• Projet d’achèvement de la cathédrale de Moulins (Allier) : élévation de la façade principale.

    Jean-Baptiste LASSUS (1807 - 1857)

  • Projet d’achèvement de la cathédrale de Moulins (Allier) : élévation de la façade latérale.

    Jean-Baptiste LASSUS (1807 - 1857)

  • Projet pour la chapelle Saint-Joseph de la cathédrale de Bordeaux (Gironde) : élévation.

    Jean-Charles DANJOY (1806 - 1862)

  • Plan type d’église : élévation de la façade principale.

    Pierre-François GAUTIEZ

Les édifices de culte sous le régime du Concordat

Date de publication : Novembre 2003

Conservateur au Centre historique des Archives nationales

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Contexte historique

L’administration des Cultes contre le Conseil des bâtiments civils

Le système concordataire reconnaît les cultes catholique, luthérien, réformé et juif, ce qui entraîne leur organisation et leur financement par l’État en tant que services publics. Pour gérer les questions de bâtiments, l’administration des Cultes crée en 1848 les architectes diocésains, fonctionnaires chargés des travaux nécessaires aux cathédrales, évêchés et séminaires, qu’elle finance depuis 1824, et du contrôle des travaux sur les édifices paroissiaux ou consistoriaux (églises, temples, synagogues, presbytères) qu’elle subventionne depuis 1802 et 1808.

En 1848, elle constitue aussi une Commission des arts et édifices religieux pour valider sur les plans technique et esthétique les travaux qu’exigent les édifices cultuels (lui succède, en 1853, le Comité des Inspecteurs généraux des travaux diocésains). Cette organisation administrative affirme l’autorité de l’administration des Cultes sur les acteurs locaux — préfets, évêques, fabriques, consistoires, conseils presbytéraux, communes — qui initient les travaux. Elle consacre aussi sa victoire[1] sur le Conseil des bâtiments civils du ministère de l’Intérieur qui, en raison de ses compétences sur toute la construction publique, approuvait jusqu’alors les travaux aux édifices cultuels.

A partir de 1848, l’administration des Cultes fait aussi triompher ses vues esthétiques. Sous l’influence de Schmit, chef de la division du culte catholique de 1832 à 1840, elle soutient, en effet, les principes d’une architecture archéologique et néomédiévale[2]. Depuis la fin du XVIIIe siècle, en effet, l’amour des ruines s’est étendu des monuments antiques à ceux du Moyen Age. Le gothique est, en outre, perçu en France comme un art « national » ainsi qu’en témoignent Les Antiquités nationales de Millin (1790), le Génie du christianisme de Chateaubriand (1802) ou les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France de Taylord et Nodier (1820).

Analyse des images

Le style néogothique

Jean-Baptiste Lassus (1807-1857) se fait, dès 1836, à la Sainte Chapelle de Paris, le défenseur d’un art gothique dont il cherche à reproduire les qualités formelles et spirituelles. Architecte diocésain en 1848 pour Chartres et Le Mans, il est aussi chargé de la cathédrale de Moulins, assisté de Louis Esmonnot (1807-1886). Leur projet de construction (il s’agit de terminer la nef) rend compte des recherches de Lassus sur le style gothique d’Ile-de-France des années 1150-1250 dont il tend à retrouver le poétique équilibre des volumes. Il montre aussi la cathédrale fièrement isolée de tout autre bâtiment qui viendrait en masquer l’extérieur. La suppression des constructions accolées aux édifices sera une des actions principales des architectes diocésains dans la seconde moitié du siècle. Lassus est le précurseur des archéologues et des architectes néomédiévaux qui investissent les Cultes en 1848 : Abadie, Baudot, Mérimée, Viollet-le-Duc, Ruprich-Robert.

Le projet de Jean-Charles Danjoy (1806-1862) pour Bordeaux montre comment les architectes diocésains opèrent sur la totalité du bâtiment, incluant à leur action le décor — comme ce mur peint de chapelle — et, souvent, le mobilier. Danjoy est l’un des premiers architectes rattachés au service des Monuments historiques, créé en 1837, qui lui confie le château de Falaise en 1840. En 1843, l’administration des Cultes le charge de la restauration de la cathédrale de Meaux puis le nomme architecte diocésain pour Meaux, Bordeaux et Coutances. Il déploie dans ses travaux un sens artistique délicat, basé sur des connaissances archéologiques sérieuses.

Pierre-François Gautiez (1803-1856), architecte diocésain de Metz en 1853, répond à une circulaire de l’administration des Cultes demandant la réalisation de plans types d’églises, de presbytères et d’écoles. Cette circulaire préconise le style gothique pour le nord de la France et le roman pour le Sud. Gautiez est parfaitement en phase avec les désirs de son administration. Son église de campagne est représentative de ce style néomédiéval un peu raide qui gagne au cours du siècle l’ensemble de la France.

Interprétation

Les enjeux politiques et religieux du débat esthétique

Pour les cultes reconnus, le XIXe siècle est un siècle de travaux[3], avec la construction d’un quart des églises de France et de gros remaniements pour un autre quart. Les catholiques réparent d’abord les dégâts de la Révolution, puis ils embellissent leurs églises et, sous la pression démographique, les agrandissent ou reconstruisent. Protestants et juifs se dotent des édifices qui leur manquent, en dehors des régions où ils disposent déjà de lieux de cultes : l’Est pour les protestants, le Comtat, le Sud-Ouest et l’Est pour les juifs.

L’opposition entre néoclassiques et néomédiévaux recoupe en partie des tendances politiques : les tenants de la Révolution et de l’Empire prônant l’Antiquité, ceux de la monarchie rétablie se lancent dans le style « troubadour », mais le goût pour le Moyen Age se trouve aussi chez des hommes « de gauche » (Michelet, Viollet-le-Duc), si bien qu’il s’impose.

Le style exprime aussi une position religieuse : ainsi protestants et israélites restent-ils longtemps adeptes du néoclassicisme, parce que roman et gothique paraissent trop liés au catholicisme. Cependant, sous l’influence des architectes diocésains, ils s’ouvrent peu à peu à des styles nouveaux : néogothique pour les protestants ; néobyzantin et hispano-mauresque pour les juifs, avec apparition de l’orgue et de la chaire à prêcher dans les synagogues. Cette adhésion signe leur intégration à la communauté nationale, tout en provoquant de vives réactions chez les fidèles les plus orthodoxes.

La question des édifices cultuels ne se clôt pas avec la loi de Séparation (9 décembre 1905). Les craintes qui pèsent sur leur avenir, relayées par Barrès à l’Assemblée (Pour nos églises, 1911), entraînent en partie la loi sur les monuments historiques du 31 décembre 1913. On voit aussi la persistance de leur poids symbolique. N’a-t-on pas évoqué dans la victoire de F. Mitterrand aux élections présidentielles de 1981 le rôle de son affiche sur fond d’église de village ? On sait aussi comment, aujourd’hui, le manque de lieux de culte anciens entrave la reconnaissance de l’islam en France.

Animations
Les édifices de culte sous le régime du Concordat
Bibliographie

CHALINE (Nadine-Josette), sous la direction deCes églises du XIXe siècleAmiens, Encrage, 1993.
LENIAUD (Jean-Michel)L’Administration des Cultes pendant la période concordataireParis, Nouvelles Editions latines, 1988.
LENIAUD (Jean-Michel)Les Cathédrales au XIXe siècle : étude du service des édifices diocésainsParis, Economica, 1993.
Catalogue de l’exposition Demeures du sacréParis, Centre historique des Archives nationales-Musée de l’Histoire de France, 1995.
Catalogue de l’exposition De la Concorde à la rupture, un siècle de vie religieuse en France (1801-1905)Paris, Centre historique des Archives nationales-Musée de l’Histoire de France, 2002.

Pour citer cet article
Nadine GASTALDI, « Les édifices de culte sous le régime du Concordat », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/edifices-culte-regime-concordat?i=514&d=1&t=153
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