Les galeries du Palais-Royal, ancêtre des passages couverts

Date de publication : Février 2006

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Contexte historique

Une spéculation immobilière

Le Palais-Royal devint la propriété des Orléans, branche cadette du royaume de France, en février 1692, quand Louis XIV l’offrit à Monsieur, son frère. Le jardin du palais était alors ouvert sur la ville.

En 1781, Philippe d’Orléans, duc de Chartres, plus connu sous le nom de Philippe Égalité, est au bord de la ruine lorsqu’il entreprend un grand projet de spéculation immobilière consistant à lotir le pourtour du jardin du Palais-Royal. Il confie le projet à l’architecte Victor Louis, qu’il a rencontré à Bordeaux en 1776. Les maisons, larges de trois ou quatre arcades, sont élevées sur sept niveaux : un étage de caves, un rez-de-chaussée destiné aux boutiques et surmonté d’un entresol, un étage noble, un attique, un étage mansardé et un dernier, pris dans les combles, pour les domestiques. Ce lotissement amputait le jardin de près de 60 mètres sur sa longueur et de 40 mètres sur sa largeur, au grand dam des propriétaires mitoyens qui perdaient leur vue sur les parterres.

En 1786, les galeries de pierre étaient achevées sur trois côtés. Victor Louis avait prévu de fermer la cour d’honneur, au sud du jardin, par une colonnade surmontée d’une terrasse. Faute de crédits, le chantier fut interrompu au stade des fondations. Afin de protéger ces dernières, le duc concéda l’emplacement à un entrepreneur qui y construisit des hangars de planches abritant trois rangées de boutiques desservies par deux allées couvertes. Ce baraquement provisoire (démoli quarante ans plus tard !) servira de prototypes aux passages couverts de Paris.

Les marchandes de modes, perruquiers, cafés-limonadiers, marchands d’estampes, cabinets de lecture, libraires et autres commerçants se partagèrent les quatre-vingt-huit boutiques, tandis qu’une foule interlope de flâneurs, de joueurs, de pickpockets et de prostituées investirent le lieu et en firent le succès et la réputation.

Analyse des images

Une scène de genre

Cette peinture à l’huile imitant l’estampe est la reprise d’un tableau, probablement en couleur, que Boilly exposa au Salon de 1804 et qui aurait été détruit lors de l’incendie de la préfecture de Paris en 1871.

L’image, rythmée par les arcades, se lit de gauche à droite. Le propos est introduit par des pourparlers engagés entre un homme derrière la grille et une femme vue de dos et dont les deux chiens, un noir et un blanc, se font l’écho. La composition, en frise, s’articule ensuite autour de trois groupes de figures où alternent un personnage féminin, vêtu de clair et en pleine lumière, et un personnage masculin en costume sombre, dans l’ombre. Les bras nus et tout en sinuosités des demoiselles sont autant d’invitations à la promenade tandis que les échanges de regards en coin et le placard « Avis aux sexes » permettent de comprendre l’activité de ces dames. Dans le premier groupe, l’affaire semble conclue et l’homme empoigne la femme par la taille. Accompagnée d’un petit garçon, la femme du deuxième groupe est en train de vendre ses charmes aux deux hommes qui lui font face. La présence de l’enfant pourrait faire pencher l’interprétation vers une simple scène de la vie quotidienne, mais le geste et le regard de la jeune femme ne laissent aucune ambiguïté. Quant au troisième groupe, il reprend une iconographie licencieuse fort prisée au XVIIIe siècle : une fille caresse la marmotte nichée dans le panier d’un petit savoyard avec l’approbation de sa nourrice qui, dans l’ombre, lui sert d’entremetteuse.

La critique de l’époque reprocha à Boilly de ne pas avoir pris position contre le phénomène de la prostitution. En effet, il traite cette scène avec réalisme, sous la forme d’une simple description du quotidien, et ses prostituées pourraient presque être confondues avec des femmes honnêtes.

Interprétation

La fin d’un haut lieu de la prostitution

La scène se situe dans la galerie du Tribunat, dont le Palais-Royal fut le siège de 1800 à 1807. L’endroit était réputé depuis la construction des galeries pour être le rendez-vous des filles publiques qui venaient y exercer leur commerce (elles disaient « faire leur palais »). Les sources de l’époque estiment que 600 à 800 filles habitent au Palais-Royal, auxquelles il convient d’ajouter les « hirondelles » qui n’y résident pas mais qui viennent à la recherche de clients le soir venu. La prostitution était libre mais très organisée : les demi-castors opéraient dans les allées et les galeries de bois, les castors dans les galeries de pierre, et les cocottes de luxe à la terrasse du café du Caveau.

Cette activité du Palais-Royal cessera avec le futur roi Louis-Philippe, à qui le palais et son jardin seront restitués en 1814. En 1829, il fera d’abord remplacer les galeries de bois par la galerie d’Orléans. Spacieuse (65 mètres de long sur 8,5 mètres de large) et couverte d’une somptueuse verrière, elle abritait vingt-quatre boutiques. Entièrement démontée en 1935, il n’en reste aujourd’hui que la double colonnade de pierre.

Puis, dès son arrivée au pouvoir en 1830, Louis-Philippe réglemente la prostitution, désormais interdite en dehors des maisons de tolérance. Le Palais-Royal est déserté quand, en 1836, s’ajoutent à ces mesures celles décrétant la fermeture des salles de jeu. Avec les filles de joie et les joueurs, c’est toute la jeunesse qui quitte le lieu pour se replier sur les boulevards.

Animations
Les galeries du Palais-Royal, ancêtre des passages couverts
Bibliographie

Le Palais-Royal, catalogue de l’exposition du musée Carnavalet, 9 mai-4 septembre 1988, Paris, Paris-Musées, 1988.

Pour citer cet article
Béatrice MÉON-VINGTRINIER, « Les galeries du Palais-Royal, ancêtre des passages couverts », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/galeries-palais-royal-ancetre-passages-couverts?i=684&d=1&c=Paris
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