• L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann.

  • Grand salon.

  • Salle à manger.

  • Chambre à coucher.

L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann

Date de publication : Décembre 2009

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Contexte historique

Un pavillon d’exposition éphémère

Dans l’esprit de ses organisateurs, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 doit redonner à Paris un rôle central en matière d’arts appliqués par la promotion d’un style moderne français et des industries du luxe. L’esplanade des Invalides et le pont Alexandre III, renommé « rue des boutiques », se couvrent à cette occasion d’une multitude de galeries et pavillons éphémères conçus pour refléter la diversité des tendances architecturales et décoratives contemporaines, et la manifestation laisse un large espace à différentes enseignes commerciales. L’Hôtel du collectionneur, du groupe de Jacques-Émile Ruhlmann, occupe une place de choix sur l’un des axes principaux. L’ensemblier, qui a fondé sa société en 1919, est encore relativement peu connu. Il saisit ainsi stratégiquement l’occasion de se faire un nom, en participant à la première exposition internationale consacrée en France à l’art du décor. Construit par l’architecte Pierre Patout, le pavillon de Ruhlmann se distingue par la pureté classique et géométrique de ses lignes.

Analyse des images

La demeure d’un collectionneur imaginaire

La vue extérieure du bâtiment montre sa façade principale s’élevant en gradins et animée par une rotonde flanquée de deux étroites colonnades. Assumant ses références classiques, cette construction apparaît néanmoins éminemment moderne par la simplification des masses et la distribution intérieure des pièces : la rotonde dévoile le grand salon, et chaque gradin correspond à un niveau desservi par une galerie circulaire intérieure. En outre, le décor sculpté et peint vient adoucir son caractère géométrique : la frise de la Danse de Joseph Bernard anime la rotonde, les fresques d’Henri Marret colorent les colonnades, et le groupe de l’Hommage à Jean Goujon d’Alfred Janniot apporte la grâce de ses courbes à l’avant du bâtiment.

Une fois entré dans l’Hôtel du collectionneur, le visiteur découvre l’intérieur idéal d’un riche amateur des années 20. Le grand salon, la salle à manger et la chambre à coucher, notamment, mêlent avec harmonie les délicates créations de près de quarante artistes et artisans travaillant sous la direction de Ruhlmann. Le grand salon ovale s’orne ainsi de l’Héraklès de Bourdelle sur un meuble laqué par Jean Dunand et des Danseuses de Joseph Bernard, devant des tentures en damas gris argenté du tapissier Stéphany : cette salle de réception affiche un luxe assumé et privilégie une répartition aérée du mobilier. La salle à manger présente un aspect plus chaleureux : une vaste table rectangulaire accueille les convives à proximité d’une cheminée dont le trumeau sculpté est également dû à Alfred Janniot. Les espaces privés, enfin, font également preuve d’un raffinement associant confort et matériaux précieux, à l’image de la chambre à coucher : des meubles en bois rares, tels que la loupe d’amboine ou l’ébène de Macassar, et une bergère recouverte de fourrure s’intègrent harmonieusement dans une ambiance aux tonalités gris-bleu.

Interprétation

Un chef-d’œuvre de l’Art déco

À l’occasion de l’Exposition de 1925, Ruhlmann réalise de manière exemplaire son idéal esthétique à travers une œuvre d’art totale qui associe en un ensemble unique architecture, décor intérieur, mobilier, sculpture, peinture et objets d’art. Résolument tourné vers une clientèle fortunée, il utilise sans réserve les matériaux coûteux et difficiles à travailler. Son « Hôtel du collectionneur » célèbre ainsi le triomphe du luxe dans un esprit à la fois respectueux du passé et inventif. Il apparaît comme le point d’orgue de la principale tendance des arts décoratifs français révélée lors de la manifestation, et s’oppose délibérément aux courants modernistes représentés par Le Corbusier et Mallet-Stevens, dont les constructions et les équipements recourent à des techniques et à des matériaux industriels. Très admiré par les visiteurs, le pavillon de Ruhlmann a aussi fait l’objet de très nombreuses publications qui en ont perpétué le souvenir. Considéré, malgré son existence éphémère, comme l’une des réalisations esthétiques les plus significatives de l’entre-deux-guerres, il incarne l’esprit même du style Art déco, qui a d’ailleurs tiré son nom de l’Exposition de 1925.

Bibliographie

Myriam BACHA (dir.), catalogue de l’exposition Les Expositions universelles à Paris, 1855-1937, Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 2005.
Emmanuel BRÉON et Rosalind PEPALL (dir.), catalogue de l’exposition Ruhlmann, un génie de l’Art déco, Boulogne-Billancourt, musée des Années 30, 15 novembre 2001-17 mars 2002, New York, The Metropolitan Museum of Art, 10 juin-5 septembre 2004, Montréal, musée des Beaux-Arts, pavillon Jean-Noël Desmarais, 30 septembre-12 décembre 2004, Paris-Boulogne-Billancourt-Montréal, Somogy éditions d’art-Musée des Années 30-Musée des Beaux-Arts, 2004.
Emmanuel BRÉON, Dominique ESCANDE, Claude LOUPIAC, Alain MANIER et Isabelle MARINONE, Création et vie artistique au temps de l’exposition de 1925, Paris-Vienne, C.N.D.P.-Futuroscope, coll. « Histoire des arts », 2006.

Pour citer cet article
Fabienne FRAVALO, « L'Hôtel du Collectionneur - pavillon Ruhlmann », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 01 Octobre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hotel-collectionneur-pavillon-ruhlmann?i=1030&d=1&e=fabienne%20fravalo&id_sel=1874
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