• Draisienne ou Célérifère.

    Maurice Louis Henri NEUMONT (1868 - 1930)

  • Draisienne ou Célérifère à trois roues et siège.

    Maurice Louis Henri NEUMONT (1868 - 1930)

  • Tricycle à leviers manuels.

    Maurice Louis Henri NEUMONT (1868 - 1930)

  • Couple à bicyclette.

    Maurice Louis Henri NEUMONT (1868 - 1930)

L’évolution de la bicyclette

Date de publication : Août 2011

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Contexte historique
Un premier regard rétrospectif 

La série d’estampes L’évolution de la bicyclette a été exécutée par Maurice Neumont (1868-1930) en 1896. À cette date, la bicyclette « moderne » à deux roues et pédales s’est imposée comme le modèle dominant, et presque unique, de « vélocipédie ». Mais l’histoire du vélo est alors déjà riche d’une évolution à la fois technique, sociale et culturelle, que chacune des images étudiées ici suggère à sa manière. 

Les quatre eaux-fortes représentent des scènes de promenades vélocipédiques à des époques différentes. Les costumes, les bâtiments et surtout les engins de Draisienne ou Célérifère et de Draisienne ou Célérifère à trois roues et siège renvoient à la fin du XVIIIe siècle ou au début du XIXe, Tricycle à leviers manuels aux années 1870-1880 pour l’engin mais à la première moitié du XIXe siècle pour les costumes, et Couple à bicyclette à la fin du XIXe siècle.
Analyse des images
Un parcours au fil du XIXe siècle 

Toutes composées selon le même modèle, ces images montrent chacune une scène de promenade « vélocipédique ». Elles figurent des personnes issues des catégories les plus aisées de la population (les costumes sont très élégants), et l’action se déroule dans des cadres qui correspondent à leur ancrage social et géographique (château, Tuileries et Champs-Élysées à l’arrière-plan). Le « vélocipède » figuré dans chaque image est représenté assez fidèlement, dans ses détails. 

Les deux premières images, Draisienne ou Célérifère et Draisienne ou Célérifère à trois roues et siège, représentent des ancêtres de la bicyclette. Inventée en 1817 par le baron allemand Karl Drais von Sauerbronn, cette « machine à courir » propulsée par un appui des pieds au sol possède deux (ou trois, dans des cas beaucoup plus rares) roues en bois ou en fer que des fourches relient à un cadre en bois. 

Il est à noter que deux des titres d’œuvres mentionnent le terme de « célérifère », qui désigne plutôt un type de draisienne plus ancien. Or il s’agit d’une invention imaginaire créée pour des raisons nationalistes par le journaliste Louis Baudry de Saunier dans son ouvrage Histoire générale de la vélocipédie publié en 1891. Il voulait ainsi attribuer une paternité française à l’ancêtre du vélocipède. On peut remarquer que les costumes sont typiques de la mode du Directoire et que ces documents iconographiques semblent ainsi apporter du crédit à cette fable du célérifère. 

Plus élaboré techniquement, le tricycle visible sur Tricycle à leviers manuels date quant à lui des années 1870-1880. Enfin, ce n’est qu’en 1861 qu’apparaît la bicyclette à pédales, inventée par Pierre Michaux. Le modèle « de type Michaux » que montre Couple à bicyclette est encore postérieur (années 1890), puisque la diminution de taille de la roue avant (début des années 1880) et surtout la présence de pneus en caoutchouc de type Dunlop (inventés en 1888) sont encore récentes à l’époque de la composition.
Interprétation
Évolutions de la bicyclette 

Les estampes révèlent d’abord une évolution technique des différentes machines. Mais au-delà des améliorations, les images suggèrent une assez grande variété de « vélocipèdes » (dont certains comme le tricycle à leviers manuels ne furent que peu et brièvement utilisés) représentatifs des essais qui ont conduit à la bicyclette « classique ». 

Soucieux de représenter les vélocipèdes dans des scènes de promenade, Neumont suggère indirectement, et au-delà de la simple évolution des modes (voir les différences de costumes) et des décors (les Champs-Élysées modernes sur la dernière image), un changement des usages et des représentations liés au vélo. À cet égard, l’image Couple à bicyclette est à distinguer assez nettement des autres. Alors que la promenade à draisienne suscite la curiosité et semble excentrique, la pratique de la bicyclette est normalisée (personne ne regarde plus les deux cyclistes) et donne même lieu au port de costumes adaptés (pour l’homme du moins). 

Notons également que cette approche un peu « nostalgique » de l’histoire de la bicyclette se concentre exclusivement sur une population et un contexte aristocratique ou bourgeois, et qu’elle ignore volontairement l’essor d’un vélo plus démocratique à la fin du XIXe siècle.
Bibliographie
Alain CORBIN (dir.), L’Avènement des loisirs (1850-1960), Paris, Aubier, 1995.
Pryor DODGE, La Grande Histoire du vélo, Paris, Flammarion, 1996.
Keizo KOBAYASHI, Histoire du vélocipède de Drais à Michaux 1817-1870.
Mythes et réalités
, Tokyo, Bicycle Culture Center, 1993.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « L’évolution de la bicyclette », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/evolution-bicyclette?i=1173&d=1201&id_sel=2212
Commentaires
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Ludger le 02/02/2013 à 12:02:23
La "célérifère" est une voiture hippomobile lancée en 1817 et en aucun cas une draisienne. (cf. Kobayashi p.238), Jacques Seray, Richard Jeanes, etc.
Le nom "célérifère" a probablement été calqué sur "vélocifère" (1803), tout comme "vélocipède" (1818) : ce dernier est mal choisi, selon les linguistes : il devrait désigner le cavalier et non le véhicule !
cf. "le Traité de Cyclonymie" par Francis ROBIN,La Vélocithèque, Pomey, 2011.
eliane le 26/08/2011 à 03:08:00
Je ne connaissais pas ce site!!!!Je le trouve très intéressant! Bravo!