"A la gloire de l'Empire colonial"

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Contexte historique
Les expositions universelles, depuis la première, à Londres, en 1851, ont été pour tous les pays organisateurs l’occasion de manifester leur puissance et leur rayonnement. A celles du Second Empire en 1855 et 1867 succèdent celles de la IIIe République : en 1878, elle célèbre ainsi la renaissance de la France après la défaite de 1870-1871. A travers l’Exposition de 1889, qui commémore le centenaire de la Révolution, elle veut aussi montrer la solidité du régime républicain et la vigueur de l’essor industriel que connaît le pays. Les savoir-faire français s’illustrent alors non seulement dans la tour Eiffel, mais aussi dans la gigantesque galerie des Machines, longue de 420 mètres et haute de 45, qui était le plus grand bâtiment de ce type jusqu’alors construit (elle fut détruite en 1910). Moins connu est cependant le rôle de faire-valoir joué par cette exposition en faveur de l’empire colonial. Les années 1880 sont en effet marquées par une reprise de l’expansion coloniale (Tunisie, Tonkin, Madagascar) qui suscite l’hostilité d’une partie de l’opinion et de nombreux leaders républicains.
Analyse des images
Gervex reçut la commande de cette gigantesque toile peu après l’Exposition. Elle était, dès l’origine, destinée au musée de Versailles, et il mit plusieurs années à la réaliser (à cet effet fut construit un atelier spécial dans la plaine des Sablons, à Neuilly). Elle commémore un des moments importants de l’Exposition, celui où le président de la République, Sadi Carnot, remet dans la grande nef du Palais de l’Industrie les récompenses obtenues par les exposants des colonies françaises. Sous ses yeux défilent les délégations, en un cortège pittoresque et plein d’exotisme (des tentes kabyles et des pagodes tonkinoises avaient aussi été exposées sur l’esplanade des Invalides).

Sur la gauche, on peut voir la tribune des officiels, pavoisée de drapeaux tricolores, avec, en haut de l’escalier, au centre, légèrement sur l’avant, le président de la République, reconnaissable au grand cordon de la Légion d’honneur. Divers autres corps constitués forment l’assistance : on reconnaît les uniformes des militaires ou la robe des juges. Les délégations indigènes – algérienne, tunisienne, sénégalaise, cochinchinoise – défilent : symboliquement placé au centre, un Noir porteur d’un drapeau rouge et vert est vêtu d’un costume bleu, blanc et rouge qui figure les couleurs nationales françaises.
Interprétation
Par son sujet même, ce tableau de Gervex est caractéristique de la propagande qui entoure la politique coloniale de la France. Pour les républicains au pouvoir, la colonisation doit affirmer la puissance française à l’échelle mondiale et avoir la grandeur d’une mission civilisatrice. Aussi l’Exposition de 1889 offre-t-elle l’occasion de mobiliser une opinion publique indifférente voire hostile à cette ambition. En découvrant les 3 000 exposants coloniaux présents à Paris, soit deux fois plus qu’en 1878, les Français ont tout lieu d’être séduits par la diversité et l’exotisme des indigènes venus séjourner dans leurs villages reconstitués. Ils peuvent tirer fierté d’un pays qui prétend exercer un rôle libérateur et modernisateur aux quatre coins du monde.
Outre le centenaire de la Révolution et l’industrie triomphante, l’Exposition universelle de 1889 célèbre donc la gloire de l’empire colonial. En cela elle préfigure déjà les grandes expositions de l’entre-deux-guerres.
Bibliographie
Collectif Henri Gervex, 1852-1929 , Bordeaux, Galerie des Beaux-ArtsParis, musée Carnavalet et Nice, Musée des Beaux-Arts, 1992-1993.
Collectif Histoire de la France coloniale (3 vol.)Armand Colin, 1992.
Raoul GIRARDET L’Idée coloniale en France Paris, Hachette, rééd.coll.
« Pluriel » 1986.
Pour citer cet article
Barthélemy JOBERT et Pascal TORRÈS, « "A la gloire de l'Empire colonial" », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/gloire-empire-colonial?i=219&d=1&c=Expositions%20universelles
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