Jules Védrines à bord de son Morane

Auteur : Philippe GRAS

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Contexte historique
Jules Védrines est un personnage à la fois inclassable et pourtant très caractéristique des débuts de l’aviation. Né à Saint-Denis en 1881, il obtient non sans mal un brevet de pilote en 1910. Cette discipline nouvelle, en plein essor, correspondait aux attentes d’un personnage comme Védrines, sportif et aventurier, gouailleur et persévérant. Entre 1910 et 1914, il participe aux grandes courses aériennes en France puis en Europe. La presse, qui s’en fait l’écho avec de dithyrambiques éloges, transforme les pilotes en mascottes funambules de la nouvelle dimension. En 1912, il participe pour la première fois à la course Paris-Madrid, qu’il remporte en terminant seul concurrent. L’année suivante, il part aux Etats-Unis conquérir pour la France la coupe de vitesse Godron Bennet. En 1913, enfin, il effectue plusieurs raids en Europe centrale puis un Paris-Le Caire. Védrines est une immense vedette de l’aviation d’avant-guerre, qui déplace des dizaines de milliers de personnes lorsqu’il est annoncé sur un terrain. Mobilisé en 1914 dans la nouvelle armée aérienne, ses talents vont lui permettre de développer de nouvelles pratiques aériennes.
Analyse des images
Védrines est à bord de son avion, un Morane N de chasse, appareil utilisé dans les premiers temps de la guerre aérienne pour abattre les avions et les ballons d’observation allemands. L’aviateur est avant tout connu pour avoir multiplié les opérations spéciales derrières les lignes allemandes. A bord de son avion baptisé La Vache, il déposa à sept reprises des agents dans des régions occupées, avant de les reprendre en plein jour. Ces missions périlleuses lui valurent de nombreuses décorations militaires et firent de lui un héros de romans populaires. Védrines utilisa le système élaboré par Roland Garros pour tirer à la mitrailleuse à travers l’hélice de son avion, ayant recours comme lui à un déflecteur placé sur les pales de l’hélice pour dévier les balles qui auraient pu les heurter. Le cliché montre très bien le système de tir de l’avion et permet d’appréhender les difficultés d’utilisation de tels instruments. Après le tir de la bande, Védrines devait ensuite recharger sa mitrailleuse à la main en introduisant un nouveau chargeur de vingt-cinq cartouches dans l’arme, tout en pilotant son avion et en tentant de rester dans le sillage de son adversaire.
Interprétation
L’intérêt de la photographie est de présenter Védrines, authentique héros à la fois des temps de paix et de la guerre, en action avec son style si particulier. Cigarette au bec alors qu’il va décoller, il est à la fois concentré et sûr de lui, comme un chasseur, un rapace. Il pose pour le photographe et le mécanicien, qui attend ses ordres et participe activement à la scène. D’une exceptionnelle netteté pour l’époque, cette photo permet en outre de visualiser quelques manettes et indicateurs de son tableau de bord, ainsi que les systèmes de câblage qui reliaient le fuselage aux ailes. Il est sans parachute, comme tous les aviateurs de la Grande Guerre. Un tel cliché montre de façon exemplaire comment l’aviation incarne cette dimension très particulière de la Belle Epoque, où exploit, héroïsme, vitesse, technologie, sport et modernité se conjuguent dans une sorte de philosophie et d’éthique de l’énergie.
Bibliographie
Pierre VALLAUD, 14-18, la Première Guerre mondiale, tomes I et II, Paris, Fayard, 2004.
Bernard MARK Histoire de l’aviation Paris, Flammarion, 2001.
Michel BENICHOU Un siècle d’aviation en France Paris, Larivière, 2000.
Jean-Paul PHILIPPE Les grandes heures des pilotes de chasse Paris, Perrin, 1991.
Pour citer cet article
Philippe GRAS, « Jules Védrines à bord de son Morane », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/jules-vedrines-bord-son-morane?i=247
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