Un hommage au Greco

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Contexte historique
Du « culte du Moi » au nationalisme

Maurice Barrès entama sa carrière littéraire par des ouvrages exaltant l'émotion, « l'épanouissement de l'être » à travers un individualisme affranchi des normes. Considéré comme le « prince de la jeunesse », l’écrivain

dilettante eut une influence considérable dans les milieux intellectuels de l'époque, offrant dans le culte du Moi un but immédiat à une génération désabusée. Par la suite, il en vint à considérer que l’individu ne peut trouver son identité propre sans lien avec le sol natal et les morts. Cette quête le conduisit à chercher ses propres lois dans le culte de la patrie. Nationaliste ardent et engagé, il devint président de la Ligue des patriotes en 1914, date à laquelle Zuloaga réalisa son portrait.
Analyse des images
Le portrait d'un écrivain esthète

La silhouette du modèle, décalée à l'extrémité gauche de la composition, laisse libre la vue de la ville de Tolède qui s'inspire nettement d'une œuvre du Greco (Vue et plan de Tolède, vers 1610, huile sur toile, Tolède, musée El Greco), notamment par le choix des coloris et la représentation d'un ciel chaotique. Appuyé contre un rocher, Barrès semble avoir interrompu sa lecture pour contempler le paysage ; il tient dans sa main gauche l'un de ses ouvrages dont on peut deviner le titre grâce aux trois lettres visibles : Greco ou le Secret de Tolède.

C'est l'amateur d'art délicat, le dilettante critique d'art que le peintre a choisi de représenter ici, plutôt que l'homme pleinement engagé dans les combats nationalistes. Pourtant, l'intérêt de Barrès pour le Greco, peintre de la mort et de l'exaltation mystique, n'est pas sans lien avec sa conception du nationalisme, en partie fondée sur la dépendance des consciences individuelles à l'égard « de la terre et des morts » et dont la tradition religieuse était un élément essentiel.

Zuloaga s'est tenu totalement à l'écart des options esthétiques contemporaines, préférant une théâtralité orgueilleuse et réalisant une brillante synthèse de la peinture espagnole des trois siècles passés. A partir de 1914, il se consacra essentiellement au portrait, sacrifiant souvent à une certaine mondanité. Familier des cercles artistiques et intellectuels parisiens, il y rencontra bon nombre de ses futurs modèles, dont Maurice Barrès, auquel il transmit son enthousiasme pour le Greco.
Interprétation
Greco et Tolède

Grand amateur de peinture, Barrès s'intéressait aux déracinés, à ceux qui, arrachés à leur province, transportaient leur héritage dans un milieu étranger. Pourtant, son ouvrage sur le Greco ignore totalement l'ascendance crétoise du peintre, ne voyant dans ses toiles que le reflet d'une Tolède « ardente et mystique ». En assimilant le peintre à la ville, Barrès subissait l'influence de la redécouverte du Greco au sein de son environnement artistique, principalement due à Zuola. Par l'intermédiaire de ce portrait, le peintre et l'écrivain rendaient tous deux hommage au maître tolédan qui leur inspirait une passion commune.
Bibliographie
Raoul GIRARDET Le Nationalisme français; Anthologie, 1871-1914 Paris, Seuil, 1983.
Maurice BARRES Greco ou le Secret de Tolède Paris, Emile-Paul, 1912 G.
BORELLI « Barrès et la psychologie de l'art » in Maurice Barrès, Actes du colloque organisé par la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Nancy (22-25 octobre 1962)Annales de l'Est, Nancy, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université de Nancy, 1963, (p.
85 à 94) -1993-1994 : MADRID (Palacio de Velasquez) BILBAO (Muszo de Bellas Arles) Centre y periferia en la modernizacion de la pintura espanola (1880-1918) , Barcelona, Ambit Servicios Editoriales, S.
À., 1993.
-"Greco, le premier moderniste" Dossier de l'Art , n° 72, décembre 2000 - janvier 2001.
Pour citer cet article
Sabine BOUCHY DU PALUT, « Un hommage au Greco », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hommage-greco?i=218
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