• Combat sanglant et acharné livré le 11 mai.

  • Prise de la forteresse de d'Ardahan en Asie.

La guerre russo-turque

Date de publication : Janvier 2011

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Contexte historique
« L’imagerie nouvelle » et les « actualités » ou le récit de la guerre russo-turque en images

Prenant le relais des anciennes illustrations, les lithographies en couleurs connaissent une très large diffusion en France et en Europe dans la seconde partie du XIXe siècle. Le développement de l’impression lithographique correspond à celui des imprimeries et maisons d’édition qui produisent ces images et vivent alors leur âge d’or. Il en va ainsi de la célèbre entreprise Haguenthal, située à Pont-à-Mousson, qui propose de nombreuses « séries » à des journaux ou directement à la vente en librairie. Tous les thèmes sont abordés, mais les armées et les guerres y tiennent une place de choix. Cultivant une iconographie et un imaginaire d’un genre nouveau, cette imagerie façonne les opinions de manière significative.

Le temps qui s’écoule entre la production de l’image et ce qu’elle montre se réduisant toujours plus, ces lithographies peuvent désormais présenter une « actualité » déjà connue par les informations quotidiennes et la traiter de manière inédite. Combat sanglant et acharné et Prise de la forteresse d’Ardahan, en Asie ont ainsi été réalisées peu après la guerre russo-turque de 1877-1878, qu’elles racontent en images, presque au jour le jour. Entre récit d’aventures et compte-rendu journalistique, elles influencent nettement la manière dont ces événements encore « lointains » sont suivis et compris en France.
Analyse des images
Les combats aux premières loges

Les lithographies anonymes Combat sanglant et acharné et Prise de la forteresse d’Ardahan, en Asie appartiennent à une série de plus de deux cents images toutes consacrées à la guerre russo-turque. Réalisées peu après les événements qu’elles décrivent, ces deux planches se succèdent (n° 39 et n° 40) et suivent donc la chronologie des combats dont elles rendent compte (les 11 et 16 mai 1877 indiquent les textes).

Les deux documents sont structurés de manière identique, comme tous ceux de la série : en haut, un surtitre en indique le sujet (« Russie – La Guerre – Turquie »). Puis, en gros caractères, le titre de l’épisode choisi. À gauche apparaît la mention « imagerie nouvelle » (précision apportée par Haguenthal quand, à partir des années 1870, la maison perfectionne encore sa production chromolithographique). Elle a pour pendant à droite le domaine auquel se rattache la série (ici « actualités », ailleurs « histoire » ou « géographie » par exemple), suivi du numéro de la planche. Placé sous l’illustration, un texte de trois ou quatre lignes disposées sur deux colonnes relate brièvement l’événement concerné. « Paris, chez Jolly Fils Aîné, 20, rue Malher [sic] » signale vraisemblablement le lieu de vente des images.

Les deux lithographies présentent aussi les mêmes caractéristiques iconographiques : dans la palette de couleurs dominent le rouge et le bleu, assortis de blanc et de marron ; le trait est assez précis pour les personnages, les armes et les uniformes, plus schématique pour l’arrière-plan, les nuages et la fumée des canons ; l’art de la perspective s’avère assez sommaire.

Dans Combat sanglant et acharné, l’image est entièrement « remplie », presque saturée de soldats : ceux, en ligne, des deux armées qui se font face du second plan jusqu’à l’horizon, et ceux engagés dans la bataille qui fait rage au premier plan. À l’ordre qui règne avant le combat, traduit par la claire répartition des bataillons bien rangés, s’oppose le chaos qu’engendrent le contact « réel » avec l’ennemi et le corps à corps acharné auquel il conduit les hommes des deux camps.

Dans Prise de la forteresse d’Ardahan, en Asie, les cavaliers russes semblent déferler du fond de l’horizon. Occupant l’essentiel de l’image, la charge impétueuse des lanciers cosaques masque presque totalement les troupes turques, réduites à quelques combattants isolés ou au petit groupe d’hommes qui résistent encore au second plan. Au sol gisent les victimes de cet assaut de cavalerie décisif.
Interprétation
Dans le feu de l’action : entre actualité, sensationnalisme et récit d’aventures

Combat sanglant et acharné et Prise de la forteresse d’Ardahan, en Asie placent toutes deux le spectateur aux premières loges, dans le feu de l’action. Elles traitent les visages et les corps, la fureur des combats, avec un réalisme assez expressif. Mais, au-delà de leur fonction informative, ces images cherchent aussi à procurer des sensations fortes au spectateur ainsi invité à regarder la guerre en sécurité. Confirmant ce parti pris, les textes relatent les événements sur un mode propre à captiver.

L’iconographie et le style narratif tiennent alors plus du récit d’aventures que de l’actualité : si elles la rendent « proche » et en montrent l’horreur, les lithographies font paradoxalement de la guerre un événement presque distrayant et par là distancié. Une guerre dont les acteurs ont un visage, des armes et des uniformes bien typés, tant par souci de réalisme et de pédagogie que par un recours un peu facile aux clichés que l’imaginaire des lecteurs associe aux deux pays et aux deux peuples.
Bibliographie
Georges CASTELLAN, Histoire des Balkans, Paris, Fayard, 1999.
Michel HELLER, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2009.
Pierre RENOUVIN, Histoire des relations internationales, tome VI « 1871-1914 », Paris, Hachette, 1955.
Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La guerre russo-turque », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 29 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/guerre-russo-turque?i=1119&d=51&c=batailles
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