Léon Gambetta

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Contexte historique
Léon Gambetta (Cahors 1838-Paris 1882), avocat, opposé au régime impérial, joue un rôle politique majeur au lendemain de la défaite de Sedan, dans le gouvernement de Défense nationale. Hostile à la capitulation et partisan de la guerre à outrance, il abandonne son mandat de député et démissionne de son poste de ministre après la signature de l’armistice. Réélu en juillet 1871, il siège à l’extrême gauche mais n’hésite pas à s’allier avec les députés centristes pour lutter contre la coalition menée par Mac-Mahon (1873-1879) et soutenir la présidence de Jules Grévy. Président de la Chambre en 1881, il est maintenu à l’écart du pouvoir jusqu’à la victoire de son parti, l’Union républicaine. Le gouvernement qu’il tente alors de constituer, appelé le « grand ministère » parce qu’il voulait y faire entrer tous les chefs républicains, ne peut se maintenir que de novembre 1881 à janvier 1882. Gambetta meurt peu après des suites d’une blessure accidentelle qu’il s’est faite en maniant un pistolet. De ce tribun à l’immense réputation, surnommé le « commis-voyageur de la République » mourant jeune et dans des circonstances dramatiques, l’Histoire allait se saisir pour construire un mythe.
Analyse des images
Les Archives du Louvre, dans les documents concernant les comptes-rendus du Comité d’acquisitions du musée, conservent cet éloquent témoignage, à la date du 29 mars 1930 : « M. Léonce Bénédite, Conservateur du Musée du Luxembourg, rappelle à ses collègues qu’il leur a déjà fait part de l’intention exprimée par Sir Charles Dilke de léguer au Musée du Luxembourg après sa mort et la mort de lady Dilke, le portrait de Gambetta par Legros. M. Bénédite rend compte de la visite qu’il a eu récemment l’occasion de faire à Sir Charles Dilke à Londres : il a vu le portrait, qui est très remarquable et qui est le seul portrait de Gambetta peint d’après nature [lorsque Gambetta rendit visite à Sir Charles Dilke pour établir une alliance franco-anglaise par l’intermédiaire des radicaux anglais]. M. Bénédite croit que, si l’on offrait à Sir Charles Dilke une copie de ce portrait, il n’attendrait pas jusqu’à sa mort pour l’offrir au Musée du Luxembourg. Il demande donc qu’une lettre soit adressée à Sir Charles Dilke, 76 Hoane Street à Londres, pour le remercier de sa généreuse intention, quelle que soit l’époque où elle pourra être réalisée. » Le tableau rejoindra les collections du musée du Luxembourg en 1911, à la mort de son donateur.
Interprétation
Si la presse caricaturale s’était abondamment inspirée de l’impressionnant physique de tribun de Gambetta, de son front vaste et fuyant, de son nez particulièrement proéminent, il n’avait effectivement guère inspiré les artistes, l’œuvre de Legros faisant figure d’exception. Cependant, après sa mort, les peintres et sculpteurs vont lui faire l’hommage de la construction d’un mythe. Celui-ci commence au chevet de l’artiste avec les montages photographiques de Marres et les photographies de Carjat, les esquisses de Jules Bastien-Lepage et les masques mortuaires, dont celui de Marcel Début, toutes œuvres appelées à être reproduites et diffusées. Dès l’année suivante, un concours est lancé pour un monument commémoratif à édifier à Paris. La maquette du projet retenu, et en partie détruit depuis, par Louis-Charles Boileau et Jean-Paul Aubé se trouve au musée d’Orsay. Dalou à Ville-d’Avray, Bartholdi à Bordeaux, Charpentier à Cavaillon ou Maubert à Nice réalisent d’autres ensembles monumentaux à la gloire de Gambetta. Dans un format moindre et pour une large diffusion œuvrent Ringel d’Illzach, Riu ou Vasselot, qui créent plusieurs médailles, ou Carrier-Belleuse, Dalou et Falguière, qui réalisent des bustes. Les peintres ne sont pas en reste, avec le splendide portrait peint par Bonnat en 1888, conservé au musée de Versailles. Mais des objets populaires, images d’Epinal, assiettes de faïence, cendriers, pipes, etc., sont aussi appelés à véhiculer l’image sublimée du grand disparu, privilégiant habituellement le profil gauche, pour dissimuler l’œil de verre du modèle.
Bibliographie
Hommage à Léon Gambetta catalogue de l’exposition du musée du Luxembourg, 18 novembre 1982–9 janvier 1983, Paris, Délégation aux célébrations nationales, 1982.
Jacques CHASTENET Gambetta Fayard, 1968.
Pour citer cet article
Dominique LOBSTEIN, « Léon Gambetta », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Septembre 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/leon-gambetta?i=372&d=11&t=113
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