La libération de Paris

Date de publication : Juin 2013

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Contexte historique

La libération de Paris en image

La libération de Paris a eu lieu entre le 19 et le 25 août 1944. Alors que les troupes Alliées débarquées en Normandie en juin avancent vers l’est et prennent la poche de Falaise (12-21 août), une insurrection populaire est organisée et menée par la résistance dans la capitale.

Métro, gendarmerie (13 août), police (15 août), poste (16 août) entament une grève, qui devient générale le 18 août. Sous le commandement de Rol-Tanguy et de Chaban-Delmas, divers groupes assez mal équipés dressent des barricades, organisent des embuscades et entreprennent même de réels combats pour harceler les positions de l’occupant, comme à la Préfecture de Police le 19 août. Le 23 août, près du tiers de la ville est sous contrôle des insurgés, mais la situation de ces derniers est alors très précaire, faute de soutien et de munitions. Au vu des circonstances, et sous la pression de divers responsables français, les Alliés sous commandement Américain décident alors de libérer la capitale (qu’ils avaient au départ prévu de contourner pour poursuivre plus rapidement leur marche vers l’est). A la tête de la 2e DB, le général Leclerc parvient à rentrer dans la ville le 24 août par la porte d’Orléans, précipitant la capitulation nazie le 25 août.

Hautement symbolique, la Libération de Paris est aussi très « photogénique ». Qu’ils soient effectuées par de simples amateurs ou par des photographes plus illustres, les très nombreux clichés des combats ont une portée documentaire et artistique, à l’image de Des résistants tirant avec un lMG Bren.303 britannique ici étudiée.

Analyse des images

Ombre et Lumière

Réalisée durant les événements, Des résistants tirant avec un lMG Bren.303 britannique présente sur le vif une scène assez saisissante, prise du côté des insurgés. Postés dans la pièce d’un appartement parisien au troisième ou quatrième étage, on aperçoit deux résistants. De la fenêtre, un premier homme, debout, vise et tire dehors (dans la rue ou vers d’autres appartements) à l’aide d’une arme assez imposante (un IMG Bren.303). Accroupi sous le cadre de la fenêtre, un second lui tient un chargeur de rechange du fusil mitrailleur, regardant comme il peut au dehors, sans se découvrir pour autant aux éventuels tirs adverses.

Structurée autour du « cadre » de la fenêtre, l’image joue aussi du contraste entre l’ombre de la pièce plongée dans l’obscurité (complète sur la gauche, un peu éclairée en bas) et de la lumière d’août qui, venant du dehors, la rompt assez nettement. Au soleil, ressortent ainsi le haut blanc du tireur, le reflet sur le radiateur placé sous la croisée, et en contre jour, la masse sombre du fusil. Au second plan, deux immeubles assez élevés sont visibles, un peu flous, de l’autre côté de la rue.
Embarqué et immergé dans l’action, le photographe concentre par là son attention sur la seule action du tireur, consacré à ce moment tendu, suspendu, crucial et décisif de la visée.

Interprétation

Âpres combats

Comme d’autres clichés consacrés à la libération de Paris, Des résistants tirant avec un lMG Bren.303 britannique montre d’abord la réalité et l’âpreté des combats menés par les insurgés pour reprendre la ville ou au moins préparer (et inciter) l’arrivée des troupes militaires Alliées. En civil, les deux hommes sont des résistants et non des militaires, qui luttent avec leurs moyens (une seule arme, assez impressionnante il est vrai, et semble-t-il, une seule recharge) contre l’armée allemande. Loin d’être symbolique ou anecdotique, l’insurrection menée par les résistants a en effet eu un rôle stratégique et politique majeur.

Si le « paysage parisien » est ici assez discret (immeuble en face, éventuellement), cette scène de guérilla en milieu urbain présente toutefois une image forte et originale, où des éléments familiers (une pièce d’appartement classique, un radiateur, une fenêtre, une vue sur les immeubles en face) se lisent différemment, intégrés qu’ils sont à une situation exceptionnelle.

En rendant parfaitement l’intensité du moment précis représenté, le photographe déploie avec un certain art une symbolique efficace, qui montre des hommes lutter pour faire basculer la ville de l’ombre de l’occupation à la lumière de la liberté chèrement conquise.

Bibliographie

AZEMA, Jean-Pierre, Nouvelle histoire de la France contemporaine, T.
14.
De Munich à la Libération, 1938-1944, Paris, Seuil, 2002 [1973].
COLLINS, Larry et LAPIERRE, Dominique, Paris brûle-t-il ? Paris, Pocket, 1964 (et la version adaptée au cinéma par René Clément en 1966).
KIM, Jacques, La Libération de Paris, les journées historiques du 19 au 26 août vues par les photographes, Paris, Artra, septembre 1944.
THOMAS, Edith, La Libération de Paris, Paris, Mellottée, 1945.

Pour citer cet article
Alexandre SUMPF, « La libération de Paris », Histoire par l'image [en ligne], consulté le 30 Août 2016. URL : http://www.histoire-image.org/etudes/liberation-paris?i=1299&d=1&musee=Staatsbibliothek
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