant la vie de Napoléon Ier, celle-ci diffère des récits des grandes batailles. Epurée, dotée d’une dramaturgie jouant subtilement sur les ombres et les plages colorées, elle fait partie de ces images qui, beaucoup diffusées, ont suscité une réflexion qui va au-delà de leur sujet. En cela, elle ouvre la voie à une conception de la représentation que Courbet fera entrer dans le monde artistique sous le terme de réalisme.
Bibliographie
Armand DAYOTNapoléon raconté par l’image d’après les sculpteurs, les graveurs et les peintresParis, Hachette, 1895.
Jean-Marie DUMONTLes Maîtres graveurs populaires, 1800-1850Epinal, Pellerin, 1965.
Nicole GARNIERL’Imagerie populaire françaisetome II « Images d’Epinal gravées sur bois », Paris, RMN, 1996.
Bernard HUINL’Imagerie populaire française au musée d’EpinalEpinal, Musée départemental des Vosges, 1988.
Jean LUCAS-DUBRETONLe Culte de Napoléon.
1815-1848
Paris, Albin Michel, 1960.
Jean MISTLER, François BLAUDEZ et André JACQUEMINEpinal et l’imagerie populaireParis, Hachette, 1961.
Jean TULARD (dir.)Dictionnaire NapoléonParis, Fayard, 1989.
Jean TULARDLe Mythe de NapoléonParis, Armand Colin, 1971.
Bernard MENAGERLes Napoléons du peupleParis, Aubier, 1988.
Pour citer cet article
Nathalie JANES, « Le convoi funèbre de Napoléon », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/convoi-funebre-napoleon?i=559&d=21&t=112
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