Les femmes des FTP-MOI

Date de publication : Janvier 2014

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Contexte historique

Le défilé du 29 août 1944 à Marseille vu par un témoin privilégié

Quatre jours après le débarquement en Provence qui commence le 15 août 1944, le général de Lattre de Tassigny reçoit l’ordre de reprendre Marseille et Toulon. Aidé par les FFI (Forces françaises de l’Intérieur) qui lancent l’insurrection dans la ville le 21 août, un groupement de 12 000 hommes (constitué essentiellement de la 3e division d’infanterie algérienne, de la 1re division blindée et du groupement de tabors marocains) pénètre dans Marseille le 23 août, emportant la bataille le 28. Dès le lendemain (29 août), en présence des autorités civiles et militaires et devant une foule nombreuse, un grand défilé en l’honneur des FFI et des troupes coloniales a lieu sur le Vieux-Port et le quai des Belges.

Témoin privilégié de la Libération, Julia Pirotte prend plusieurs clichés de ce jour historique, parmi lesquels Les femmes des FTP-MOI défilent à Marseille le 29 août 1944 ici étudié. Polonaise exilée et installée à Marseille depuis mai 1940, la photographe de presse pour l’hebdomadaire Dimanche illustré est en effet aussi une résistante du FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée) qui a participé à l’insurrection de la ville. Connue pour son travail documentant la vie quotidienne de Marseille sous l’Occupation, la photographe immortalise donc cette fois la victoire ainsi que ses partenaires (ici féminines) de lutte.

Analyse des images

Un groupe restreint et relativement isolé

Le cliché montre quelques représentantes du groupe de combat créé au sein de l’organisation militaire des Francs-Tireurs et Partisans par l’Organisation communiste de la main-d’œuvre immigrée défilant sur le quai des Belges.

Au cœur de la ville qui dessine à l’arrière-plan ses immeubles et même une enseigne publicitaire, huit femmes civiles vêtues communément posent, à l’arrêt, pour Julia Pirotte. Solennelles, les vainqueurs du jour se tiennent droites, les bras le long du corps, presque martialement figées, le regard fier et la tête haute. Si les deux femmes qui tiennent la bannière signalant l’organisation (FTPF-MOI) à laquelle toutes appartiennent arborent un sourire lumineux, les autres ont plutôt le regard fixe et sérieux.

Restreint et limité, l’ensemble apparaît aussi relativement isolé dans un espace assez vide puisque qu’on n’aperçoit pas d’autres participants au défilé. À quelques exceptions près, les spectateurs (visibles au second plan à gauche, ou encore sur la droite) ne semblent d’ailleurs pas vraiment les regarder, comme si le défilé « principal » était déjà passé, à venir, ou ailleurs.

Interprétation

Femmes, FTP, immigrées

Mouvement de résistance intérieure française créée par le Parti communiste à la fin de l’année 1941, les Francs-tireurs et Partisans français (FTPF) également appelés Francs-tireurs et Partisans (FTP) se développent en zone libre à partir de novembre 1942. Apparus et organisés dans le même temps, les FTP-MOI, issus de la main-d’œuvre ouvrière immigrée (MOI), regroupent des étrangers communistes vivant en France sans appartenir au PCF. Dépendants directement de la Troisième Internationale communiste et du Komintern, des réseaux FTP-MOI sont présents dans plusieurs villes (dont Marseille) où ils organisent des opérations de guérilla et de renseignement, avant de participer activement aux combats pour la Libération. À l’instar d’autres organisations de résistance, ces groupes de civils comportent aussi des femmes comme Julia Pirotte et ses camarades de la section marseillaise dont Les femmes des FTP-MOI défilent à Marseille le 29 août 1944 montre ici quelques visages.

Volontairement ou non, le cliché présente des figures atypiques qui ne sont pas très nombreuses et dont le cortège semble d’ailleurs un peu isolé dans le défilé. Femmes, FTP et immigrées, ces héroïnes cumulent en effet trois particularités assez fortes par rapport au reste des troupes célébrées à Marseille ce 29 août. On comprend alors l’importance pour Julia Pirotte, elle-même femme et membre des FTP-MOI, de rendre hommage à ces résistantes en rappelant qu’elles ont aussi participé pleinement à la victoire. Mêlée à la joie mais plus visible qu’elle, la fierté et la solennité affichées par ces combattantes imprègnent fortement l’image insistant ainsi sur leur courage, leur sérieux et leur détermination. Moins impressionnant que des militaires en armes, inhabituel et peut-être peu remarqué, ce groupe est tout sauf folklorique : il mérite aussi de défiler et dessine, à sa manière, l’un des nouveaux visages de la victoire.

Bibliographie

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TILLON Charles, Les FTP.
Soldats sans uniforme
, Rennes, éditions Ouest-France, 1991.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « Les femmes des FTP-MOI », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/femmes-ftp-moi?i=1326
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