L'institution des prix décennaux

Date de publication : Septembre 2009

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Contexte historique

Un concours avorté

Le 11 septembre 1804, Napoléon décrète l’institution de prix destinés à récompenser « les hommes qui auront le plus participé à l’éclat des sciences, des lettres et des arts », prix qui seront décernés « de dix ans en dix ans, le jour anniversaire du 18 Brumaire ». Il entend ainsi célébrer son coup d’État de 1799 et glorifier son pouvoir. En novembre 1809, il réactualise ce concours, porte à trente-cinq le nombre de prix, dont neuf de première classe, et charge les présidents et secrétaires perpétuels de l’Institut de France, qui remplace depuis 1795 les anciennes académies royales supprimées au début de la Révolution, de choisir puis de juger les réalisations les plus remarquables de la première décennie de son gouvernement. Leurs rapports doivent ensuite être soumis aux quatre classes de l’Institut, et la cérémonie de remise des prix est prévue pour le 9 novembre 1810.

Analyse des images

Une médaille non frappée

Depuis 1806, le sculpteur François Frédéric Lemot assiste son homologue Antoine-Denis Chaudet comme dessinateur pour la Commission des inscriptions et médailles de l’Institut, laquelle propose textes et sujets de médailles pour glorifier les hauts faits du règne. Leurs projets pour l’Histoire métallique de Napoléon Bonaparte (série de médailles à sa gloire) furent rarement frappés. Dominique Vivant Denon, directeur du musée Napoléon (nom du musée du Louvre sous le premier Empire) et administrateur des arts, est chargé de la commande, mais il préfère ceux exécutés sous sa direction à la Monnaie.

Un manuscrit provenant du secrétariat de l’Institut conserve le projet de chaque médaille, sous la forme d’un dessin calqué assorti d’un texte descriptif. Le calque du dessin de Lemot célébrant l’institution des prix décennaux confirme que son projet a été validé par l’Institut. Minerve, qui symbolise cette institution, y est représentée seule « assise, élevant de la main droite une couronne […] à sa droite est un autel sur lequel sont placées des couronnes et des palmes ».

Interprétation

L’opposition intellectuelle de l’Institut contre Napoléon

L’Institut remet ses rapports à l’Empereur en 1810. Napoléon partage ses choix en sciences et techniques. Lagrange doit être récompensé pour son ouvrage Théorie des fonctions analytiques, Laplace pour son Traité de mécanique céleste, Berthollet pour son Essai de statique chimique et ses Éléments de l’art de la teinture, Montgolfier pour l’invention du bélier hydraulique, et Oberkampf pour sa manufacture.

En matière artistique, les choix ne rencontrent pas l’approbation de Napoléon. Rare foyer de (sourde) opposition intellectuelle au pouvoir, l’Institut rechigne même à considérer la candidature du Génie du christianisme de Chateaubriand pour un premier prix malgré la demande expresse de l’Empereur. Napoléon veut aussi le premier prix de peinture d’histoire pour son premier peintre David, ce que l’Institut refuse. L’Empereur ajourne donc sa décision finale.

Lemot est primé pour sa décoration du tympan de la colonnade du Louvre (modifié sous la Restauration). Son dessin de l’institution des prix est quant à lui retenu par Denon pour servir de modèle aux médailles à décerner. Le projet avorté de médaille de l’Institut par Chaudet, aussi proposé pour commémorer la remise des prix, représentait cette fois-ci Napoléon remettant les trophées avec, reléguée dans le décor de l’arrière-plan, une petite statue de Minerve…

Bibliographie

Ernest BABELON, Les Médailles historiques du règne de Napoléon Le Grand, empereur et roi, publiées sous les auspices de la Société de numismatique de New-York, Paris, 1912.
Annie JOURDAN, Napoléon.
Héros, imperator, mécène
, Paris, Aubier, 1998.

Pour citer cet article
Guillaume NICOUD, « L'institution des prix décennaux », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 23 Juillet 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/institution-prix-decennaux?i=1012&d=1&c=prix%20decennaux
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