Exécution de l'empereur Maximilien. Queretaro, 19 juin 1867

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Contexte historique

L'exécution de l'empereur Maximilien constitue le dernier épisode de la guerre du Mexique. Archiduc d'Autriche et frère de François-Joseph, il avait été placé sur le trône par Napoléon III qui voulait conserver une mainmise économique et politique sur le pays pour rivaliser de puissance avec les Etats-Unis sur le continent américain. Mais Maximilien n'était pas de taille à maîtriser les événements. Il est arrêté et exécuté par Juarez le 19 juin 1867 après avoir été abandonné par la France qui avait retiré ses troupes quelques mois auparavant. La nouvelle de sa mort arrive à Paris le 1er juillet. La presse s'empare alors de l'événement et fait de Maximilien une victime. Très vite, il sera l'une des figures emblématiques du despotisme du Second Empire, au double titre de héros et de martyr.

Analyse des images

D'essence événementielle, cette estampe marque une volonté d'évacuer tout pathos pour laisser place aux faits relatés. Dans un cadre descriptif qui illustre l'événement dans son contexte d'origine, la ville de Queretaro, l'empereur est représenté devant une assemblée qui attend le coup de grâce en silence. Le sabre suspendu au moment de la mise en joue, le vide laissé entre les soldats et l'empereur, la posture calme et déterminée de Maximilien, sont autant d'éléments qui font mesurer le temps et l'espace d'avant la mort. Evacuée de l'image, l'émotion s'exprime dans le texte où l'événement trouve sa vraie dimension dramatique.

Parallèlement et sans doute influencé par cette diffusion de l'actualité par l'image, Edouard Manet, peintre alors en rupture avec les autorités artistiques, s'intéresse lui aussi à cet événement qui le fait s'insurger, comme une grande partie des esprits éclairés de l'époque, contre la politique de Napoléon III. Il peint alors trois tableaux sur ce thème ainsi qu'une lithographie où il représente l'exécution de Maximilien sur un mode proche de l'imagerie populaire, menant une véritable enquête sur le déroulement exact des faits. Il confère à Maximilien et aux deux autres victimes une dignité face à la mort qui relève du patriotisme représentatif de ses engagements. Les œuvres produites par Manet et cette gravure ne sont pas sans rappeler, de par la position des soldats représentés en rangs serrés, une autre image d'exécution, plus ancienne et connue des artistes de l'époque, Tres de Mayo, de Francisco Goya, toile peinte en 1815.

Texte inscrit[1]

Interprétation

Cette estampe, sans doute contemporaine de l'événement, diffuse une image stéréotypée de l'empereur, digne devant la mort. Elle est doublée d'un texte édifiant, qui met en valeur les vertus morales de la victime et rejette les insurgés au rang de bourreaux. Cette idéalisation de la figure politique traitée en héros “ national ” perpétue une tradition iconographique que la légende napoléonienne n'avait fait qu'amplifier à travers la peinture propagandiste de David et les gravures produites à Epinal. En 1867, Metz est un centre de production qui rivalise avec la fabrique de Pellerin depuis cinquante ans, notamment en matière d'histoire. Les gravures d'alors véhiculent une idéologie nationaliste que les textes illustrent et renforcent.
D'inspiration panthéiste, ce type d'estampe était produit non pas pour relater avec exactitude une réalité historique, mais pour inculquer à la population des valeurs morales à travers une interprétation codifiée qui perdura durant tout le XIXe siècle.

Bibliographie

Jean AVENEL La Campagne du Mexique, 1862-1867.
La fin de l'hégémonie européenne en Amérique du Nord
Paris, Economica, 1996.
Françoise CACHIN Manet Paris, Chêne, 1990.
Manet. 1832-1883 Catalogue d'exposition, galeries nationales du Grand Palais, Paris, 22 avril-1er août 1983, Paris, RMN, 1983.
Triomphe et mort du héros. La peinture d'histoire en Europe de Rubens à Manet Catalogue d'exposition, Wallraf-Richartz Museum, Musée des Beaux-Arts, Lyon, 19 mai-17 juillet 1988, Electa / Musée des Beaux-Arts, Lyon, 1988.
Eric DARRAGON Manet Paris, Citadelles, 1991.
Pierre Louis DUCHARTRE et René SAULNIER L'Imagerie populaire Paris, Librairie de France, 1925.
Jean-François LECAILLON Napoléon III et le Mexique. Les illusions d'un grand dessein Paris, L'Harmattan, 1994.

Notes

1. " Le 19 juin 1867, à sept heures du matin, l'empereur Maximilien, dont la conduite n'avait / cessé d'être un exemple de courage chevaleresque pendant le siège de Queretaro, sortit du / couvent dans lequel il était prisonnier pour se rendre au lieu de son exécution où, après / avoir adressé quelques paroles aux assistants, il tomba percé de balles ; peu de temps avant / il avait été lâchement trahi par Lopez, un de ses Lieutenants qui, pour une somme d'argent, / l'avait odieusement livré à Juarez pendant son sommeil. Ce malheureux Prince, qui avait été / reconnu il y a quatre ans Souverain légitime du Mexique par toutes les puissances de / l'Europe, avait tenu à honneur de tenter un suprême effort pour sauver ceux qui s'étaient / attachés à sa personne et dévoués à sa cause. Sa mort, ordonnée par Juarez, imprime à ses / bourreaux une flétrissure qui ne s'effacera pas, et la réprobation de toutes les nations civilisées / sera le premier châtiment d'un gouvernement qui a à sa tête un pareil chef. " 

Pour citer cet article
Nathalie JANES, « Exécution de l'empereur Maximilien. Queretaro, 19 juin 1867 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/execution-empereur-maximilien-queretaro-19-juin-1867?i=390
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