• Rencontre entre Hitler, von Ribbentrop et Pétain.

    Heinrich HOFFMANN (1885 - 1957)

  • Le Ministre de l'Intérieur von Ribbentrop et le chef de l'OKW Keitel saluent le maréchal Pétain.

L’entrevue de Montoire

Date de publication : Mars 2012

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Contexte historique

La rencontre du 24 octobre 1940

Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain rencontre pour la première fois Hitler et son ministre des Affaires étrangères dans la gare de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher). Après une poignée de main échangée entre les deux hommes sur le quai, la discussion se déroule dans un wagon du train personnel du Führer. Précédée et préparée par la rencontre du 22 octobre entre Pierre Laval (alors ministre des Affaires étrangères), Hitler et von Ribbentrop, cette entrevue visant à préciser les principes de la collaboration du gouvernement français avec l’Allemagne nazie n’a pas de caractère officiel et ne débouche sur aucune mesure précise.

Elle comporte toutefois une forte valeur symbolique, qui lui confère une importance historique et politique. De ce fait, les images de l’événement réalisées par la propagande nazie et largement diffusées jouent, notamment en France, un rôle considérable dans les représentations, la perception et les conceptions associées à la fois au régime de Vichy et au maréchal Pétain. Réalisées par Heinrich Hoffmann le 24 octobre 1940 dans le cadre du tournage d’un film d’actualités consacré à l’événement, les deux photographies étudiées ici, « Rencontre entre Hitler, von Ribbentrop et Pétain » et « Le ministre de l’Intérieur von Ribbentrop et le chef de l’OKW Keitel saluent le maréchal Pétain », sont donc en elles-mêmes très significatives.

Analyse des images

La défaite incarnée

Pris par l’un des photographes « officiels » d’Hitler, Heinrich Hoffmann, le cliché « Rencontre entre Hitler, von Ribbentrop et Pétain » est assez saisissant. Il semble avoir été pris sur le vif, en dehors de toute pose (von Ribbentrop, presque hors champ, a l’air surpris). Les trois hommes ont pris place autour d’une table dans un compartiment aux boiseries très sombres et dont les rideaux ont été tirés. La lumière répandue par le flash dans cet espace exigu frappe jusqu’aux cheveux brillantinés du Führer. L’air perdu, Pétain joint les mains sous le regard en biais presque carnassier d’Hitler.

« Le ministre de l’Intérieur von Ribbentrop et le chef de l’OKW Keitel saluent le maréchal Pétain » immortalise la rencontre entre les deux délégations. Elle est centrée sur la poignée de main qu’échangent le maréchal Pétain et le chef du haut commandement de l’armée de terre allemande Keitel (au premier plan), tous deux en uniforme, puis composée suivant la ligne diagonale formée par la délégation nazie. Au second plan et à droite de Keitel, le ministre de l’Intérieur von Ribbentrop (en uniforme lui aussi) salue un autre membre de la délégation française, qui reste ici invisible. À l’arrière-plan plus à droite, un simple soldat de la Wehrmacht armé de son fusil regarde Pétain, le visage de trois quarts par rapport à l’objectif.

Interprétation

Les vainqueurs et le vaincu

Ces deux photographies montrent tout d’abord que la France vaincue entend collaborer avec la puissance occupante. Accueilli et reçu par les plus hauts responsables nazis, le maréchal est traité et respecté en homme d’État (et en militaire), salué et placé à la même table qu’Hitler. Partenaire à part entière, la France conserverait ainsi sa souveraineté, sa dignité et son honneur. Pour le régime de Vichy, il s’agit de signifier que la défaite peut être transformée en participation d’égal à égal à l’ordre nouveau. Pour les nazis, cette mise en scène pourrait servir à s’assurer de la collaboration du peuple français qui, si elle n’est pas essentielle, constitue tout de même un atout stratégique et tactique.

Cependant, de nombreux éléments distinguent assez nettement et assez durement les vainqueurs et le vaincu et suggèrent l’humiliation française. Ainsi, on peut opposer le pluriel des vainqueurs au singulier du vaincu, puisque Pétain apparaît seul face aux Allemands dans les deux images. D’autre part, et alors que la rencontre a lieu en France, ce sont bien les nazis qui accueillent Pétain : le soldat armé de la seconde image rappelle que l’ordre est assuré par les occupants, tandis que le wagon de « Rencontre entre Hitler, von Ribbentrop et Pétain » est bien celui d’Hitler, qui préside la séance (en bout de table). Enfin, cette dernière image propose le saisissant contraste entre un vieil homme fatigué, à l’air hagard, et un chef dont le regard noir, cruel et déterminé a tout de celui, humiliant, du rapace sur sa proie.

L’ambiguïté d’une telle image incarne en fait celle du régime de Vichy, qui tente de concilier défaite et honneur.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Éditions du Seuil, 1979.
AZEMA, Jean-Pierre et WIEVIORKA, Olivier, Vichy, 1940-1944, Paris, Perrin, 1997.
DELPLA, François, Montoire, Les premiers jours de la collaboration, Paris, Albin Michel, 1996.
FERRO, Marc, Questions sur la Deuxième Guerre mondiale, Firenze : Casterman, 1993.
PAXTON, Robert, La France de Vichy, 1940-44, Paris, Éditions du Seuil, 1973.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « L’entrevue de Montoire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Octobre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/entrevue-montoire?i=1225&li=1
Commentaires
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huntziger le 05/11/2012 à 03:11:52
des vainqueurs new wave même
huntziger le 05/11/2012 à 03:11:19
mais Guderian, ne prenait pas les décision politiques. Et Pomaret, dans propres mémoires, a publié une proclamation de Hitler à son arrivée à Paris, demandant à ses troupes d'être vainqueurs de nouvelle génération, ce qui est resté vrai jusqu'aux premiers attentats communistes contre les officiers de la Wehrmacht
Drix le 05/11/2012 à 02:11:29
@ Huntziger,
je ne vous répondais pas, je commentais les images.

Mais, puisque en vous venez sur ce terrain, je vous conseille de relire les "mémoires d'un soldat", du Général Guderian, de loin le meilleur stratège de Hitler.
Il n'avait pas du tout la même vision que vous.
huntziger le 05/11/2012 à 02:11:40
Laval avait tout à fait raison d'entrer en discussion avec Otto Abetz pour tenter d'adoucir les conditions de l'armistice. Il était sur le point d'obtenir d'énormes concessions, lorsque Vichy l'a destitué le 13 décembre 1940.
huntziger le 05/11/2012 à 02:11:36
Le IIIe Reich n'a pas humilié la France pour l'humilier. Par l'armistice, il lui a laissé une zone non occupée avec un gouvernement, qui a gardé ses préfets y compris en zone non occupée, sauf en Elsass-Lothringen. Le IIIe Reich a également relâché des centaines de milliers de prisonniers, dont le général Juin, réclamé par Weygand. Le IIIe Reich n'est devenu impitoyable qu'après ses premiers revers en Russie, quand il dut généraliser la guerre totale (voir les exigences du Gauleiter Sauckel, que Laval a réussi à atténuer considérablement)
Drix le 05/11/2012 à 10:11:13
Ces photos sont effectivement d'un symbolisme bouleversant. Oui, la France touche du doigt son humiliation.
D'un autre côté, la publication de tels clichés a permis à nombre de Français de comprendre où ils en étaient arrivés.
A vouloir trop en faire, les nazis ont mis en place, eux-mêmes, de quoi redonner à la France vaincue l'envie de redevenir elle-même.

Humilier pour humilier me paraîtra toujours une politique à très courte vue et, ceci, où que ce soit.
huntziger le 08/03/2012 à 12:03:05
Que se sont-ils alors promis ? rien. Hitler n'avait pas besoin d'améliorer le sort de la France contre sa prétendue envie de collaboration.
Hitler aura davantage besoin de racketer la France après l'échec de son attaque contre la Russie.