• La cigarette.

    Henri LEBASQUE (1865 - 1937)

  • Marie de Rohan-Chabot, dite princesse Murat.

    ANONYME

Femmes à la cigarette dans les années 1920

Date de publication : Septembre 2011

Professeur d'histoire contemporaine IUFM et Université Claude Bernard Lyon 1. Responsable Université pour tous, Université Jean Monnet, Saint-Etienne.

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Contexte historique
Les années 1920 

L’image d’une femme coiffée à la garçonne faisant tressauter son long collier de perles sur une piste de danse et une musique de charleston caractérise le stéréotype de l’émancipation féminine des Années folles. Après la Grande Guerre, certaines bourgeoises semblent vouloir s’affranchir et s’amuser. Les livres (La Garçonne de Victor Margueritte, 1922 ; Le Blé en herbe de Colette, 1923), les magazines de mode (Femmes d’aujourd’hui, Vogue, Votre beauté), le cinéma (Greta Garbo), la place qu’occupent les femmes dans les progrès de l’aviation ou le sport (le tennis avec Suzanne Lenglen), traduiraient cette émancipation. Cette « nouvelle femme » ne concerne évidemment qu’une mince frange de l’élite de la fortune, du monde de la nuit ou de l’art, qui éprouve une soif de jouissance après les difficultés de la guerre. Dans leur ensemble, les femmes sont plutôt victimes d’un retour forcé au foyer et d’une brutale reprise en main masculine (lois anticontraception, interdiction du droit de vote…).
Analyse des images
La fume pour paraître femme 

La cigarette accompagne, comme jamais, le corps de la femme dans l’imagerie publicitaire. La marque Gitanes, créée en 1910, prend forme féminine. Surtout les cigarettes américaines arrivent en Europe, et « [leur] parfum délicat et sans fadeur évoquera nos contemporaines, qui sont sportives, résolues et entreprenantes, et qui admettent un briquet et un carnet de chèques dans leur petit sac, près des accessoires de beauté » (publicité Lucky Strike, 1927). 

Sans message publicitaire, le peintre postimpressioniste Joseph Henri Lebasque fait fumer sa fille dans une ambiance méridionale, volets clos, lumière tamisée, couleurs bariolées, rocking-chair. Alors âgée de vingt ans, Hélène, dite « Nono », porte une robe légère qui laisse voir ses bras et ses mollets, un long collier, un bracelet, des boucles d’oreilles assorties, une élégante montre de poignet, un chapeau cloche sur des cheveux coupés court. Elle tient, dans une posture très naturelle qui dénote sans doute une habitude, une cigarette de la main gauche. Sage et moderne, voilà l’idée, en somme. 

Vizzavona, spécialiste de la photographie d’œuvre d’art, tire le portrait de Marie Rohan-Chabot (1876-1951). L’épouse du prince Lucien Murat, descendante d’une illustre famille, se veut « une femme éperdue de liberté ». Écrivain, elle dirige aussi une galerie de peinture et réalise elle-même des portraits et des paysages. Là encore, nul signe de « folie » : la femme peintre est sagement assise dans un fauteuil. Mais son regard, sa coupe de cheveux « à la garçonne » et sa cigarette manifestent un certain affranchissement des conventions sociales antérieures.
Interprétation
Les « années folles » de certains historiens sont plutôt sages. Le recours à la cigarette pour traduire l’émancipation féminine paraît mince. Dans les années 1920, l’image de la femme qui fume tend simplement à se banaliser. Les « bonnes manières » changent, mais lentement..
Bibliographie
Christine BARD, Les Garçonnes.
Modes et fantasmes des Années folles
, Paris, Flammarion, 1998.
Marylène DELBOURG-DELPHYS, Le Chic et le look.
Histoire de la mode féminine et des mœurs de 1850 à nos jours
, Paris, Hachette, 1981.
Salomé MURAT-CHALANDON, Marie Murat.
Une femme éperdue de liberté
, Colmar, Soferic édition, 2007.
Didier NOURRISSON, Cigarette.
Histoire d’une allumeuse
, Paris, Payot, 2010.
Pour citer cet article
Didier NOURRISSON, « Femmes à la cigarette dans les années 1920 », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 25 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/femmes-cigarette-annees-1920?i=1177&d=31&c=bourgeoisie
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