Courbet, peintre réaliste de la société

Date de publication : Novembre 2007

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Contexte historique

« C’est le monde qui vient se faire peindre chez moi »

En 1854 ou 1855, Gustave Courbet peignit un grand tableau de 6 mètres sur 3 mètres, L’Atelier du peintre. Refusé à l’Exposition universelle, l’œuvre est apparue au grand jour dans une exposition personnelle de l’artiste. La majorité du public en fit une lecture relativement simple.

Au milieu de la toile, apparaissant dans une pose orgueilleuse, l’artiste se reculait du chevalet pour juger de son esquisse ; à quelque distance posait un modèle (était-ce une figure destinée à animer le paysage ; à côté de Courbet se tenait un petit paysan, admiratif ; une femme du monde, donnant le bras à son mari, visitait l’atelier ; des poètes, des musiciens, des amoureux devisaient ; à gauche du peintre se coudoyaient, aux yeux toujours d’un public profane mais déjà habitué aux typologies sociales (les Physiologie, Les Français peints par eux-mêmes connaissaient un grand succès), un mendiant, un juif, une femme du peuple, un croque-mort, un Hercule de foire, un braconnier… Tel était cet étonnant tableau, dont Courbet avait dit lui-même dans une lettre adressée à Champfleury : « Vous comprendrez comme vous pourrez. Les gens qui veulent juger auront de l’ouvrage, ils s’en tireront comme ils pourront. Pourquoi cette difficulté ? Elle tient essentiellement à deux choses : d’une part, le tableau prend une tout autre dimension dès lors que l’on y perçoit non point tant des types que des portraits ; d’autre part, L’Atelier a un sous-titre singulier – Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique –, mêlant deux termes en apparence antinomiques : Allégorie / Réalité. »

Qu’est-ce donc que cette « image » ?

Analyse des images

« C’est ma manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions »

Le peintre a rassemblé dans son atelier le monde dans lequel il se meut, non seulement des types sociaux, mais des hommes identifiables derrière un « déguisement politique » rendu nécessaire par l’interdiction de peindre des sujets politiques. Hélène Toussaint a identifié ces personnages, parfois sans certitude.

A gauche de l’artiste, les hommes qui aux yeux de Courbet « vivent de la mort » : exploiteurs et exploités. Parmi eux, un banquier (Achille Fould, ministre des Finances de Napoléon III ?), un curé (Louis Veuillot, journaliste, directeur de L’Univers ?), un républicain de 1793, bien misérable (Lazare Carnot ?), un croque-mort (Emile de Girardin, fondateur de journaux populaires, tenu pour « fossoyeur de la République » pour avoir soutenu Louis Napoléon Bonaparte en 1851 ?), un marchand d’habits (Persigny, ministre de l’Intérieur de Napoléon III, en « commis voyageur » des Idées napoléoniennes publiées par le prince en 1839 ?) et puis un braconnier qui ressemble à Napoléon III, un chasseur, un faucheur symbolisant peut-être des nations en lutte pour leur indépendance (Italie, Hongrie, Pologne), un ouvrier, représentant du monde du travail, un Chinois… Au jeu de l’identification, on peut encore jouer, mais ces figures restent allégoriques.

A droite de l’artiste, ceux qui, toujours selon Courbet, « vivent de la vie » : non plus des allégories, mais des individualités plus aisément repérables. On distingue Baudelaire lisant, Champfleury, le critique d’art qui soutint le réalisme (également assis), le couple Sabatier, collectionneurs montpelliérains et fouriéristes militants, l’écrivain Max Buchon, Proudhon, dont Courbet est le disciple, Bruyas, le mécène de Montpellier, ainsi que des amis, des soutiens de l’artiste, comme sa sœur Juliette.
Au centre, le peintre, son modèle et les souvenirs épars de son passé. Nous avons là une sorte de Jugement dernier : les réprouvés d’un côté, les élus de l’autre, que départagerait une « religion nouvelle », celle de l’artiste ou de l’art, « religion » commune aux socialistes utopiques, aux romantiques, ainsi qu’à Proudhon, ami et confident du peintre. Courbet se définissait lui-même comme un républicain « de naissance », ayant suivi en 1840 « les socialistes de toutes sectes », à condition qu’ils défendissent un « socialisme humanitaire ».

Interprétation

D’abord un manifeste esthétique.

Ce tableau a fait couler beaucoup d’encre. Les implications politiques y sont évidentes puisque figurent sur la toile à la fois Napoléon III et Proudhon. C’est un tableau d’Histoire, en ce sens que, contrairement à la peinture de genre (nature morte, paysage, scène de la vie ordinaire), le sujet, traité dans un format majestueux, imposant, célèbre un événement majeur, ou considéré comme tel par l’artiste : sa peinture de la société, son idée de la place (centrale) de l’artiste dans cette société, son manifeste esthétique. Courbet expose en effet ici le résultat, le bilan de son travail. C’en est fini pour lui de l’académisme comme le suggère le mannequin d’atelier cloué au pilori, de ses travaux de jeunesse dont les morceaux épars gisent aux pieds du braconnier ; restent la Nature (il peint un paysage d’Ornans, reconnaissable à ses falaises, déjà présentes dans L’Enterrement à Ornans), le réel, et la place assignée à l’artiste au cœur de la société. Ce tableau-bilan est un manifeste.

Animations
Courbet, peintre réaliste de la société
Bibliographie

Pierre GEORGEL Gustave Courbet, Le poème de la nature Paris, RMN-Découvertes Gallimard, 1995.
Youssef ISHAGHPOUR « Courbet, le portrait du peintre dans son atelier » 48/14 , n° 4, printemps 1997, p.
55-63.
Hélène TOUSSAINT « Le dossier de "L’Atelier" de Courbet », Exposition Gustave CourbetParis, RMN, 1977, p.
241-277.

Pour citer cet article
Chantal GEORGEL, « Courbet, peintre réaliste de la société », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/courbet-peintre-realiste-societe?c=peintres&d=1&i=294&type_analyse=0&oe_zoom=484&id_sel=484
Commentaires
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sofia87 le 05/10/2014 à 10:10:05
por quoi elle est devenu celèbre ?
Didine le 08/04/2014 à 03:04:01
Bonjour, je dois présenter ce tableau pour le français, je voudrais savoir pour mon analyse, ce que représente le fond de l'atelier (paysage) et pourquoi il est séparé en plusieurs parties.
Merci d'avance.
Safiia le 13/10/2012 à 05:10:14
Vous pouvé me siter des titre d'oeuvre realiste avec leur peintre svp :)
yan30 le 10/06/2012 à 09:06:15
Bonjour, je voudrai savoir quel était la démarche artistique de Gustave Courbet ?
Merci.
coco le 15/04/2012 à 02:04:23
bonjour, pour l'histoire des arts je dois chercher 3 oeuvres dans des domaines différents qui critiquent la société et il m'en manque une!!
quelqu'un peut m'aider??
MERCI D'AVANCE...
Emji le 07/01/2012 à 09:01:21
Bonjour
Comment appelle-t-on en peinture la réapparition de la femme qui apparait au-dessus de Baudelaire et qui avait été effacée?
Merci
Jade le 28/10/2011 à 12:10:26
Je dois faire un dossier sur le réalisme, dans lequel je dois " présenter en 3-4 lignes les tableaux célèbres de Courbet qui firent scandale".
J'ai lu votre article, mais je me demande encore comment le "présenter"...
Pourriez-vous me donner quelques conseils ??
Merci.
cece le 24/10/2011 à 10:10:28
récapituler les grandes caractéristiques du mouvement réaliste en peinture! comment faire ça?? SVP
Bla bla le 29/10/2010 à 04:10:25
Histoire-image le 18/10/2010 à 10:10:13

Quelle est l'intention de cette oeuvre ?


Il est bien difficile de répondre à cette question.

Une galerie de portraits ?
Une critique sociale ?
Un manifeste politique ?
Une proclamation de la vocation du peintre ?
Un bilan de son œuvre de peintre ?

Peut-être un peu de tout cela. L'étude devrait vous fournir quelques clés, sans pour autant vous ouvrir la porte, car le tableau, comme l'a voulu Courbet, garde un caractère volontairement sibyllin.

La citation de Courbet dans la partie Contexte historique exprime bien cette difficulté à saisir pleinement le sens de cette œuvre :
"Les gens qui veulent juger auront de l’ouvrage, ils s’en tireront comme ils pourront." Courbet

Bon courage !
TANO03 le 17/10/2010 à 12:10:53
bonjour , je dois analyser cette oeuvre sous diffèrent aspect pour mon cours de français mais une question me perturbe , quelle est l'intention de cette oeuvre ?
pouvez-vous m'aidez pour cette question ?