Un ex-voto pacifiste

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Contexte historique

Rappelant par sa composition les représentations d’apparitions miraculeuses de la Vierge, le tableau de Jules Roméo est en fait un ex-voto tout à fait classique tel qu’on en trouve dans de nombreuses églises de France dans la seconde moitié du XIXe siècle. Parfois support d’une demande auprès d’un saint intercesseur ou de la Vierge, le plus souvent marque de remerciement pour un vœu exaucé, les ex-voto sont soit des objets (béquilles, modèles en bois ou en cire représentant des parties du corps humain), soit des tableaux peints, soit de simples plaques de marbre.

Analyse des images

La composition comprend trois registres. Au premier plan, un sergent de l’armée française est en prière. Il s’agit de l’orant, l’auteur du vœu. Derrière lui, un champ de bataille non identifié est posé comme un décor ; ce n’est pas à proprement parler une scène de bataille, mais la simple évocation de l’objet du vœu. Séparée des deux scènes humaines par un halo entouré d’une nuée, la Vierge à l’Enfant représente l’objet du culte, la sphère du miraculeux. Ce témoignage de reconnaissance d’un homme qui a survécu à une guerre est renforcé par la représentation de ce même homme en situation de supplication. La distinction formelle des trois registres est assez rare dans les ex-voto populaires, la plupart d’entre eux ne figurant que l’événement ayant donné lieu au vœu et la représentation du saint intercesseur ou de la Vierge. Illustré dans la peinture classique par de grands maîtres tels Titien, Philippe de Champaigne ou Raphaël, l’ex-voto peut également être l’œuvre de l’orant lui-même, mais il est plus fréquent d’en voir la réalisation confiée à un spécialiste local. Né en 1832, Jules Roméo est un peintre décorateur actif à Marseille de 1852 à l’extrême fin du XIXe siècle. Issu d’un milieu d’artisans, habitant une rue très active sur le plan commercial, il se fait une spécialité des décors en faux bois, du travail du marbre, des vitreries, des dorures… et de la peinture d’ex-voto. A la fin de sa vie il fréquentera un milieu plus artiste de peintres et de photographes.

Interprétation

Les occasions qui donnent lieu à la réalisation d’ex-voto sont nombreuses puisqu’il s’agit de rendre public un vœu réalisé lors d’une catastrophe. Trois catégories sont clairement identifiables : l’accident, la maladie et le cataclysme. Ce dernier, collectif ou individuel, peut mettre en œuvre des forces naturelles (incendie, tempête, foudre) ou humaines (tentative d’homicide ou, comme ici, guerre). Les ex-voto populaires ayant trait à des cataclysmes sont beaucoup plus rares que ceux, très stéréotypés, qui représentent un malade alité ou un accident de charrette. Considérer la guerre comme un cataclysme semble ici renvoyer à un pacifisme spontané qui tranche sur le patriotisme officiel.

Bibliographie

Bernard COUSIN Le Miracle et le quotidien.
Les ex-voto provençaux, images d’une société
Aix-en-Provence, 1983.
René CREUX Les ex-voto racontent Paris, Fontainemore-Flammarion, 1979.
Jean CUISENIER L’Art populaire en France Fribourg, Office du Livre, 1976.
Françoise LOUX « Ex-voto et vie religieuse populaire »in Ex-voto , catalogue d’exposition du musée de Pontoise, 1976.
Arnaud RAMIÈRE DE FORTANIER (dir.) « Les Roméo », catalogue d’exposition des archives communalesin Ex-voto du terroir marseillais , Marseille, 1978 Michel VOVELLE et Didier LANCIEN (dir.) Iconographie et histoire des mentalités , Actes du colloque d’Aix-en-Provence (juin 1976), Centre méridional d’histoire sociale, des mentalités et des culturesEditions du CNRS, 1979.

Pour citer cet article
Frédéric MAGUET, « Un ex-voto pacifiste », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/ex-voto-pacifiste?i=326
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