• Lettre de Napoléon Ier au ministre de la Guerre, Clarke, duc de Feltre, 3 novembre 1811.
  • Nouvelle organisation du service de l’artillerie sur les côtes. Tableau général. 1er août 1811.
  • Plan de la batterie de la Dordonna.
  • Costumes de gardes-côtes, officier et soldat.

    Auguste VALMONT (1970 - 1970)

La Corse sous la menace anglaise. Dossier 2 : la défense de Sagone

Date de publication : Avril 2006

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Contexte historique

La défense à la suite de l’affaire

La surveillance et la défense du littoral sont assurées sous l’Empire par des compagnies de gardes-côtes, composées d’anciens canonniers, ou d’habitants des communes proches de la côte, assujettis au service du guet et de la garde et tirés au sort. Ils reçoivent une solde, sont habillés par l’Etat, placés sous commandement militaire et soumis à la discipline de l’armée mais effectuent un service moins actif que les artilleurs de ligne. Les

compagnies, au nombre de 100, en 1804, seront portées, en raison de l’extension des frontières maritimes, à 145. Ce service est assuré en outre, par 28 puis par 33 compagnies de canonniers sédentaires dans les îles du littoral. 25 compagnies de canonniers vétérans effectuent celui des places de l’intérieur.

Du succès remporté par les Anglais dans le golfe de Sagone, le 1er mai 1811, ressort notamment l’insuffisance de la protection offerte par la vieille tour génoise du lieu et la batterie établie à ses pieds. Napoléon ordonne en conséquence d’édifier de nouvelles batteries pour rendre plus sûr le mouillage, en tirant, dans un premier temps, le canon nécessaire à leur armement des places de Calvi et d’Ajaccio. Il définit à une organisation de défense précise et efficace, de façon à assurer l’approvisionnement en bois de l’arsenal de Toulon (lettre du 15 juillet 1811[1]).

Exaspéré par la faible riposte opposée par les Français à Sagone, l’Empereur assigne aux 4 compagnies de Corse des responsabilités précises pour assurer une défense solide de ce point sensible par roulement, mais n’augmente pas les effectifs : 100 hommes devront être présents en permanence, pris sur les compagnies existant à Ajaccio, Saint-Florent, Capraïa et au Cap-Corse.

Analyse des images

Défendre l’ensemble des côtes

Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre soumet, en septembre 1811, un rapport d’organisation de l’artillerie de la Grande Armée et du service de l’artillerie des côtes comportant un tableau général des moyens. Ajaccio, Calvi, Saint-Florent figurent au tableau général des bouches à feu en place pour la défense côtière de l’Empire. Il est prévu d’en installer vingt aux batteries de Sagone qui est considérée comme l’un des dix-huit points les plus vulnérables des côtes de l’Empire ; Clarke suggère d’y affecter une compagnie d’artillerie de ligne (CHAN AFIV/1164/p.13. Rapport du 7 septembre 1811). Mais l’Empereur n’est pas favorable à l’augmentation des effectifs et des moyens prévus pour la Corse ; Clarke propose alors, le 28 octobre, de réduire les moyens supplémentaires envisagés pour l’île par le bureau de l’artillerie : 180 bouches à feu au lieu de 218 et 560 canonniers au lieu de 654 (CHAN AFIV/1164/p.76).

La courte missive que l’empereur adresse à Clarke, le 3 novembre 1811, confirme les dispositions de défense de la Corse arrêtées dans le cadre de la réorganisation globale de l’artillerie. Il arrête les points de la côte à défendre particulièrement, montre sa volonté d’équilibrer la répartition mais décide de s’en tenir aux effectifs existants.

La batterie de la Dordona

Des travaux ordonnés par l’Empereur naît au moins la batterie Dordona (ainsi dénommée d’après le lieu-dit où elle est implantée). Mais, dans la hâte mise à exécuter les instructions impériales, on ne respecte guère les formes du droit : on occupe le terrain nécessaire sans se préoccuper de ses éventuels propriétaires. Aussi, sur le plan de 1857, on doit constater que, si l’emplacement de la batterie appartient à l’Etat, ce n’est qu’en application de la prescription trentenaire.

Il ne reste plus trace aujourd’hui de la batterie Dordona. En 1857, désormais sans utilité dans une Méditerranée où la France n’avait alors plus d’adversaires, terrain et bâtiment de la batterie furent remis par l’administration de la Guerre à celle des Domaines, pour être affectés au service des Ponts et Chaussées. Celui-ci les aliéna en 1879. Aujourd’hui, l’ancienne batterie Dordona s’est fondue dans le bâti de la station balnéaire de Sagone.

Interprétation

Equilibrer les moyens

La pression exercée par la marine anglaise a poussé Napoléon à améliorer la défense des golfes de Sagone et Saint-Florent, en 1811, seulement à la suite de graves incursions. L’exemple de Sagone montre qu’il s’attacha même à prendre des dispositions précises de défense son île natale, mais il ne put jamais consacrer à celle-ci plus que le strict nécessaire.

La répartition des moyens de défense des côtes est minutieusement définie par l’Empereur à partir du rapport du bureau de l’artillerie du ministère de la guerre. Du fait de la pression exercée par la marine anglaise, il sera extrêmement difficile de dégarnir partiellement la défense des côtes de l’Empire pour constituer, en 1812, les effectifs nécessaires à la campagne de Russie.

Bibliographie

Nicole GOTTERILa police secrète du Premier Empire.
Bulletins quotidiens adressés par Savary à l’Empereur
Tome 2, de janvier à juin 1811.
Paris, Honoré Champion.
Philippe MASSON. Napoléon et l’Angleterre.
La marine et l’armée anglaise contre Napoléon (1805-1815)
Revue du Souvenir Napoléonien.
N° 401.
mai-juin 1995.
Pages 5-20.
sous la direction de Jean TULARDDictionnaire NapoléonParis.
Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’Empereur Napoléon IIIParis, Imp.
Impériale, 1858-1869.
tome 22

Pour citer cet article
Luce-Marie ALBIGÈS et Alain VENTURINI, « La Corse sous la menace anglaise. Dossier 2 : la défense de Sagone », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/corse-menace-anglaise-dossier-2-defense-sagone?i=544&d=1&e=alain%20venturini&id_sel=927
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