• La Rose impériale.

    Alfred LE PETIT (1841 - 1909)

  • Souvenir du 15 novembre.

    FLAMBART (1970 - 1970)

  • La ménagerie impériale, portrait-chargen n°2 d'Eugénie, "la grue".

    Paul HADOL, dit WHITE (1835 - 1875)

L'impératrice Eugénie vue par les caricaturistes

Date de publication : Mai 2006
Auteur : Alain GALOIN

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Contexte historique
Sous le Second Empire, malgré l’assouplissement du régime de la presse dans la phase libérale du règne, aucune caricature ne vient défrayer la chronique des journaux. Des charges très violentes pouvaient être publiées à l’étranger, notamment en Belgique, mais en France, ce n’est qu’après la déchéance de Napoléon III, prononcée le 4 septembre 1870, et la proclamation de la République que les dessinateurs peuvent impunément donner libre cours à une verve satirique qui s’exerce d’abord aux dépens du couple impérial. Napoléon III, vaincu et prisonnier en Allemagne, est de toute évidence un sujet de prédilection pour les humoristes, qui le représentent traditionnellement sous les traits d’un vautour se repaissant du cadavre exsangue de la France. L’impératrice elle-même n’est pas épargnée. Les caricaturistes exploitent ses origines étrangères, son goût du faste et de la représentation, son entourage de courtisans serviles et intéressés. On la soupçonne d’avoir souhaité le conflit armé avec la Prusse pour consolider un régime impérial affaibli. En fait, ces caricatures contribuent à faire de l’impératrice – qui a assumé la régence pendant que Napoléon III combattait les armées prussiennes – la victime expiatoire d’une culpabilité collective.
Analyse des images
Alfred Le Petit (1841-1909), caricaturiste républicain, fait de l’impératrice Eugénie une « rose impériale » : la tête allongée et couronnée de la souveraine surmonte une tige hérissée d’épines ; elle est coiffée d’une mantille de dentelle qui rappelle son origine espagnole ; le nez est excessivement proéminent, et le regard sournois. Dix abeilles viennent butiner la rose impériale. Sur leur corps d’insecte, le dessinateur a greffé le visage de familiers de la cour : le duc de Gramont, Émile Ollivier, Clément Duvernois, le général de Failly, Julien-Henri Chevreau, le comte de Nieuwerkerke, Pierre Magne, Paul de Cassagnac, le général Le Bœuf, le baron Haussmann.

Flambart, caricaturiste actif vers 1870, recourt lui aussi à une métaphore florale. L’impératrice est représentée en buste au sommet d’un rosier-tige planté dans une caisse. Elle est entourée de violettes et d’une couronne de roses dont les fleurs ont été remplacées par des têtes de courtisans : le général Fleury, Joachim Pietri, Émile Ollivier, Paul de Cassagnac et le comte de Nieuwerkerke. L’empereur, en aigle piteux, s’approche de la caisse, tenant dans l’une de ses serres une unique violette qui tient lieu de bouquet. La mention « Que c’est comme un bouquet de fleurs… » fait allusion au titre et au refrain d’une chanson créée en 1864 par Félix Baumaire et Charles Blondelet. Souvenir du 15 novembre fait référence à la fête de l’impératrice. Le jour de la Sainte-Eugénie, au château de Compiègne, les invités du couple impérial offraient des bouquets de fleurs à la souveraine.

Dans La Ménagerie impériale, recueil de caricatures de Paul Hadol (1835-1875), l’impératrice Eugénie est figurée sous les traits d’une grue. Elle serre un tambourin dans sa patte gauche, allusion à son pays d’origine. Symbolisé par les ruines d’un temple, une pyramide et quelques palmiers, le paysage égyptien, à l’arrière-plan, rappelle le voyage qu’a effectué l’impératrice pour assister à l’inauguration du canal de Suez le 17 novembre 1869. Cruellement, Paul Hadol joue sur les deux sens du terme « grue » en associant au volatile deux défauts qu’il attribue à la souveraine : la pose et la bêtise. Il va d’ailleurs beaucoup plus loin dans les sous-entendus puisqu’une grue est non seulement une personne niaise, mais aussi une femme de mœurs légères.
Interprétation
Si l’impératrice fut si souvent prise pour cible par les caricaturistes, c’est qu’elle était étroitement associée aux affaires de l’État. Catholique fervente, elle s’opposa à la réduction du pouvoir temporel du pape et à une unité italienne qui aurait absorbé les États pontificaux. En 1859, l’intervention française en Italie l’amena à exercer une première fois la régence en l’absence de Napoléon III, et, dès lors, son influence s’accrut. Son attitude profondément conservatrice n’était pas incompatible avec des conceptions sociales progressistes : elle puisait sans compter dans sa cassette pour venir en aide aux plus démunis. Féministe avant la lettre, elle appuya le programme de Victor Duruy pour l’éducation des filles et finança personnellement les études de Julie Daubier, première Française à avoir obtenu le baccalauréat. Cependant, dans les dernières années du régime, la popularité de l’impératrice tomba au plus bas dans l’opinion ; la navrante équipée du Mexique, l’échec de Sadowa, les difficultés économiques, tout était la faute de « l’Espagnole ». Que l’impératrice Eugénie ait souhaité ou non la guerre avec la Prusse, le désastre de Sedan sonna le glas du Second Empire et contraignit la famille impériale à l’exil.
Bibliographie
Hélène DUCCINI, « La caricature, deux siècles de dérision salutaire », in Historia n° 651, Paris, mars 2001.
Annie DUPRAT, Histoire de France par la caricature, Paris, Larousse, 1999.
Jacques LETHÈRE, La Caricature et la presse sous la IIIe République, Paris, Armand Colin, coll. « Kiosque », 1961.
Christophe PINCEMAILLE, L’Impératrice Eugénie.
De Suez à Sedan
, Paris, Payot, 2000.
Philippe RÉGNER, La Caricature entre République et censure.
1830-1880
, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1996.
William SMITH, Eugénie, Impératrice des Français, Paris, Bartillat, 1998.
Jean TULARD (dir.), Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard, 1995.
Pour citer cet article
Alain GALOIN, « L'impératrice Eugénie vue par les caricaturistes », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 24 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/imperatrice-eugenie-vue-caricaturistes?i=696&d=1&c=Eugenie%20de%20Montijo&id_sel=1212
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