Hygiénisme et urbanisme : le nouveau centre de Villeurbanne

Partager sur:

Contexte historique

Au cours du XIXe siècle, les conditions de vie misérables réservées aux ouvriers dans les viilles et les préoccupations des hygiénistes ont suscité un intérêt nouveau pour l'habitat urbain dans tous les pays industrialisés. Cet intérêt a d'abord été théorique, avec des projets de cité idéale dès le début de la révolution industrielle. En pleine période de libéralisme économique, les réalisations restent d'initiative privée, tendance encouragée dans la région lyonnaise par la tradition du mutualisme née chez les canuts et par le catholicisme social de quelques grands industriels. Leurs résultats sont fragmentaires et sans coordination. L'intervention de l'Etat par une législation favorable au logement social est tardive : loi Siegfried créant les « habitations à bon marché » (1893), loi Loucheur pour faciliter l'accès des familles modestes à la propriété (1928). D'autre part, l'urbanisme, jusque-là simple aménagement rationnel de la voirie, devient peu à peu une préoccupation globale, tandis que l'architecture utilisant les ressources et les méthodes de la production industrielle nourrit dès 1928 la réflexion des congrès internationaux d'architecture moderne. Le constructivisme bolchevique, le Bauhaus allemand, les chantiers de l'Italie fasciste, les Etats-Unis auréolés de la victoire avant la Grande Dépression, fournissent des exemples d'avant-garde.

A la fin du XIXe siècle, la proximité de Lyon avait attiré des industries à Villeurbanne, petit bourg rural où les ouvriers avaient afflué en nombre. Le poids électoral de cette nouvelle population avait entraîné un glissement progressif à gauche de la politique municipale au début du XXe siècle. Entre 1930 et 1934, Villeurbanne se dote d'un nouveau centre, témoin de son importance et des préoccupations sociales de sa municipalité.

Analyse des images

L'affiche est devenue un moyen de communication moderne, au style percutant, duplicable grâce aux techniques de l'imprimerie. Ici, les aplats de couleur, le graphisme géométrique qui élimine les détails, donnent au message force et netteté. Dans la lumière matinale venue d'un Orient théorique à droite, les bâtiments jaillissent du sol invisible, comme un modèle universel prometteur d'un avenir radieux.

On reconnaît les tours liminaires, les deux rangées d'immeubles, le beffroi de l'hôtel de ville, le Palais du travail. La hauteur des constructions (jusqu'à 19 étages pour les tours), les gradins ouvrant la rue vers le ciel, la multitude de fenêtres, les toits plats, résultent d'une architecture à ossature de métal et de béton armé, habillée de murs de parpaings. Les redans remplacent les cours insalubres. Les colonnes classiques de l'hôtel de ville traduisent la dignité de l’édifice. Deux conceptions architecturales se juxtaposent : le plan d'ensemble et le Palais du travail, fonctionnels et dépouillés, ont été conçus par un technicien, Morice Leroux, qui a travaillé au Maroc avec Lyautey ; c'est un architecte Grand Prix de Rome, Robert Giroud, qui a dessiné l'hôtel de ville.

Interprétation

L'initiateur de l'opération, Lazare Goujon, médecin et socialiste, élu maire en 1924, croyait au progrès par le logement, la santé, l'éducation. Les appartements (3 pièces en moyenne) de ces gratte-ciel équipés d'ascenseurs disposaient de vide-ordures, de cuisinières électriques, du chauffage central et de l'eau chaude grâce à une chaufferie municipale. Le Palais du travail abritait une piscine, une salle de spectacles, un dispensaire, des locaux pour des conférences et des réunions.

Mais la municipalité s'était endettée. Elle contrôlait mal la société mixte dans laquelle elle était, pour la première fois, associée à des entreprises privées. Avec la crise économique et le chômage, les locataires se sont fait rares. Les communistes, qui jugeaient la réalisation dispendieuse et « petite-bourgeoise », remportent les élections de 1935 avec un programme d'aides plus immédiates. Passées la crise et la guerre, le problème du logement reste entier.

Le cas de Villeurbanne est exemplaire de la rivalité entre la SFIO et le PC depuis la scission de 1920. Il révèle en outre des aspirations de l'entre-deux-guerres : l'air, le soleil et la culture pour tous, une architecture rationnelle répondant à une certaine idée de la cité, une esthétique influencée par la rigueur géométrique des productions industrielles et du cubisme.

Bibliographie

Marc BONNEVILLE Naissance et métamorphose d'une banlieue ouvrière : Villeurbanne Lyon, PUL, 1978.
Bernard MEURET Le Socialisme municipal : Villeurbanne 1880-1982 Lyon, PUL, 1982.
Collectif « Les Gratte-ciel ont cinquante ans »in Le Progrès , mai 1984.
Michel RAGON Histoire mondiale de l'architecture et de l'urbanisme moderne , tome IIParis, Casterman, 1972.
Leonardo BENEVOLO Histoire de l'architecture moderne , tome IIParis, Dunod, 1980.

Pour citer cet article
Hélène DELPECH, « Hygiénisme et urbanisme : le nouveau centre de Villeurbanne », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/hygienisme-urbanisme-nouveau-centre-villeurbanne?i=343&d=11&c=ville
Commentaires

Albums liés