• Le Départ des Dames de la Halle et des Femmes de Paris pour Versailles, 5 octobre 1789.

    Jean-François JANINET (1752 - 1814)

  • Les Femmes de Versailles siégeant à l'Assemblée Nationale au milieu des députés , le 5 octobre 1789.

    Jean-François JANINET (1752 - 1814)

Les femmes dans la Révolution

Date de publication : Mars 2008

Docteur en Histoire de l'art

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Contexte historique

Le 14 juillet 1789, le peuple a pour la première fois agi sur le cours politique de la Révolution, en la sauvant, provisoirement du moins. Mais la prise de la Bastille n’a pas empêché la crise : le chômage s’accroît avec l’émigration de familles aristocratiques, la Grande Peur qui s’est emparée du pays a paralysé la circulation des subsistances et tari l’approvisionnement des marchés : Paris est affamé. Dans ce contexte de disette, la rumeur d’une orgie organisée par les Gardes du corps du roi dans la salle de l’Opéra du château de Versailles, le 1er octobre, a mis le comble à l’exaspération de la rue : la cocarde tricolore y a été insultée.



La colère est un aliment dont le peuple affamé ne se rassasie pas : elle le jette, le 5 octobre, sur la route de Versailles pour aller y trouver le roi, lui crier sa détresse et demander réparation de l’outrage qui lui a été fait. Nouveauté qui distingue cette grande journée de celle du 14 juillet : le mouvement est donné par les femmes. Un peloton de militantes est sorti des Halles en battant la générale ; il a recruté en chemin ménagères et bourgeoises, parfois sous la menace. C’est en définitive une colonne de six à sept mille femmes, accompagnées d’hommes munis de piques et de bâtons, qui se rend à Versailles sous la conduite des deux héros de la prise de la Bastille Hulin et Maillard. Arrivées en fin d’après midi elles pénètrent dans l’Assemblée nationale, se mêlent aux députés et présentent une pétition demandant du pain.

Analyse des images

Dans le Départ des Dames de la Halle, le motif central rappelle que le cortège féminin, escorté de quelques gardes nationales, s’est emparé des canons du Châtelet avant de prendre la route de Versailles ; la posture truculente d’une citoyenne chevauchant une pièce d’artillerie montre aussi que la bienséance n’est pas la règle de cette marche spontanée.

En investissant l’Assemblée nationale, les Femmes de Versailles y introduisent la confusion : elles prennent place sur les bancs aux côtés des députés, qu’elles interpellent, et s’approprient la tribune pour demander le pain et le grain.

Les deux planches de Janinet appartiennent à la suite des 54 Gravures historiques des principaux événemens depuis l’ouverture des Etats-Généraux de 1789, parues en livraison entre 1789 et 1791. Elles montrent les attitudes expressives d’un peuple en mouvement, sans en préciser le visage ; elles illustrent une démarche collective plutôt que des actions individuelles car elles visent avant tout à instruire par l’image. Quoique composées de mémoire par un contemporain des faits, qui n’en a probablement pas toujours été le témoin, ces scènes n’en sont pas moins rendues vivantes, notamment grâce à la technique de l’eau-forte en manière de lavis qui imitent le dessin.

Interprétation

Citoyenne des faubourgs ou des salons, oratrice ou émeutière, savante ou tricoteuse, tous les statuts et toutes les natures de femme se sont illustrés dans la Révolution. Ces émeutes sont certes signalées dans l’historiographie comme particulièrement farouches et enragées. Et c’est à la raison calculatrice d’un homme que l’Hôtel de Ville – symbole de l’inertie de la Commune de Paris face à la disette – doit d’avoir échappé au feu auquel le destinaient les femmes du 5 octobre : Maillard, huissier du Châtelet et héros du 14 juillet, veut préserver le caractère pacifique de cette insolite armée contre laquelle le roi n’osera rien, et qui, par conséquent, peut tout oser devant le roi. Mais le 5 octobre a aussi son héroïne : Théroigne de Méricourt, demi-mondaine devenue femme politique, armée du sabre et du pistolet conquis à la Bastille, est à la tête du cortège et s’active tout au long de la soirée en désamorçant notamment l’hostilité du régiment de Flandre.

Grâce à ce concours d’intelligences le peuple n’obtient pas seulement du roi la promesse du pain : Louis XVI qui tarde depuis août à sanctionner l’abolition des privilèges et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est contraint de les approuver. En définitive, l’élan donné par les femmes de Paris a marqué une date dans le cours improvisé de la Révolution : le 6 octobre elles ont ramené à Paris « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». Versailles est déserté.

Bibliographie

Paule-Marie DUHETLes femmes et la Révolution : 1789-1794Paris, Gallimard/Julliard, 1977.
Dominique GODINEAUCitoyennes tricoteuses.
Les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution
Aix-en-Provence, Alinéa, 1988.
Jules MICHELETLes Femmes de la RévolutionParis, A.
Delahays, 1855 ; rééd.Paris, Carrère, 1988.

Pour citer cet article
Mehdi KORCHANE, « Les femmes dans la Révolution », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 31 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/femmes-revolution?i=864&d=1&a=654
Commentaires
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Cratchi le 14/03/2012 à 11:03:51
ou puis je trouver un document sur madame de staẽl ? merci de me faire parvenir une réponse le plus rapidement possible :)