• Louis-Philippe, Duc d'Orléans, arrive à l'Hôtel de Ville de Paris

    Eloi-Firmin FERON (1802 - 1876)

  • Incendie et destruction de l'hôtel de ville de Paris.

    ANONYME

  • Fête devant l'Hôtel de Ville, fête franco-russe.

    Théodore-Joseph-Hubert HOFFBAUER (1839 - 1922)

L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations

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Contexte historique

Au XIXe siècle : un lieu politique majeur

De 1789 à 1794, l’Hôtel de Ville a abrité le Comité de salut public. En juillet 1830, la commission municipale provisoire que préside La Fayette s’y installe à son tour durant les Trois Glorieuses et reçoit là, le 31, le duc d’Orléans qu’elle avalise comme souverain du nouveau régime. C’est depuis ce même édifice que la république est proclamée en février 1848 par Lamartine et là encore que siège le comité central de la Commune, élu le 26 mars 1871. Contraints au repli par l’offensive que l’armée de Versailles engage fin mai, les communards abandonnent le bâtiment avant de l’incendier, « comme un amant jaloux qui en mourant poignarda sa maîtresse », écrit le géographe et communard Élisée Reclus.

Une toile d’Éloi Féron, peinte en 1836, et une gravure d’Épinal illustrent deux de ces épisodes révolutionnaires. Sous le Second Empire, l’Hôtel de Ville, devenu le siège de la préfecture, accueille de brillantes fêtes, lors de la visite à Paris de la reine Victoria en particulier. Le bâtiment renoue avec une telle fonction après sa reconstruction, décidée par le conseil municipal dès août 1871 et achevée en 1883, et redevient un espace de fêtes et de célébrations à caractère officiel. Un dessin du peintre et architecte Théodore Hoffbauer représente l’une d’elles, donnée en l’honneur de l’escadre russe reçue à Paris le 19 octobre1893 dans le cadre de l’alliance franco-russe.

Analyse des images

Au cœur de l’événement

Éloi Féron est un élève de Gros et un familier de Louis-Philippe. Cette œuvre de commande représente le futur souverain alors qu’il arrive à l’Hôtel de Ville le 31 juillet 1830, suivi par Benjamin Constant, en chaise à porteurs, et entouré de députés en redingote. Dans la foule dense qui l’acclame en arborant le drapeau tricolore apparaissent des gardes nationaux, des ouvriers, dont l’un s’inscrit dans le prolongement du drapeau, des Parisiens d’allure plus aisée et de rares femmes. Devant l’édifice municipal, pavoisé de tricolore, la garde nationale attend celui qui, ayant adopté son uniforme, paraît être l’un des siens. Le réalisme affiché de cette œuvre néoclassique ne saurait occulter qu’elle répond au besoin de réaffirmer l’unanimisme entre le Peuple et son souverain, présumé avoir été scellé ce jour, à l’heure où l’attentat de Fieschi (1835) et les mesures autoritaires prises en réponse l’ont singulièrement mis à mal. Devant le cheval du futur Louis-Philippe, un ouvrier fait disparaître les dernières traces de barricades, signifiant ainsi l’ordre restauré. Comme dans la plupart des gravures contemporaines de l’époque, la garde nationale occupe une place prééminente quand elle ne fut qu’un acteur tardif et marginal des Trois Glorieuses ; cependant que la verticalité du drapeau donne à entendre que l’histoire est achevée.

Charles Pinot, dessinateur parisien employé par l’Imagerie Pellerin avant de fonder sa propre imprimerie en 1860, réalise des gravures hostiles à la Commune représentant l’incendie et la destruction de l’Hôtel de Ville. Cette lithographie montre l’armée de Versailles, en uniforme bleu et rouge, à l’offensive, guidée par les gradés, sabre au clair, dont l’un brandit le drapeau tricolore. Face à elle, les insurgés derrière un drapeau rouge. Leur barricade constitue un obstacle entre l’armée et l’Hôtel de Ville en flammes. Sous l’image, un texte resitue l’événement et prend parti.

Théodore Hoffbauer, à qui l’on doit de nombreux tableaux consacrés à Paris, s’attache à la spectaculaire architecture éphémère conçue en l’honneur de l’escadre russe. La capitale vit alors une des premières fêtes depuis la Commune. La Ville a organisée un grand dîner et a installé une gigantesque galère illuminée de lampions. En fin de soirée, une retraite aux flambeaux est organisée à laquelle Sadi Carnot va se joindre jusqu’à la Concorde. Sur ce vaisseau reconstitué se trouve l’emblème de l’Empire russe mêlé aux innovantes illuminations au gaz. Une foule dense (majoritairement masculine) se presse sur la place de l’Hôtel de Ville.

Interprétation

Un espace de souveraineté

Les deux premiers documents rappellent que la rue parisienne a joué un rôle déterminant pour faire et défaire les régimes durant les deux premiers tiers du XIXe siècle, en conférant chaque fois à l’Hôtel de Ville un statut politique hors norme qui lui valut de s’imposer comme un lieu de pouvoir. Après la défaite de la Commune et la « deuxième naissance du suffrage universel » (1875), la province pèse d’un poids d’autant plus décisif que Paris se voit soumis à un statut d’exception qui prive la ville d’un maire élu (ce jusqu’en 1977). Les cérémonies organisées sur la place de l’Hôtel de Ville n’en revêtent pas moins un fréquent caractère de souveraineté, qui témoigne d’une ambivalence persistante.

Bibliographie

Laurence GOUX (dir.), Paris incendié, 21-28 mai 1871, catalogue de l’exposition du musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, 17 mai 2002-7 avril 2003, Saint-Denis, Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, 2002.
Mathilde LARRÈRE, « La garde nationale des Trois Glorieuses », in Sociétés et représentations, n° 8, « Le peuple dans tous ses états », 2000.
Jean-Marc LERI, préface de Christ YVAN, Paris des illusions.
Un siècle de décors éphémères, 1820-1920
, Paris, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Mairie de Paris, 1984.

Pour citer cet article
Danielle TARTAKOWSKY, « L'Hôtel de ville de Paris : du lieu des révolutions à celui des célébrations », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hotel-ville-paris-lieu-revolutions-celui-celebrations?i=1089&d=1&c=Semaine%20sanglante&id_sel=255
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