Le grand retour du comique théâtral

Date de publication : Février 2005

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Contexte historique
Au cours du XIXe siècle, l’essor de la bourgeoisie et l’influence de ses mœurs sur le reste de la société suscitent la dérision de nombreux esprits libres, notamment parmi les écrivains. Si le Joseph Prudhomme d’Henri Monnier représente le type du bourgeois satisfait se gargarisant de lieux communs (« C’est mon opinion et je la partage »), l’œuvre théâtrale de Labiche, moins caricaturale, s’applique à en montrer les travers et la médiocrité au moyen du rire : « Je me suis adonné presque exclusivement à l’étude du bourgeois, du “philistin” ; cet animal offre des ressources sans nombre à qui sait le voir, il est inépuisable.  » Doué d’une grande verve, Labiche écrivit en collaboration avec d’autres auteurs (Clairville, Dumanoir, Émile Augier) de nombreuses comédies dans lesquelles il fustige gentiment le bon sens bourgeois (Un chapeau de paille d’Italie, 1851 ; Le Voyage de Monsieur Perrichon, 1860 ; La Poudre aux yeux, 1861 ; La Cagnotte, 1864). Par la dérision, ces deux auteurs sont cependant parvenus à flatter l’ego des bourgeois de leur temps. En contrepartie, la médiocrité des perspectives sociales offertes par la bourgeoisie, fustigée d’abord par les romantiques (Stendhal, Musset) et les bonapartistes, a notamment été révélée dans la seconde moitié du siècle par Daudet (Le Petit Chose), Flaubert (Madame Bovary) et Maupassant (Une vie). L’envers du décor est celui de la misère mentale qui peut aller jusqu’à la folie. En ce sens, l’œuvre d’Alfred Jarry (Ubu) est l’héritière du rire social cultivé par Labiche puis par Courteline.
Analyse des images
Le portrait d’Eugène Labiche réalisé par Desboutin, artiste proche des impressionnistes et particulièrement de Degas, est très révélateur du personnage. L’auteur de théâtre est un homme rond, calme, au rictus plein d’humour, qui évite soigneusement toute excentricité (cheveux courts, absence de barbe, alors que celle-ci était à la mode). Pourtant, son regard direct apparaît blasé, sans illusions.
Interprétation
À l’inverse de Barbey d’Aurevilly, son intégration à la bourgeoisie semble avoir fait perdre à Labiche tout anticonformisme. Ce n’est sans doute que par l’écrit théâtral que Labiche est parvenu à dépasser son manque de courage face à la bourgeoisie. Il semble que la touche circulaire et imprécise qui entoure le visage de l’écrivain traduise à la fois sa plénitude, sa sérénité, et matérialise les doutes relatifs à ses convictions sociales.
Bibliographie
Gérard GENGEMBRELe Théâtre français au XIXe siècleParis, Armand Colin, 1999.
Eugène LABICHEThéâtre(2 vol.), Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1991.
Philippe SOUPAULTEugène LabicheParis, Mercure de France, 2000.
Heinrich SCHWARZArt and photography: forerunners and influenceNew York, William E.
Parker, 1985.
Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Le grand retour du comique théâtral », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/grand-retour-comique-theatral?i=583&d=71&c=portrait
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