Ecole de jeunes filles en Algérie

Date de publication : Février 2009
Auteur : Alban SUMPF

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Contexte historique
Un intérêt croissant pour l'Algérie

Après la prise d’Alger par les Français le 5 juillet 1830, la monarchie de Juillet, un temps hésitante, confie à Bugeaud, nommé gouverneur général en 1840, la véritable conquête militaire du pays. Celle-ci est achevée en décembre 1847 avec la reddition d’Abd el-Kader. Et en 1848, l’Algérie est officiellement déclarée « territoire français ». Cependant, ce n’est qu’avec la IIe République (1848-1852) et surtout avec le second Empire (1852-1870) que l’administration de la nouvelle possession, concernant à la fois les colons et les indigènes, se met réellement en œuvre.
La photographie École de jeunes filles en Algérie prise en 1856-1857 date de cette période pendant laquelle naît une véritable politique concernant l’Algérie : prenant peu à peu conscience du caractère spécifique et essentiel d’une telle entreprise, Napoléon III crée un ministère de l’Algérie et des Colonies en 1858. L’intérêt croissant pour l’Algérie est autant culturel que politique : « l’orientalisme », en peinture (Delacroix et son célèbre Femmes d’Alger dans leur intérieur en 1849) comme en littérature, contribue aussi à faire de cette colonie un lieu de voyages « exotiques », une terre de grand intérêt, un sujet de débats et de passions de plus en plus ancrés dans l’imaginaire des Français de métropole.
Analyse des images
Une scène de classe presque improvisée

La photographie École de jeunes filles en Algérie est l’œuvre de Félix Moulin (1802-1875), photographe spécialisé dans le nu féminin. En 1856, il fait partie d’une mission d’exploration envoyée en Algérie par le gouvernement. Il fait de nombreux clichés, des villes (Alger, Oran et Constantine) et de leurs habitants, qui sont réunies dans l’album Souvenirs d’Alger ou l’Algérie photographiée. Il s’agit donc d’un travail presque documentaire, qui vise à présenter la réalité objective à ceux qui ont commandé cette mission, mais aussi à un public français de plus en plus curieux de l’Algérie.

La photographie montre une salle de classe qui semble presque improvisée, délimitée à gauche et au second plan par un ou deux draps tirés sur des murs de pierre décrépis. Au fond de cette « salle de classe » apparaît une vaste carte, qui semble représenter la côte nord de l’Afrique. Sur les draps sont accrochés deux petits panneaux indéchiffrables (celui de gauche pourrait comporter des inscriptions en arabe). Assises en rond sur des tapis orientaux, des jeunes filles indigènes d’âge varié, vêtues à l’algérienne (certaines portent le foulard), s’exercent apparemment à la lecture et à l’écriture sur de petits cahiers ou des ardoises. Deux d’entre d’elles regardent l’objectif, un instant distraites de la leçon. L’institutrice, debout, les aide et les dirige dans leur travail. Une assistante en costume traditionnel, elle aussi debout, tient un tableau sur lequel figurent un texte en arabe et un texte en français. À l’écart de ce cercle d’étude, adossées au mur, trois jeunes filles font face au photographe. Deux personnages se distinguent à la fois par leur toilette à l’occidentale et par le fait qu’ils occupent des sièges : un homme à l’air sérieux, assis très droit, qui surveille la scène, et une femme à l’expression mécontente qui pointe du doigt le travail de l’une des élèves.
Interprétation
Premiers pas du développement de l'instruction en Algérie ?

La IIe République avait tenté de développer un enseignement primaire en français pour les indigènes. Napoléon III, soucieux de développer l’instruction (en métropole comme en Algérie) promeut les « écoles arabes-françaises » où les cours sont dispensés dans les deux langues. On tente aussi de multiplier, pour les indigènes, des écoles où ils peuvent apprendre l’arabe seul. Elles représentent la majorité des établissements d’enseignement élémentaire en 1856. Le cliché montrerait les premiers résultats d’une telle politique : une nouvelle « école », d’autant plus remarquable qu’elle accueille des jeunes filles, ce qui reste plus rare à l’époque. Le photographe se serait alors déplacé exprès, dans un but documentaire. Mais il révèle aussi ses limites et donc les efforts matériels et humains que ceux-là mêmes qui ont commandé cette mission d’exploration devront consentir pour poursuivre cette politique. Cette « salle de classe » semble en effet avoir été aménagée depuis peu, avec les moyens du bord, de façon peut-être provisoire : le drap accroché de manière incertaine à un piquet pourrait bientôt s’affaisser et emporter avec lui les symboles de l’apprentissage (carte et panneaux). Le tableau tenu à bout de bras, les installations et le matériel rudimentaires confirment cette impression. Les deux personnes assises seraient alors des « notables » chargés de surveiller la mise en place de la nouvelle institution, fiers aussi d’assister aux débuts des progrès de la civilisation. L’enseignement se fait en arabe : le temps de « l’assimilation » n’est pas encore venu, Napoléon III préférant à partir de 1860 la « politique du Royaume arabe » selon laquelle les indigènes peuvent garder, s’ils le souhaitent, leur culture et leur religion.
Bibliographie
Pierre GUILLAUME, Le monde colonial XIXéme-XXéme siècle, 2e édition, Armand Colin, 1994.
Antoine LEON, Colonisation, Enseignement, et Education, étude historique et comparative, éd.
L'Harmattan, Paris, 1991.
Benjamin STORA, Histoire de l'Algérie coloniale 1830-1954, La Découverte, Paris, 1991.
Pour citer cet article
Alban SUMPF, « Ecole de jeunes filles en Algérie », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ecole-jeunes-filles-algerie?i=975&d=1&t=143
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