• La Garde nationale célèbre, dans la cour du Palais-Royal, l'anniversaire de la naissance du Roi.

    François DUBOIS (1790 - 1871)

  • Bivouac de la Garde nationale dans la cour des Tuileries.

    Jean GASSIES (1786 - 1832)

  • Louis-Philippe Ier au milieu de la Garde nationale.

    François BIARD (1798 - 1882)

La garde nationale, soutien de la monarchie de Juillet

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Contexte historique

Au milieu des troubles

Louis-Philippe est installé sur le trône à l’issue des « Trois Glorieuses », mais l’état de grâce que connaît le nouveau régime ne dure pas. Dès la mi-septembre 1830, une agitation endémique le déstabilise. Les anciens ministres de Charles X doivent être jugés : les républicains réclament la peine de mort ; les orléanistes veulent l’éviter. De sérieux troubles éclatent en octobre 1830. Au moment du procès, en décembre, la capitale est en état de quasi-insurrection. Sortie indemne de l’épreuve du procès, la monarchie est sérieusement menacée par l’émeute républicaine des 5 et 6 juin 1832.

Pour réprimer ces troubles, le pouvoir fait appel à la garde nationale. L’institution citoyenne, créée en 1789, dissoute sous la Restauration, a été réorganisée par la monarchie de Juillet. Les toiles de Gassie, Biard et Dubois représentent toutes trois la garde nationale de Paris en ces temps troublés du début du règne des Orléans.

Analyse des images

La garde nationale contre les désordres

Ces trois scènes historiques ont une composition similaire : des gardes nationaux sont présentés comme pris sur le vif ; au dernier plan, un monument facilement identifiable permet de situer la scène (façade du palais des Tuileries, galeries du Palais-Royal, arc de triomphe du Carrousel). Tous les gardes représentés sont en uniforme : les buffleteries blanches croisées sont l’apanage du corps ; les bonnets à poil (principalement dans le tableau de Gassie) permettent de reconnaître les grenadiers[1], cependant que les quelques pantalons rouges identifient les officiers d’état-major.

Le tableau de Dubois présente le roi dans la cour du Palais-Royal[2], entouré de l’affection des gardes nationaux qui célèbrent son anniversaire. En réalité, le 6 octobre 1830, seul un détachement de soixante grenadiers de service au poste du Palais-Royal était venu présenter ses hommages au roi. Le peintre figure un nombre supérieur de gardes, en présence de l’état-major et de la cavalerie ; il fait ainsi du geste de quelques soldats l’hommage de toute la garde au souverain.

Si le tableau de Dubois ne laisse pas transparaître l’agitation du mois d’octobre 1830, les toiles de Gassie et Biard expriment, elles, toute la tension des événements. La juxtaposition des figures est très dense ; dans ces scènes nocturnes, l’obscurité n’est que faiblement dissipée par la lumière de rares feux ; les groupes se mêlent, les regards se croisent et fuient le spectateur, les armes s’entrelacent.

Le tableau de Gassie représente des détachements dans la cour des Tuileries, le 22 décembre 1830. La veille, l’arrêt de la Cour des pairs a sauvé les ministres de la peine de mort, et la journée du 22 a été particulièrement troublée. Les gardes passent la nuit dans le froid de l’hiver. La scène a des allures d’armée en campagne, et le fait que le peintre a choisi de coiffer la plupart des gardes du bonnet à poil (alors que la majorité des gardes nationaux portaient le shako) renforce la similitude avec l’iconographie des glorieuses armées napoléoniennes. Enfin, le tableau de Biard présente le roi au milieu des gardes, bivouaquant au Carrousel par une nouvelle nuit de troubles et assemblés pour la défense de la monarchie.

Interprétation

Le soutien des hommes armés de la nation

Les trois toiles ont pour point commun de figurer la garde nationale soutenant le régime orléaniste menacé. Elles se situent dans l’espace du pouvoir royal. Dans les tableaux de Biard et de Dubois, Louis-Philippe, en uniforme de la garde, apparaît en frère d’armes. Ces tableaux mettent en scène un pouvoir qui ne se maintient pas uniquement par la répression armée, mais qui s’appuie sur l’adhésion des gardes nationaux.

Parce qu’elle assemblait, pendant la Révolution française, les citoyens « actifs » jouissant du droit de vote, la garde nationale apparaît encore sous la monarchie de Juillet comme une institution citoyenne, alors que la plupart de ses membres sont exclus du suffrage. De plus, la participation de la garde à la prise de la Bastille, son rôle dans la défense de Paris en 1814 et sa renaissance pendant les « Trois Glorieuses » lui confèrent une importance symbolique.

Par la mise en scène de l’adhésion de la garde nationale, la monarchie orléaniste se présente comme un régime attaché aux principes de 1789 et de 1830, et jouissant d’une certaine légitimité populaire.

Bibliographie

Louis GIRARD, La Garde nationale 1814-1871, Paris, Plon, 1964.

Michael MARRINAN, Painting Politics for Louis-Philippe. Art and Ideology in Orleanist France, Yale University Press, 1988.

Philippe VIGIER, La Monarchie de Juillet, « Que sais-je ? », Paris, PUF, 1982.

Notes

1. Compagnie d’élite de la garde nationale. Sinon, les légions sont généralement composées de « chasseurs ». Seuls les grenadiers portent le bonnet.

2. C’est alors encore la résidence royale. Louis-Philippe et sa famille ne quitteront le Palais-Royal pour les Tuileries qu’en 1831.

Pour citer cet article
Mathilde LARRÈRE, « La garde nationale, soutien de la monarchie de Juillet », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/garde-nationale-soutien-monarchie-juillet?c=Palais-royal&d=1&i=123&oe_zoom=267&id_sel=267
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