Le don patriotique des femmes sous la Révolution

Date de publication : Février 2005

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Contexte historique

Le 7 septembre 1789, un groupe de onze femmes se présente devant les membres de l’Assemblée nationale pour faire don à la nation d’une cassette contenant leurs bijoux. Elles sont toutes artistes ou parentes d’artistes.

Ce geste spontané entraîna très vite l’ouverture de deux bureaux organisés, dirigés l’un par Mme Pajou (fille et femme de sculpteur), l’autre par Mme Rigal, épouse d’orfèvre. La plupart des donatrices ont un nom célèbre, d’autres sont des artistes reconnues. Toutes ont un train de vie confortable et logent au Louvre ou aux Gobelins. Seuls leurs idéaux artistiques, leur patriotisme et leurs sympathies mutuelles les rassemblent. Leur geste, qu’elles veulent exemplaire, est désintéressé. Symbolique, il montre leur désir de contribuer à la résorption de la dette publique et marque leur soutien à la cause révolutionnaire.

Analyse des images

Les faits représentés par cette image, produite en plein centre de Paris, ne correspondent peut-être pas à ceux relatés dans le commentaire qui l’accompagne. Si tout porte à croire qu’il s’agit bien du don du 7 septembre puisque ce texte reprend un article paru dans Le Point du Jour du lendemain, l’événement y est daté du 21 et les vêtements des femmes sont colorés alors qu’elles étaient en blanc le 7. S’agit-il d’un autre événement ( on sait que Mme Rigal préparait une contribution à cette date[1]) ou bien simplement d’une erreur qui aurait fait confondre ultérieurement la date du fait avec le nombre de femmes[2] ? Ces incertitudes montrent que les actions politiques sous la Révolution se sont déroulées à une fréquence et une rapidité telles que les graveurs et imprimeurs, devant rentabiliser leur production, ont mis à profit des images au détriment d’une véracité toute relative. L’actualité s’enchaîne, se répète parfois, s’oublie ou se perpétue. Il reste cependant un événement important pour ces contemporains car la gravure de Berthault d’après Prieur, sur le même thème, traversa les régimes suivants en France et à l’étranger[3].

Oublié aujourd’hui au profit de faits plus marquants, ce geste fut pour l’époque un exemple de vertu féminine ; la référence à l’antique légitimait une représentation entièrement orchestrée et théâtralisée par des professionnelles de l’art. La mise en scène est semblable à celles qui ont illustré l’histoire révolutionnaire : la solennelle procession à l’antique (référent du sacré, elle marqua fêtes révolutionnaires et monstrations de dépouilles comme celles de Marat, de Le Peletier de Saint-Fargeau) et le blanc des vêtements qui symbolise la pureté et la vertu (le terme reste au centre de tous les discours). En réalité, c’est surtout le geste – le renoncement à la parure, reflet d’un sacrifice héroïque à l’antique – et son impact public qui prévalurent ; l’ensemble des bijoux récoltés n’avait pas une très grande valeur. Mais à ce moment toute parole, tout acte public pouvait prendre une valeur symbolique, et les décisions politiques dépendaient aussi de l’éloquence et de la fougue avec lesquelles elles avaient été énoncées. De cette ferveur commune il nous reste des images et des écrits qu’il faut prendre comme autant de témoignages d’un engouement général sans en attendre une exactitude historique stricte.

Interprétation

La large diffusion que connut ce geste patriotique tant en France qu’à l’étranger par le biais des imagiers et des colporteurs reflète l’ampleur de son succès en son temps et témoigne d’une volonté de prise de conscience nationale de la part de la population, qu’elle soit parisienne ou non. Il représente aussi le premier acte politique, public et symbolique d’un groupe de femmes dont on sait l’investissement durant la Révolution française à l’exemple d’Olympe de Gouges.

De plus, quand, dans le discours qu’elles font lire par le député Bouche, ces femmes proclament : « Notre offrande est de peu de valeur, sans doute mais dans les Arts on cherche plus la gloire que la fortune », elles soulignent leur appartenance au monde artistique et inaugurent le débat qui s’ouvrira par la suite sur la liberté des arts et qui deviendra un véritable combat ayant pour fin la suppression des Académies en 1793.

Bibliographie

Pierre-Louis DUCHARTRE et René SAULNIERL’Imagerie parisienne (L’imagerie de la rue Saint-Jacques)Paris, Gründ, 1944.
Paule-Marie DUHETLes Femmes et la RévolutionParis, Julliard, 1971.
Michel FOUCAULT « Un cours inédit », in Magazine littéraire1984, n° 207.
Régis MICHELDavid. L’Art et le PolitiqueParis, Gallimard, 1988.
Nicole PELLEGRIN, « Les femmes et le don patriotique : les offrandes d’artistes de septembre 1789 », in Les Femmes et la Révolution françaisetome II « L’individuel et le social.
Apparitions et représentations », Actes du colloque international, 12-13-14 avril 1989, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1990.
Catalogue de l’expositionLa Révolution française et l’Empire. Dessins du musée Carnavalet(ouvrage collectif), Paris, Musée Carnavalet, 1982.

Notes

1. " Discours prononcé par Mme Rigal dans une assemblée de femmes artistes […] pour délibérer sur une contribution volontaire ", in N. Pellegrin, Les Femmes et la Révolution française, p. 380.

2. Les donatrices étaient en tout vingt et une, mais dix d'entre elles n'avaient pu se rendre à l'Assemblée.

3. Vingt-sixième des Tableaux de la Révolution française dont les premières versions datent de 1791 (bien ultérieurement à l'événement). Les derniers tirages datent de 1817 et des imitations ont également circulé à l'étranger.

Pour citer cet article
Nathalie JANES, « Le don patriotique des femmes sous la Révolution », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/don-patriotique-femmes-revolution?i=586&d=11
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