Le dôme central à l'exposition universelle de 1889

Date de publication : Septembre 2004

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Contexte historique

L’Exposition universelle internationale de 1889 à Paris

La quatrième Exposition universelle organisée en France célébra le centenaire de la Révolution française. 1889 fut une année décisive, selon l’expression de Maurice Agulhon, pour une France républicaine qui retrouvait sa place parmi les grandes puissances. Cette manifestation peut être considérée comme une campagne massive du gouvernement et de la Ville de Paris pour l’exaltation des valeurs républicaines. Avant de devenir « conservatrice », la nouvelle république montra le résultat de ses années fondatrices : ayant bâti un empire colonial conséquent, elle a fait oublier l’invasion prussienne et la Commune, a surmonté une crise économique profonde et se montre toujours capable d’offrir au monde les fruits de ses multiples talents artistiques.
L’architecture, placée sous la direction technique de Jean-Charles Alphand, fut le moyen d’illustrer ce discours officiel. Le résultat fut – comme à chaque exposition – tout à la fois, féerique, populaire, moderne et controversé.

Analyse des images

Le dôme central

Sur des projets de Joseph Bouvard (architecte de la Ville, collaborateur régulier d’Alphand), le « dôme central » fut édifié sur l’axe majeur du Champ-de-Mars, ponctuant le fond du jardin en vis-à-vis de la tour Eiffel. Il donnait accès aux galeries des « Industries diverses » mais surtout à la « galerie de 30 mètres » qui menait au spectaculaire palais des Machines. Le dôme devint l’articulation principale entre les divers bâtiments de l’Exposition ; ne servant pas à la présentation d’œuvres, il était destiné, selon Alphand, « à frapper l’imagination du visiteur, à servir, en quelque sorte, de frontispice aux splendeurs qui allaient se dérouler sous ses yeux[1] ».

Béroud montre ce vestibule vu depuis la « galerie de 30 mètres ». Le premier plan laisse deviner quelques-unes des pièces présentées dans cette «  grande avenue de l’industrie nationale[2] ». La monumentale arcade qui la sépare du dôme comporte une coursive qui permet aux visiteurs de faire tout le tour du pavillon et forme un balcon d’où ils ont une vue d’ensemble sur la galerie comme, à l’opposé, sur la perspective du Champ-de-Mars visible à travers le mur de verre qui ferme le dôme du côté de la tour Eiffel – que le peintre laisse deviner au fond de sa composition.
Au tambour du dôme, les peintres Lavastre et Carpezat ont représenté le défilé des nations qui ont répondu à l’invitation de la France, conseillée par la Paix, le Progrès, le Travail et la Science.
Les couleurs chaudes du tableau de Béroud évoquent le somptueux décor du dôme, très marqué par l’orientalisme, qui eut abondamment recours à la dorure (verrières de la coupole, fond de la frise du tambour, ornements divers…).

Interprétation

Le rendez-vous avec la modernité ?

L’exposition de 1889 consacra le triomphe de l’architecture métallique, « proclamant la modernité de la France industrielle parvenue au faîte de sa puissance[3] ». Aux côtés de l’exceptionnelle salle des Machines, le dôme central participa à ce succès et connut les faveurs du public par son « luxe lourd et voyant[4] ».
Mais, si la structure relevait d’une maîtrise remarquable de l’art de la charpenterie métallique, le décor appartenait au répertoire conventionnel, généreusement imprégné du style de Charles Garnier. « C’est le triomphe de la mosaïque, de la faïence, de la brique émaillée, du fer peint en chocolat beurré et en bleu ; c’est l’affirmation de la polychromie la plus ardente ; c’est lourd et criard, emphatique et mesquin[5] »
À la différence de Formigé pour les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, Bouvard n’a pas su donner au dôme un décor qui allât avec la modernité de sa structure. En ne considérant pas le métal comme l’élément constitutif et déterminant de son architecture, en le traitant comme la pierre, il ne s’est pas ouvert à la modernité que ses confrères dévoilaient à ses côtés. À l’image d’une IIIe République trop sûre d’elle ?
Cependant, ce carrefour de l’Exposition était devenu l’endroit mondain que Béroud choisit pour montrer, grâce à des figures types – dames, militaires, Français des colonies… – une France élégante et sûre d’elle, internationale et raffinée.

Bibliographie

Jean-Charles Adolphe AlphandExposition universelle de 1889 à Paris. MonographieParis, Mengès-Éditions du Patrimoine, 1892-1895.
Pascal OryL’expo universelleBruxelles, Complexe, 1989.
Catalogue de l’exposition1889. La tour Eiffel et l’exposition universelleParis, musée d’Orsay, 1989

Notes

1. Jean-Charles Adolphe Alphand, Exposition universelle de 1889 à Paris. Monographie, p. 383.

2. Jean-Charles Adolphe Alphand, Exposition universelle de 1889 à Paris. Monographie, p. 383.

3. François Loyer, Histoire de l'architecture française de la Révolution à nos jours, p. 179.

4. Eugène Melchior de Vogüé, Remarques sur l'exposition du centenaire, Paris, 1889.

5. Joris-Karl Huysmans, " Le fer ", in Certains, p. 345.

Pour citer cet article
Nicolas COURTIN, « Le dôme central à l'exposition universelle de 1889 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Octobre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/dome-central-exposition-universelle-1889?i=540&d=1&c=Expositions%20universelles
Commentaires
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Lavam le 07/03/2014 à 11:03:23
Très bon article mais plus axé sur le dôme central que sur la peinture en elle même...
Zeck le 11/10/2013 à 08:10:50
Vous pouvez lire le texte de Huysmans, " Le fer ", où il égratigne le palais de l'Exposition ainsi que la Tour Eiffel, à cette adresse :
http://archive.org/stream/certains00huys#page/168/mode/2up

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