Un hôtel de luxe à la fin du Second Empire

Date de publication : Juillet 2012
Auteur : Ivan JABLONKA

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Contexte historique

La clientèle richissime qui, sous le Second Empire, fréquente les stations balnéaires de la côte normande recherche le séjour à la mer pour ses vertus curatives supposées, mais aussi pour y jouir du confort et de l’art de vivre qui sont déjà les siens à Paris. Elle aime descendre dans des palaces et hôtels de luxe qui, même s’ils n’accueillent pas tous les touristes, constituent « l’élément essentiel d’une station balnéaire. On peut même dire qu’il n’y a pas de station sans hôtel » (G. DÉSERT, La Vie quotidienne sur les plages normandes du Second Empire aux années folles, Hachette, 1983, p. 82).

Ainsi chacune possède-t-elle sa pension de luxe : le Grand Hôtel de la Terrasse à Deauville, le Grand-Hôtel à Cabourg, les Roches-Noires à Trouville, que Monet a représenté dans un tableau de 1870. Par son luxe et sa renommée, l’hôtel des Roches-Noires est véritablement le « roi de la côte normande ». Construit sous Napoléon III, il compte des suites et soixante-quinze chambres.

Analyse des images

Même s’il désire avant tout saisir les mouvements, le miroitement des couleurs, les effets de la lumière et du vent, Monet s’efforce aussi de rendre avec exactitude les conditions matérielles du séjour de l’élite qui fréquente les Roches-Noires : la façade de l’hôtel, qui occupe presque la moitié du tableau, apparaît ici dans toute sa splendeur, offrant à la mer ses murs blanc crème et vieux rose, ses toits d’ardoise, ses centaines de fenêtres et ses colonnes corinthiennes.

Au pied de l’hôtel s’étend la promenade, agrandie par la perspective du tableau. Les personnages y déambulent, échangeant quelques mots. On trouve sur la toile davantage de femmes que d’hommes, les seconds ne rejoignant les premières qu’en fin de semaine.

Les drapeaux internationaux qui claquent au vent rappellent que dans les stations balnéaires françaises comme Trouville se côtoient milliardaires américains, financiers anglais, industriels allemands et aristocrates français.

Interprétation

Les impressionnistes aiment la côte normande parce qu’ils peuvent à loisir y étudier la lumière, l’éclat du soleil et les couleurs changeantes des bords de mer, mais aussi peut-être parce qu’ils y sont les témoins privilégiés d’un certain style de vie, sur la plage, en ville ou, comme ici, devant un grand palace classique, symbole d’une époque faste et des loisirs d’une classe sociale.

Dans son Hôtel des Roches-Noires, Monet réussit à la fois à fixer la fugacité d’un après-midi ensoleillé et venteux et à rendre compte du prestige d’un lieu agréable et plein de sérénité, où, pour l’élite européenne de la seconde moitié du XIXe siècle, le temps s’écoule doucement.

Bibliographie

Daniel CLARY, Tourisme et villégiature sur la côte normande, thèse d’État, Caen, 1974.

Gabriel DÉSERT, La Vie quotidienne sur les plages normandes du Second Empire aux années folles, Paris, Hachette, 1983.

Robert-Louis HERBERT, Monet en Normandie, peinture et sites balnéaires, 1867-1886, Paris, Flammarion, 1994.

Jacques-Sylvain KLEIN, La Normandie : berceau de l’impressionnisme : 1820-1900, Rennes, Éditions Ouest-France, 1996.

Pour citer cet article
Ivan JABLONKA, « Un hôtel de luxe à la fin du Second Empire », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 26 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hotel-luxe-fin-second-empire?i=38&d=1&t=343
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