La galerie des Glaces transformée en ambulance

Date de publication : Septembre 2004

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Contexte historique
L’effondrement du Second Empire en 1870 suite aux victoires de l’armée allemande s’accompagna d’une avance rapide de l’ennemi jusqu’à Paris, transformé en camp retranché. Les Prussiens campaient sur les hauteurs des environs, où se déroulèrent des combats désespérés (Buzenval). Après le combat de Vélizy le 19 septembre 1870 et tandis que les Allemands entraient dans Versailles, les premiers blessés commencèrent à y arriver, conduits par le docteur Kirchner. Le 21, le prince royal de Prusse, futur Frédéric III, donnait des ordres pour installer une ambulance dans le château laissé sans surveillance. L’aile du Midi fut d’abord occupée, puis la galerie des Glaces, et le service médical s’étendit en partie aussi dans l’aile du Nord. Des gardiens et surveillants du château étaient détachés pour s’occuper des blessés allemands.
Analyse des images
Dans le tableau de Buchereau, on remarque que des poêles ont été installés au centre de la galerie des Glaces, tandis que des lits ont été placés le long des murs et entre les fenêtres. On remédiait au manque de lits par des banquettes prélevées dans le musée, le centre étant occupé par des tables de chirurgie. Un grand calme semble régner sur le lieu. Quelque chose d’anachronique paraît pourtant passer dans ce tableau. Au grand vide décoratif de la partie supérieure de la galerie, vide luxueux et imposant, s’oppose la partie inférieure, sommairement transformée en ambulance. Si la voûte célèbre les victoires d’un grand roi, le bas rappelle la réalité de la guerre, avec ses blessés et ses morts, avec ses drames humains. Pourtant, Buchereau n’a pas voulu donner à penser dans ce tableau, il n’a fait que rapporter une anecdote, si terrible soit-elle.
Interprétation
L’œuvre de Buchereau se présente un peu comme l’équivalent des nouvelles écrites par Maupassant ou Daudet sur la guerre de 1870. On n’y trouve aucun faste militaire, aucune gloire, rien que la triste réalité, accusée encore par la splendeur du lieu. Le 18 janvier 1871 pourtant, la galerie des Glaces sera le théâtre d’un événement historique de grande importance : Bismarck y organisera la proclamation de l’Empire allemand, Guillaume Ier, roi de Prusse, devenant ainsi le premier empereur du IIe Reich. Le sujet a été peint par Anton von Werner en 1877 (le tableau a été détruit, mais le Bismarck Museum de Friedrichsruh en conserve une copie). Bien que symbolique de l’abaissement de la France, cette cérémonie redonnait tout son faste à la galerie, après l’intermède de sa fonction d’ambulance.
Bibliographie
Catalogue de l’expositionMarianne und Germania, 1789-1889Berlin, Martin-Gropius Bau, 1996-1997 Stéphane AUDOIN-ROUZEAU1870, la France dans la guerreParis, A.
Colin, 1989 François ROTHLa Guerre de 1870Paris, Fayard, 1990
Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « La galerie des Glaces transformée en ambulance », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/galerie-glaces-transformee-ambulance?i=537&d=1&c=Versailles
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