La fin d'Hébert et des Enragés

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Contexte historique

L’appel à une nouvelle insurrection sans-culotte

Depuis 1790, Jaques-René Hébert publie Le Père Duchesne dont le langage cru remporte un vif succès auprès des sans-culottes : le titre a déjà été utilisé car le personnage appartient à la mythologie populaire parisienne. En nivôse an II (décembre 1793) s’engage, entre Le Vieux Cordelier de Desmoulins et Le Père Duchesne une lutte qui, au delà des antagonismes personnels, révèle deux factions entre lesquelles la Convention se trouve prise : les « indulgents » et les « enragés » (« hébertistes »). Le 14 ventôse, au club des Cordeliers, Hébert fait le pas qui lui sera fatal en appelant à l’insurrection populaire

Analyse des images

La mort du Père Duchesne

Le 4 germinal an II (24 mars 1794), à cinq heures et demie de l’après-midi, trois charrettes transportant dix-huit condamnés à mort parviennent sur la place de la Révolution[1] envahie par une foule plus grande encore qu’à l’ordinaire. Parmi ceux qui vont mourir se trouvent le général Ronsin, Vincent, l’imprimeur Momoro et Hébert, qu’on a fini par assimiler au « père Duchesne », le héros « bougrement patriotique » de son journal. On attend leur exécution, depuis la veille parfois, et des groupes chantent, pour passer le temps, la « complainte du père Duchesne » qui vient de paraître et que les colporteurs vendent dans la foule surveillée par les mouchards de la police.

Les vers de circonstance s’étonnent de la chute soudaine de celui dont on craignait naguère les appels à la guillotine, en reprenant son langage imagé (« siffler la linotte » pour « être emprisonné »). Puis les couplets détaillent les chefs d’inculpation qui pèsent sur le « fameux marchand de fourneaux » (profession supposée du père Duchesne) : complot contre la République (l’appel à l’insurrection du 14 ventôse, les mises en cause maladroites des Comités et de Robespierre dans le journal), collusion avec l’Angleterre (par l’intermédiaire du banquier hollandais Kock), préparation d’une insurrection royaliste. Dans un climat de suspicion, la complainte évite d’accabler Hébert sans pour autant lui être favorable. Les accusations du tribunal révolutionnaire sont reprises de manière dubitative : « On nous dit que… », « On assure que… »

Hébert a passé sa dernière nuit en prison à hurler et à appeler au secours. Le public moque le manque de fermeté de celui qui réclamait sans cesse que tombent les têtes. Quand vient son tour de « jouer à la main chaude » (« être guillotiné »), Hébert doit être traîné à l’échafaud : sa tête montrée par le bourreau est saluée par des quolibets.

Interprétation

L’élimination des « enragés »

Dans le contexte incertain et menaçant du début de l’année 1794, le gouvernement révolutionnaire ne peut tolérer les provocations répétées des « enragés » qui se réunissent aux Cordeliers et dont Hébert est plus le relais médiatique que le meneur. Leur procès et leur condamnation surprennent l’opinion, mais ne provoquent pas de réaction. Le Vieux Cordelier, en révélant le 16 nivôse (5 janvier 1794) que le « père Duchesne » était appointé par le ministre de la guerre Bouchotte et qu’il faisait des soupers fins chez un banquier étranger alors que la disette régnait dans Paris, avait, il est vrai, déjà beaucoup terni son image de patriote intègre…

Bibliographie

François FURET La Révolution 1770-1880 Paris, Hachette, 1988.
Albert SOBOUL Dictionnaire historique de la Révolution Paris, PUF, 1989

Notes

1. Actuelle place de la Concorde.

Pour citer cet article
Delphine DUBOIS et Régis LAPASIN, « La fin d'Hébert et des Enragés », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 28 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/fin-hebert-enrages?i=269&d=1&c=sans-culottes
Commentaires
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Claude Guillon le 28/09/2014 à 10:09:54
Ce texte peut donner à croire qu'"Enragés" est une étiquette désignant la gauche cordelière ou les groupe dit des "hébertistes". Il s'agit plutôt d'un courant, incarné par Théophile Leclerc, Jacques Roux, Jean-François Varlet et les Républicaines révolutionnaires entrainées par Claire Lacombe et Pauline Léon. Si ces courants sont également combattus et finalement éliminés par Robespierre et les Jacobins qu'il contrôle, ils ne se confondent pas, et Hébert n'est pas leur porte-parole. D'ailleurs, après l'assassinat de Marat, Roux et Leclerc lancent chacun un journal.
Il est évidemment très difficile de rendre compte dans une courte notice (et dans un commentaire…) de subtilités de personnes et de courants, mais l'identification hébertistes/Enragé(e)s est erronée.