Jules Amédée Barbey d'Aurevilly (1808-1889)

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Contexte historique
Issu d’une famille anoblie en 1756, Barbey d’Aurevilly, né à Saint-Sauveur-le-Vicomte dans un milieu très royaliste, baigna dès l’enfance dans les récits relatifs à la chouannerie, que le futur écrivain allait transcrire dans ses œuvres. Bien que contemporain de Musset ou Nerval, Barbey ne participa pas au combat romantique, de tendance libérale, et commença assez tardivement une œuvre indépendante, en publiant d’abord Une vieille maîtresse (1851), puis L’Ensorcelée (1854). Ces romans, emplis de visions aussi sataniques que divines – Barbey cultiva toujours l’ambiguïté –, furent les premiers à nourrir une sorte de cycle normand sur la chouannerie, marqué par des chefs-d’œuvre comme Le Chevalier des Touches (1864) ou Une histoire sans nom (1882). En effet, comme Erckmann et Chatrian pour l’Alsace, Barbey ouvrit aussi la voie de la littérature régionale, que suivirent au XXe siècle Giono et Pagnol pour la Provence, Van der Meersch pour les Flandres, etc. Mais Barbey dépasse largement ce seul clivage de classification littéraire. Cherchant toujours l’envers des choses, un peu à la manière de Dostoïevski, mais un envers identifié chez lui à l’au-delà chrétien, très réactionnaire, celui que l’on surnommait le « Connétable des Lettres » fut un dandy égaré dans son siècle. En rupture avec son époque, il annonçait surtout la littérature fin de siècle, décadente et symboliste (Les Diaboliques, recueil de nouvelles, 1874). Une fois reconnu à la fin de sa vie, il fut adulé par de jeunes écrivains comme Paul Bourget, Léon Bloy et surtout Huysmans, dont il annonce le parcours religieux. C’est toute une lignée spirituelle que Barbey guida ainsi vers le renouveau des traditions royalistes, au moment où allait naître en France l’Action française de Maurras et où allait s’épanouir un retour à la religion chez Péguy et Claudel.
Analyse des images
Image directe, froide, de l’écrivain regardant le spectateur avec hauteur, presque avec dédain, et se tournant à peine vers lui, ce portrait détache visage et main dans la lumière en jouant avant tout sur l’élongation des formes (doigts, moustache). C’est l’aristocrate qui se révèle ici, souverainement supérieur dans son éloignement, comme refusant tout contact avec un extérieur qu’il juge indigne de lui, homme aux visions transcendantales. Dabs ce portrait de l’écrivain désormais reconnu comme un maître, Lévy a cherché à donner une image éternelle d’un homme supérieur, étranger aux contingences de son temps, comme le suggèrent aussi sa redingote démodée et sa cravate à la lavallière, très voyante.
Interprétation
Ce portrait tardif de Barbey, réalisé au moment de sa consécration littéraire lorsqu’il publie Une histoire sans nom, se veut une référence incontournable. Sorte d’icône sacrée, l’œuvre présente le modèle de toute une école de pensée fin de siècle tel un dieu que seuls les initiés peuvent aborder : ce n’est qu’eux que Barbey condescend à regarder dans ce portrait. Il est le maître suprême dans une société démocratique qui se met en place, à laquelle il se sent étranger et qu’il fustige, en particulier à travers Zola. Son nouveau disciple Huysmans est, il est vrai, un transfuge de l’école naturaliste.
Bibliographie
Patrick AVRANE Barbey d’Aurevilly Bruxelles, Desclée de brouwer, 2000.
Michel WINOCK Les Voix de la liberté : les écrivains engagés au XIXe siècle Paris, Seuil, 2001.
Pour citer cet article
Jérémie BENOÎT, « Jules Amédée Barbey d'Aurevilly (1808-1889) », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 27 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/jules-amedee-barbey-aurevilly-1808-1889?i=461&d=1&v=1881&w=1881
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