Hommage à Cézanne

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Contexte historique
En 1888, de jeunes peintres se sont donné entre eux le nom de nabis (“ prophètes ” en hébreu). Sans être une école, les nabis, qui regroupent des artistes comme Bonnard, Vallotton, Ker-Xavier Roussel, Maillol, Maurice Denis, Vuillard, Verkade, Sérusier, partagent l’envie de revenir aux sources pures de l’art par l’emploi de couleurs vives, de traits. Lassés de l’impressionnisme qu’ils jugent superficiel, désireux de retrouver les “ sensations primitives ”, les membres du groupe s’appuient sur les conceptions de Paul Gauguin, dont Paul Sérusier se fait le porte-voix. Maurice Denis fait toutefois figure de théoricien du mouvement après la publication en 1890 de son article “ Définition du néo-traditionalisme ”, qui a valeur de manifeste et dans lequel il écrit “ se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ”.
Analyse des images
Au centre de la composition, Cézanne est présent à travers sa toile Compotier, verre et pommes. Cette peinture ayant appartenu à Gauguin, qui l’avait reproduite dans une de ses œuvres (Portrait de femme à la nature morte de Cézanne, Chicago, Art Institute), devient également une subtile allusion à cet autre grand maître des peintres nabis. Ceux-ci se sont rencontrés à l’Académie Julian à Paris, et ils ont instauré, entre 1888 et 1900 une esthétique nouvelle fondée sur le traitement de la couleur en aplat entourée le plus souvent d’un cerne noir. Si leurs expositions se déroulent d’habitude à la Revue blanche dont les nabis sont les peintres favoris, ils sont ici regroupés dans la boutique de Vollard (célèbre marchand ayant organisé plusieurs expositions de tableaux nabis), avec à leurs côtés trois personnages qui ont défendu les nouveautés de ces peintres. A l’extrême gauche de la composition, Redon (qui s’était lié d’amitié avec les nabis et avait encouragé leurs recherches), ensuite, Vuillard, Mellerio (critique d’art défenseur des nabis), Vollard et Denis lui-même. A droite, Sérusier, Ranson, Roussel, Bonnard et Marthe Denis, épouse et muse de l’artiste, seul personnage qui nous regarde, signifiant ainsi qu’elle est comme nous spectatrice. Il manque d’autres peintres tels que Vallotton, mais Denis a réuni ici ceux des nabis qui étaient les plus proches de Redon.
Interprétation
Bien que novateurs, Maurice Denis et les siens ne se considèrent pas moins comme les disciples d’un maître, Cézanne, envers qui ils se sentent redevables. Peint à l’orée du XXe siècle lorsque chacun des peintres nabis, au demeurant très différents l’un de l’autre, accuse ses particularités. L’Hommage à Cézanne est donc aussi le portrait souvenir d’un groupe d’artistes, réalisé au moment où, comme l’écrit Antoine Terrasse, “ une période de l’histoire de la peinture était achevée, qu’ils ont marquée de leur empreinte et remplie de leur élégance ”.
Bibliographie
Maurice Denis catalogue de l’exposition, Lyon, Musée des Beaux-Arts, 1994.
Nabis 1888-1900 catalogue de l’exposition , Galeries nationales du Grand Palais, 21 septembre 1993-3 janvier 1994, Paris, RMN, 1993.
Claire FRECHES-THORY et Antoine TERRASSE Les Nabis Paris, Flammarion, 1990.
Cézanne catalogue de l’exposition, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, RMN, 1995.
Pour citer cet article
Nadine FATTOUH-MALVAUD, « Hommage à Cézanne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hommage-cezanne?i=412&d=61&c=portrait
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