L'essor de la lutte française

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Contexte historique
Après la déroute de 1870, la lutte française, que l’on dit aussi gréco-romaine, se trouve exaltée : son origine antique et son rôle dans l’éveil de l’ardeur belliqueuse chez les jeunes citoyens sont mis en avant dans plusieurs publications. L’expression la plus sensible de la nouvelle affectation dévolue à ce sport apparaît clairement dans l’ouvrage de Léon Ville, Lutteurs et gladiateurs où il écrit : « Après le terrible avertissement de la campagne de 1870, le seul espoir qui nous restât, le seul élément de victoire que nous puissions invoquer encore : la propension du Français aux exercices du corps ; sa résistance aux fatigues et, pris dans son véritable sens philosophique, son amour du duel, de la bataille en champ clos, du tête-à-tête armé, et, par-dessus tout, son amour de la lutte. » (Paris, Tolra, 1895, p. 7).
Analyse des images
Présent au Salon à partir de 1857 avec des sculptures, Alexandre Falguière ne commence à y exposer des peintures qu’en 1873. Dès lors, ses créations seront visibles concurremment dans les deux sections artistiques. Pour réaliser ce tableau exposé en 1875, l’artiste est parti d’une photographie anonyme représentant la prise intitulée « assaut du tour de hanche en ceinture » (musée Rodin), qu’il a mise au carreau avant de la reporter sur sa toile. Il a ensuite fait poser plusieurs amis artistes – Jules Isidore Lafrance à gauche, Jean-Paul Aubé au centre et Eugène Delaplanche à droite, et certainement Marcelin Desboutin, l’homme à la pipe, à droite –, dont il a installé les silhouettes et les portraits sur les gradins de l’arène de la rue Le Peletier à Paris. Nettement réaliste, inspirée de la composition et de la dense matière picturale des Lutteurs de Courbet (1853, Budapest, Szépmüveészeti Muzeum), cette peinture, si différente de sa sculpture « idéale, ascétique et grêle de forme » (Th. Véron, De l’art et des artistes de mon temps, Paris, 1875, p. 71) créa un effet de surprise dans les rangs de la critique contemporaine et souleva l’enthousiasme des défenseurs du réalisme tels que Castagnary.
Interprétation
Tandis qu’apparaissaient et se développaient certaines activités sportives copiées de modèles anglais (équitation, escrime, polo, lawn-tennis ou yachting) et pratiquées par la noblesse et la grande bourgeoisie de l’industrie et des affaires, perduraient des traditions gymniques populaires, telles que la lutte, à mi-chemin entre le sport et le divertissement. Toutes ces activités physiques bénéficièrent, à la fin du siècle, d’une conjonction d’événements qui en accrurent la renommée. Le mouvement hygiéniste mettait en cause l’organisation pédagogique des établissements scolaires et prônait des activités sportives, des jeux et récréations destinés à lutter contre les excès de travail intellectuel et la sédentarité des écoliers. Une littérature spécifique assura le relais de cette volonté, où l’on trouve les noms de Georges de Saint-Clair, auteur en 1887 d’un Sports athlétiques et exercices de plein air, et surtout de Pierre de Coubertin qui, la même année, vanta les mérites de l’éducation sportive anglaise à l’école dans L’Education en Angleterre. Son action aboutit à la création en 1888, sous l’égide du ministère de l’Instruction publique, d’un Comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation.
Bibliographie
Pierre ARNAUD « Le sport et les Français, enjeu de société (1850-1914) »in 48/14.
La Revue du musée d’Orsay
, n° 6, printemps 1998, p.
70-83.
Collectif L’Art du nu au XIXe siècle.
Le Photographe et son modèle
Paris, Bibliothèque nationale de France François-Mitterrand, 14 octobre 1997-18 janvier 1998, p.
72-75.
CollectifDe l’impressionnisme à l’Art nouveau.
Acquisitions du musée d’Orsay 1990-1996Paris, Musée d’Orsay, 16 octobre 1996-5 janvier 1997, p.
129.
Marie-Pierre SALÉ « Nouvelles acquisitions.
Alexandre Falguière, Lutteurs »in 48/14.
La Revue du musée d’Orsay
, n° 3, septembre 1996, p.
28-29.
Bernard JEU et Ronald HUBSCHER L’Histoire en mouvements : le sport dans la société française XIXe-XXe siècle Paris, Armand Colin, 1992.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « L'essor de la lutte française », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/essor-lutte-francaise?i=319&d=1&t=341
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