• Intérieur de cuisine.

    Maurice VLAMINCK (1876 - 1958)

  • Le vieil arbre.

    André DERAIN (1880 - 1954)

Fauvisme : la haine du conformisme

Date de publication : Décembre 2007

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Contexte historique
L’esprit de révolte du tandem Derain-Vlaminck

Le terme de « fauvisme » apparaît en 1905, dans le cadre du Salon d’automne. Le critique d’art Louis Vauxcelles, qui baptisera plus tard les « cubistes », est le premier à employer le mot « fauve » pour désigner la salle dans laquelle exposent Derain, Vlaminck ou Matisse. Le titre du premier chapitre de l’ouvrage de Louis Vauxcelles, consacré au fauvisme, évoque l’esprit de révolte dans lequel s’enracine le mouvement : « Le Fauvisme : une école ? Non, une troupe d’émeutiers recrutée par deux anarchistes de vingt ans à Chatou ». Les deux anarchistes en question sont Derain et surtout Vlaminck. Suite à leur rencontre dans un train pour Chatou, leur ville de résidence, ils commencent à peindre côte à côte. L’événement se produit lors d’une permission de Vlaminck, qui effectue alors son service militaire. Durant ses loisirs, Vlaminck fréquente les cercles anarchistes, débat activement de la destruction du clergé et de l’armée, et rédige même quelques écrits philosophiques, s’insurgeant contre l’ordre établi. Si Vlaminck entre en guerre contre la société, Derain se rebelle contre une famille bourgeoise qui désapprouve ses ambitions artistiques, et finit par lui couper les vivres. Ensemble, les deux artistes n’auront de cesse d’exprimer, à travers leur peinture, « leur mépris pour les conceptions étriquées de la morale bourgeoise » qui les exaspère tant. A l’idée d’ordre, ils opposent l’instinct et l’énergie, des notions qui constituent les principes de base de leur création.
Analyse des images
Refaire le monde

Intérieur de cuisine et Le vieil arbre sont deux œuvres peintes au cours de l’année 1904-1905. Elles donnent une idée de la pratique du tandem Vlaminck-Derain à Chatou, dans cette phase qualifiée par Vauxcelles de pré-fauvisme. L’arbre au tronc rouge, vert et gris, couleurs peu habituelles pour un paysage, le caractère simplifié de l’expression, la touche visible, épaisse, courte, rapide et nerveuse, l’intérêt porté aux formes sinueuses, témoignent de la démarche de Derain. L’artiste se laisse guider par son instinct et soumet le paysage à son état intérieur, à sa perception émotionnelle. L’espace de l’Intérieur est déformé, l’absence de contours induit une rencontre brutale de couleurs chaudes (rouge) et froides (bleu). Vlaminck joue ici sur de forts contrastes qui opposent les formes sombres se détachant sur des fonds clairs et colorés. La touche agitée, le caractère strident des couleurs et l’intensité des contrastes, confèrent une vie intense à un sujet qui se veut habituellement calme, serein et intime. La table guide le regard du spectateur vers une fenêtre aveugle, de laquelle irradie un rouge délavé. Verticales onduleuses et obliques rendent la composition instable et mouvante. Dans les deux tableaux, la couleur s’affranchit du dessin et est utilisée de manière semble-t-il arbitraire. Vlaminck et Derain défient le réel et propose leur vision, leur expression personnelle et instinctuelle du monde. Ils se libèrent des formules académiques de la représentation.
Interprétation
« Donatello chez les fauves »

Au salon d’automne, les tableaux de ces artistes, par leurs couleurs vives et leur technique semblent agresser une petite sculpture classique. Vauxcelles parle ainsi de « Donatello chez les fauves ». Comme l’explique Christian Lassalle (in L.Vauxcelles, Le fauvisme, Paris, Olbia, 1999), la référence à Donatello est alors courante pour évoquer une sculpture classique. Il s’agit dans ce cas d’une statue de Marque. Depuis le début du XIXe, l’image du fauve constitue une métaphore banale pour évoquer une force humaine nouvelle, violente, individuelle, face à une majorité urbaine, conservatrice voire passéiste, à une société qui tente de la réprimer. En 1905, le public se sent globalement agressé par cette peinture. Il la dénigre et tente de dompter et de faire disparaître cette force brute, animale. Le président Loubet refusera d’ailleurs d’inaugurer le Salon. Si le terme renvoie bien à l’esprit de révolte qui anime certains artistes, et en premier lieu Vlaminck et Derain, il n’en demeure pas moins que les peintres ne produiront aucune théorie de groupe. Le mouvement, en tant que tel, reste difficile à saisir dans ses contours. Il ne désigne ni style à proprement parler, ni un programme esthétique. Matisse a ainsi toujours nié toute valeur conceptuelle ou théorique du mot. Le « fauvisme » désigne donc avant tout une énergie, une attitude insurrectionnelle qui s’exprime notamment par la libération de la couleur.
Bibliographie
Renata NEGRI, S.
VENTURIVan Dongen et les FauvesParis, CELI, 1990.
Louis VAUXCELLESLe fauvismeParis, éditions Olbia, 1999 Catalogue de l’exposition Le Fauvisme ou l’épreuve du feuParis, Musée d’art moderne de la ville de Paris, du 29 octobre 1999 au 27 février 2000.
Pour citer cet article
Cécile PICHON-BONIN, « Fauvisme : la haine du conformisme », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/fauvisme-haine-conformisme?i=834
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